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Les maquettes de Jean-Baptiste Manessier s’exposent au Théâtre aux Mains Nues

Les maquettes de Jean-Baptiste Manessier s’exposent au Théâtre aux Mains Nues

22 janvier 2020 | PAR Mathieu Dochtermann

Jean-Baptiste Manessier est un scénographe prolifique, qui a collaboré depuis 1963 avec quelques-uns des plus grands metteurs en scènes du théâtre contemporain. Le Théâtre aux Mains Nues accueille une très belle exposition de quelques-unes de ses maquettes de scénographies. Un univers miniature pour rêver au milieu des maisons de poupées, en même temps qu’une rétrospective sur un artiste aussi génial que touche-à-tout. En définitive, une traversée de l’histoire d’un métier injustement méconnu.

Jean-Baptiste Manessier est avant tout connu pour son apport à l’art scénographique, même s’il a commencé sur les planches avec le théâtre populaire des années 50, avec Jean Dasté puis Jean Vilar. Cet artiste largement autodidacte a cependant plus d’une corde à son arc, puisqu’il a tout aussi bien réalisé quelques costumes, et construit nombre de marionnettes.

L’exposition qu’accueille le Théâtre aux Mains Nues rend hommage à la diversité des formes abordées par cet homme qui a participé à remodeler l’espace théâtral contemporain, la façon de le découper, de l’habiter, de le mettre en perspective.

On retrouve effectivement principalement dans cette exposition des maquettes de ses scénographies, qu’elles aient été destinées au théâtre ou à l’opéra, comme une série d’ébauches miniatures qui sont des objets d’art à part entière, même si leur auteur confesse ne les avoir jamais considérées autrement que comme des étapes dans un processus de création, et non comme des œuvres valant en et par elles-mêmes. On doit leur conservation aux soins de certain.e.s assistant.e.s, qui, ayant conscience de la valeur de ces esquisses pleines de fragilité et de poésie, ont aidé à les mettre à l’abri.

C’est l’univers esthétique d’un artiste que l’on visite, comme une rétrospective, mais pas que. Parce qu’il a collaboré avec de grands metteurs en scène, parce qu’il a été infiniment prolifique et imaginatif, Jean-Baptiste Manessier a contribué à construire la fonction contemporaine du scénographe, et ses réalisations, embrassées sur plusieurs décennies, racontent non seulement ses propres recherches mais également les tendances qui ont traversé le théâtre ces soixante dernières années. C’est ainsi que celui qui a collaboré avec Armand Gatti, Antoine Vitez, Alain Recoing, Grégoire Calliès, Claude Montagné pour l’opéra, pour ne citer que ceux-là, donne ici à contempler combien les esthétiques ont évolué en seulement quelques décennies.

On découvre également, à côté de ces maquettes, quelques-unes des marionnettes que Jean-Baptiste Manessier a construites dans sa carrière. C’est qu’il collaboré avec plus d’un marionnettiste au fil des années, et qu’il a participé au mouvement qui, dans les années 60 et 70, a redéfini le castelet pour mieux s’en débarrasser. Ses collaborations nombreuses avec Grégoire Calliès, l’ancien directeur du TJP Strasbourg, témoignent de la fertilité de ce dialogue avec les arts de la marionnette.

C’est une exposition très belle, fascinante même, qui est offerte là au public parisien. On prendra d’autant plus plaisir à la découvrir qu’elle est gratuite.

S’il est un regret, c’est que l’exposition manque d’un dispositif d’accompagnement qui permette de contextualiser chaque œuvre, et d’approfondir sa signification: les quelques cartels lapidaires auraient été gagné à être complétés par quelques témoignages de Jean-Baptiste Manessier, qui a une belle faconde, et quelques panneaux explicatifs.

A visiter, en journée et les week-ends de représentation, jusqu’au 7 février, au Théâtre aux Mains Nues (rue du Clos, Paris 20e).

 

Visuels: (c) G. Caillès, Noyelle

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Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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