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Les collages de Matisse à la Tate Modern : l’éternelle sève de la couleur

Les collages de Matisse à la Tate Modern : l’éternelle sève de la couleur

06 juillet 2014 | PAR Yaël Hirsch

La Tate Modern présente pour la première fois de manière exhaustive les collages de Henri Matisse. Intitulée Matisse, the cut-outs, l’exposition réunit 130 pièces, dont certaines sont monumentales. Surmontant ses difficultés de santé qui l’empêchaient de’exercer son métier de peintre, Henri Matisse invente une forme inédite qu’il exploite les 15 dernières années de sa vie. Partir à la découverte de la manière dont Matisse a « découpé » la couleur pour se réinventer est une expérience absolument bouleversante.

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Fidèle au parti pris des collections permanentes de la Tate, l’exposition sur les collages de Matisse aborde les 17 dernières années (1937-1954) de création du peintre selon un angle résolument thématique. Et ‘on commence cette immersion dans une explosion de couleurs à un moment où Matisse peut encore peindre de ses mains mais explore déjà les choc de couleurs franches. Ce choc est toujours sensuel et rythmé, ce que l’on redécouvre dans les courbes hallucinantes de ses « Danses ». Et l’on perçoit déjà le jeu de découpage des couleurs dans la fameuse suite de 250 illustrations rassemblées par son éditeur, Teriade sous le nom de Jazz (1947). On plonge alors dans l’univers du cirque, cher à Matisse et l’on s’immerge dans le texte qui accompagne ces planches, où l’artiste pense comme à voix haute, de sa large écriture ronde et très lisible (le texte est étrangement en français non traduit) : il y parle de Dieu, de l’art, de ce que l’expérience apporte et détruit.

On est alors invité à entrer dans l’univers intime du peintre, à Vence : on découvre les immenses papiers peintes de Oceania et entre dans la chambre où il peignait et qu’il peignait sans fin les dernières années. La chapelle que Matisse a entièrement revue à Vence, en 1947, est aussi magnifiquement représentée.

Alors que deux films montrent l’artiste à l’oeuvre quand il se lance dans ses découpages, la dernière partie de l’exposition montre avec brio comment, par cette technique, il était encore en recherche et savait innover. Autour du tableau d’odalisque en collages Zulma, on comprend que Matisse a inventé une troisième dimension pour ses papiers de couleurs apposés à la toile; rassemblés en ronde autour de sculptures, les fameux nus bleus sont des miracles de sensualité. La perruche et la sirène (1952), les grandes compositions et le fameux escargot (1953) jouent à la fois la taille et l’abstraction pour constituer des propositions aussi fougueuses que radicales.

On finit sur un vitrail, brûlant de couleurs, intitulé nuit de Noël et qui renoue à la fois avec le côté féerique de l’enfance et la mystique d’une créateur qui n’a jamais cessé d’innover pendant près de 90 ans.

Une toute grande exposition, réunissant des œuvres du monde entier, et qui prendra la direction du MOMA de New-York à la fin de son accrochage à la Tate Modern.

Bon plan : Il y a des nocturnes jusqu’à 22h les vendredis et samedis et pas trop de file d’attente ces jours-là.

visuels : affiche & Henri Matisse, Icarus 1946, Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Droits réservés © Succession Henri Matisse / DACS 2013

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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