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Les Balkans, une nouvelle et turbulente terre d’asile

Les Balkans, une nouvelle et turbulente terre d’asile

09 septembre 2017 | PAR La Rédaction

Terre chimérique pour les Européens de l’Ouest que nous sommes, les Balkans habitent lointainement notre imaginaire, il y a bien la Serbie, les icônes orthodoxes, Dracula, mais au-delà qu’y a -t-il ? La nouvelle exposition à la Halle Saint-Pierre, si joliment nommée Turbulences dans les Balkans, a pour objectif d’adresser une invitation osée à l’œil académique avec lequel on regarde de manière routinière nos œuvres d’art. Un récit de dépossession, voilà ce qu’il reste à nous raconter. 

Présentant un panorama imposant d’artistes, ils sont presque une trentaine à être exposés, le musée soutient l’idée qu’éclectisme et hétérogénéité sont des garants solides pour réussir le pari de montrer une matière inconnue à celui qui n’est pas rompu à des codes et à une histoire qu’il ne maîtrise pas. Si l’on pressent dès les premiers pas, au milieu des cimaises, que la marginalité est un dénominateur commun à tous ces hommes et femmes éprouvant l’art (ses limites et sa puissance) au quotidien, l’on remarquera une identité artistique forte propre à chaque individu. Le tout donne lieu par coalescence à une fusion déboussolante des représentations personnelles du monde. Par ailleurs, c’est heureux d’apprendre, avec naïveté, qu’art brut n’est pas synonyme d’art brutal, il suffit de se pencher sur le travail méticuleux d’Aleksandar Denic qui reproduit des formes humaines par milliers au crayon à papier pour se le figurer. Mais ce n’est pas pour autant que la violence n’est pas présente, elle est latente et affleure sans arrêt au bord des cadres des tableaux.

Chacun, s’il fait confiance à sa propre sensibilité, se trouvera happé par un artiste au moins, et captera l’énergie créatrice qui fait exister certaines sculptures ou installations. Les turbulences sont tantôt crées par des univers rabelaisiens qu’on retrouve en dessins, tantôt dues à ce sentiment d’étrangeté qui captive.

Tout cela est donc l’histoire d’une dépossession parce que c’est aussi la rencontre avec des manifestations picturales ou spatiales qui nous ramènent à reconsidérer un état ancestral de l’homme. Contes, mythes sont des thèmes qui travaillent, par exemple, les peintures de Predrag Milicevic comme si elles nous murmuraient par les grands animaux ou les grands monstres en couleur que la peinture raconte ce qui n’a jamais pu se dire. Le langage est d’ailleurs une des grandes problématiques abordées par Milicevic qui se fait appeler aussi Barbarien, le barbare c’est l’étranger, celui que je ne comprends pas, qui ne parle pas ma langue. En ce sens et dans tous les sens, c’est une exposition qui élève le regard, au sens où elle le met plus haut et l’éduque.

Il faut comprendre que la Halle Saint-Pierre, au-delà des interrogations sous-jacentes qu’elle nous adresse, nous situe face à une histoire de la peinture qui est commune aux habitants de l’Est comme de l’Ouest. Bosch, Bruegel nichent dans les tableaux des peintres des Balkans, mais on lit aussi dans ces derniers l’empreinte des surréalistes et des dadas, formidable point d’achoppement pour réfléchir aux notions de tradition et de culture, et penser qu’en tant que sujets – plus ou moins libres – nous créons nos propres traditions. Ce serait alors une beau vœu que celui de se dire qu’il faudrait faire de ce musée un rendez-vous annuel, une coutume, une tradition et même plus encore : une habitude.

Timothée Magellan

Infos pratiques

Galerie Beckel – Odille – Boïcos
Galerie Malingue
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