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« Les magiciens de la terre » : anniversaire d’une révolution

« Les magiciens de la terre » : anniversaire d’une révolution

11 mars 2014 | PAR Marie Boscher

A l’occasion des 25 ans de l’exposition légendaire « Les magiciens de la terre » le Centre Pompidou organise une série d’événements du 27 mars au 8 septembre 2014 afin de revenir sur cet événement majeur qui a changé la géographie du monde de l’art moderne et contemporain.

En 1989, le monde de l’art contemporain est centré sur le monde occidental dans une mouvance néo-colonialiste vivement critiquée, à l’instar de l’exposition « Primitivism » organisée au MoMa de New York cette année-là. A l’époque, l’exposition avait été accusée d’être tombée dans le piège de l’esthétisation de l’art autochtone qui n’aurait donc pas de réflexion de fond et ne servirait que d’inspiration pour les artistes modernes. Les œuvres « primitives » avaient alors été présentées à travers le prisme de l’art moderne occidental et non en tant que réalisations artistiques à part entière avec une idéologie propre.

Le commissaire de l’exposition « Les magiciens de la terre » de 1989, Jean-Hubert Martin, avait souhaité positionner l’exposition comme une contre-référence à l’esprit colonialiste des musées qui s’intéressaient alors aux « arts premiers » ou aux créations modernes des régions en marge de l’Occident. Il a alors invité cinquante artistes du « centre » du monde (États-Unis et Europe de l’Ouest) et cinquante autres des « marges » du monde (Afrique, Amérique Latine et Australie). Tant que cette parité fifty-fifty était maintenue, il n’y avait pas de critères spécifiques dans le choix des œuvres.

Dans une interview accordée à Regards.fr, Jean-Hubert Martin est revenu sur cette décision : « Ma stratégie a été vraiment dirigée en fonction de l’art contemporain que je connais bien pour en avoir été un des acteurs. J’ai opéré mes choix non en fonction du monde de l’art, de ses critères (…). Ce qui m’importait, c’était de montrer des œuvres et des artistes qui pouvaient avoir une chance d’être acceptés dans les réseaux de l’art contemporain que je maîtrise parfaitement. Cet entrisme a assez bien réussi. Il y avait une générosité mais c’était moins naïf que certains l’ont cru. »

Un choix qui a été mis en doute au moment de l’exposition mais qui a permis de désenclaver le monde de l’art moderne et contemporain qui s’est peu à peu ouvert au reste du monde en sortant du carcan néo-colonialiste qui l’avait maintenu dans cette vision étriquée, malgré la vague d’indépendantisme des années 50-60. C’est cela que le Centre Pompidou a souhaité célébrer en fêtant les 25 ans de l’exposition cette année. Annie Cohen-Solal, commissaire générale du cycle organisé par le Centre Pompidou, explique : « Quoi qu’il en soit, il a été reconnu de toutes parts que c’était de toute façon une exposition nécessaire, une exposition-seuil, après laquelle la mondialisation du monde de l’art était un phénomène acquis« .

« L’exposition « Les magiciens de la terre” a permis de montrer au grand public que l’art contemporain était produit partout dans le monde (en incluant l’Afrique, l’Asie, l’Océanie, les Antilles, l’Amérique latine) et pas seulement en Occident. Elle a suscité l’ouverture des Biennales d’art contemporain dans le monde entier. Elle a provoqué de nombreuses polémiques et, à ce titre, elle est devenue légendaire puisque dès 1989, son commissaire, Jean-Hubert Martin avait su repérer de manière prémonitoire que l’on était sorti de l’ère coloniale, de l’hégémonie de l’Occident et que ce qui allait advenir était l’avènement du Monde » ajoute t-elle. Elle conclut : « 25 ans, c’est la durée d’une génération et cela permet l’émergence de questionnements qui, avec le recul, permettent de se représenter autrement l’événement« .

Depuis, l’art a connu une globalisation qui a permis de donner une place de choix à certains des artistes qui ont participé à l’exposition de 1989. Le cycle construit par le Centre Georges Pompidou pour l’anniversaire de l’exposition permettra de revenir sur le contexte de l’époque, d’en restituer la dynamique. Ce sera aussi l’occasion de découvrir le détail des voyages des commissaires partis à la recherche des artistes à travers tous les continents.

Un colloque international est organisé les 27 et 28 mars, conçu par Annie Cohen-Solal et Jean-Hubert Martin. Une exposition-documentaire se tiendra du 2 juillet au 8 septembre ainsi qu’une université d’été du 2 au 10 juillet. Un nouvel ouvrage de référence pour faire écho au catalogue de l’exposition de 1989 aujourd’hui introuvable, sera également publié.

Plus d’informations par ici.

Visuels : Globe © Neil Dawson, 1983.

Infos pratiques

Les Cygnes
Théâtre du Palais Royal
centrepompidou

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