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Les mélanges des genres de Camille Vivier à la Villa Noailles

Les mélanges des genres de Camille Vivier à la Villa Noailles

16 octobre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

C’est une exposition hautement symbolique qui se tient dans la mythique Villa Noailles jusqu’au 15 janvier. Camille Vivier, la première lauréate, en 1997,  du concours International de Mode et Photographie à Hyères a répondu à une commande de la Villa. Dans ce lieu qui rime avec avant-gardes, elle a su capter avec chic la permanence de la jeunesse dans sa diversité.

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Tout l’enjeu de la villa Noailles pour Jean-Pierre Blanc et Magalie Guérin, directeur et directrice adjointe du lieu classé Monument Historique est de ne pas faire mausolée. La tentation aurait pu être là quand on regarde l’histoire du premier geste architectural de Mallet-Stevens. Ce bijou de rationalisme (1923) qui restera fermé de 1973 à la fin des années quatre-vingt dix, est alors l’aire de jeux démente du couple le plus tendance des années 30 :  Charles et Marie Laure de Noailles.

Le couple naturellement mécène est proche de Cocteau, de Man Ray (qui les shoote à longueur de soirées), Poulenc, Gide, Delaunay… Le tout-Paris arty est à Noailles pour l’ambiance festive et sportive (La piscine comporte alors agrès et bar à cocktails). Chaque recoin de la maison est un nid à récits. On apprendra que Andrée Putman avait réussi à entrer dans la villa en déshérence et a volé des poignets de portes. Grâce à son geste, l’équipe de la villa a pu commander à des artistes de parfaites répliques. Récemment, Stéphane Boudin-Lestienne, historien de la villa Noailles et co-commissaire exposition permanente a fait acquérir le Livre Blanc (1930) attribué à Jean Cocteau, manifeste contre l’homophobie, qui orne les pages de dessins de beaux garçons. Six exemplaires marqués de G à L sont exclus de la vente et Cocteau offre l’un d’entre eux à Charles et Marie Laure « dont l’amitié compose un chef-d’oeuvre ».

Pour la photographe Camille Vivier,  dont les « Hyèroglyphes » occupent le rez-de-chaussée et le soubassement, l’enjeu est de faire sens dans ces murs chargés de modernité. Elle a commencé par faire un casting de jeunes gens, elle a aussi repéré certains d’entres eux sur le vif, dans la rue, ou à la plage. Son travail n’est pas documentaire et son geste est totalement esthétique.  La proposition saisit par son hybridité. Que ce soit celle des techniques :  Camille Vivier s’amuse avec tout ce qui peut photographier : Polaroid, IPhone, Argentique et Numérique et celle des textures.  Les oeuvres sont soit encadrées soit apposées en papier peint sur les murs. Les formats vont du minuscule au presque grand et elle ne s’embarrasse pas d’un choix entre la couleur et le noir et blanc, l’intérieur ou l’extérieur. Cette accumulation pourrait amener une perte de sens et c’est tout le contraire. C’est totalement cohérent. Ce qu’elle transmet, c’est la fugacité de la jeunesse qu’elle confronte aux bâtiments  ou aux rocailles du bord de mer de la ville et des environs. En confrontant les corps, habillés, nus, de dos, de face, en plan resserré ou en pieds elle dit la beauté des extrêmes. Il y a cette jeune fille dont la frange bouffe les yeux et les percings le visage, ou, de dos, deux garçons qui pourraient être nus. Ils sont tous princes et princesses, certaines dans l’eau en robe lamée. Camille Vivier nous trouble en nous demandant de regarder avec la même attention un adolescent chez le coiffeur et une sculpture d’éléphant.  Le résultat frise le surréalisme, ce qui n’aurait pas déplu à Charles et Marie Laure de Noailles.

A noter que l’exposition Les Hyèroglyphes, îles d’or, s’accompagne d’un catalogue aux textes signés par Etienne Menu et Baptiste Rossi et désigné ( et orné d’or !) par Antoine+Manuel.

Visuels : ©Camille Vivier

Infos pratiques

Emb Concerts Sannois
Studio-Théâtre de la Comédie-Française
Mariska Konkoly

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