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Les chef-d’œuvres de l’expressionnisme abstrait au Guggenheim de Bilbao

Les chef-d’œuvres de l’expressionnisme abstrait au Guggenheim de Bilbao

09 février 2017 | PAR Alice Aigrain

Des salles entières emplit de toiles de Rothko, de Pollock, de Kline, de De Kooning ou de Still, l’expressionnisme abstrait arrive en force et en grand format dans les espaces du Guggenheim de Bilbao jusqu’en juin. Les œuvres – dont certains prêts remarquables – sont élégamment mises en valeur par une scénographie qui laissent aux toiles monumentales toute la place qu’elle nécessite pour s’exprimer. Pourtant, au-delà de la qualité intrinsèque des œuvres elles-mêmes et de leur mise en espace, l’exposition ne révolutionne en rien l’approche du mouvement.

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Des prêts exceptionnels

Se noyer dans des Rothko, s’immerger dans des De Still ou se perdre dans des Pollock, voilà le genre d’expériences que le visiteur du Guggenheim sera amené à vivre lors de cette exposition où les plus grands noms de l’expressionnisme abstrait sont en bonne place. Ce mouvement né dans les années 40 à New York, induit ces impressions. De ces toiles monumentales émanent la gestualité, la spontanéité et l’expressivité des artistes. Le sublime contemplatif est érigé en valeur majeure dans ces œuvres d’un chromatisme soutenu qui englobe le regardeur autant qu’il le subjugue. Chacun des artistes y incorpore sa subjectivité ainsi que sa singularité, et entre le spectateur et le peintre, une rencontre se fait parfois dans la contemplation de ces abstractions. Plus de 130 œuvres sont présentées dans cette exposition qui laisse ainsi le spectateur vivre ces tête-à-tête dans ce musée à l’architecture contemporaine et à la scénographie d’une sobriété nécessaire à l’accrochage de ce type d’œuvres.

La force de l’évènement du Guggenheim (et de la Royal Academy de Londres qui a coorganisé l’exposition et accueilli l’exposition au printemps dernier) se situe dans la qualité des prêts. La plupart des œuvres quittent rarement le territoire étatsunien, puisque le mouvement est surtout présent dans les collections muséales nord-américaines. À cela s’ajoute un certain nombre de prêts de collections particulières d’une qualité exceptionnelle. Le coup de maître est indéniablement les 9 toiles grand format de Clifford Still prêtées par le musée de Denver qui détient 95% de ses œuvres et n’accorde que rarement des prêts aussi importants.

Accumulation(s) monographique(s)

Au-delà des œuvres d’une qualité notable, l’exposition ne propose qu’un passage en revue de la production des protagonistes du mouvement. Après une première salle consacrée aux prémices de chacun des grands noms de l’expressionnisme abstrait et une autre à Arshile Gorky — considéré comme l’un des pères du mouvement —, les salles s’enchaînent telle une accumulation de petites expositions monographiques : De Kooning, Kline, Rothko, Pollock, Newman et Reinhardt. Aucun fil rouge ne semble soutenir le propos, qui s’égrène comme un cours d’histoire de l’art un peu trop classique et attributionniste. À cet amoncellement de présentations monographiques, aucun propos historique ne permet de contextualiser la naissance de ce qui est considéré comme le premier mouvement artistique proprement américain. Seul un espace excentré –didakta –  permet une appréhension un tant soit peu contextualisée du phénomène. Aucun mot n’est cependant dit de la théorie du modernisme notamment portée par Clément Greenberg qui a largement contribué à l’émergence et à la fortune critique de l’expressionnisme abstrait, qui a influencé la production picturale de certains de ses protagonistes et qui l’a érigé en mouvement artistique.

Pourtant, l’exposition n’est pas dénuée de propos pour autant, mais l’accrochage ne met pas en exergue celui-ci. Ainsi la petite galerie de photographies – excentrée et très peu mise en avant –  représente l’apport majeur de l’exposition dans la vision qu’elle offre du mouvement. Le médium photographique jusqu’alors exclu du mouvement semble ici se faire une place et la démonstration semble assez légitime au vu des photographies de Barbara Morgan ou de Gjon Mili par exemple, dans lesquelles à l’aspect abstrait s’ajoute l’omniprésence de la gestuelle ainsi que la prépondérance de la lumière. Pendant en épreuve gélatino-argentique des peintures des expressionnistes abstraits, la petite salle comporte en elle-même un angle d’approche novateur du mouvement. Autre apport de l’exposition : la mise en avant de quelques figures féminines qui ont souvent été négligées par l’historiographie. L’œuvre de Lee Kraner présente dans la salle consacrée à Pollock montre le dialogue artistique qui s’est installé entre le protagoniste et sa femme, tandis que l’accrochage de l’œuvre Salut Tom démontre la force plastique des œuvres de Joan Mitchell, pourtant parfois oubliée par les historiens et critiques.

Clyfford Still
PH-950, 1950
Huile sur toile
233,7 x 177,8 cm
Courtoisie Clyfford Still Museum, Denver, Colorado
© City and County of Denver, VEGAP, Bilbao, 2016

Jackson Pollock
Masculin et féminin (Male and Female), 1942–43
Huile sur toile
186,1 x 124,3 cm
Philadelphia Museum of Art. Donation de M. et Mme H. Gates Lloyd, 1974
Photo : Philadelphia Museum of Art
© The Pollock-Krasner Foundation VEGAP, Bilbao, 2016

David Smith
Cage d’étoiles (Star Cage), 1950
Acier peint et brossé
114 x 130,2 x 65,4 cm
Frederick R. Weisman Art Museum, Université du Minnesota, Minneapolis. The John Rood Sculpture Collection
© The Estate of David Smith, VAGA, New York / VEGAP, Bilbao, 2016

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Alice Aigrain
Contact : alice.ai@orange.frwww.poumonsvoyageurs.com

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