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L’encre en mouvement, la modernité de la peinture chinoise

L’encre en mouvement, la modernité de la peinture chinoise

25 octobre 2022 | PAR Laetitia Larralde

Après la magnifique exposition Peindre hors du monde de l’hiver dernier sur la peinture chinoise ancienne, le musée Cernuschi poursuit sa thématique avec les peintres chinois du XXème siècle et une exposition tout aussi captivante.

Le musée Cernuschi possède une collection exceptionnelle de peintures chinoises contemporaines commencée dans les années 1950, et dont certaines pièces ont été données par les artistes eux-mêmes. C’est uniquement à partir de cette collection très fragile et donc peu montrée que l’exposition a été conçue, présentant soixante-dix œuvres de trente-quatre artistes, aussi bien travaillant en Chine que faisant partie de la diaspora.

Le mouvement auquel se réfère le titre de l’exposition est multiple : celui du pinceau sur la feuille, celui des artistes en Chine et dans le monde entier et celui de l’Histoire. Sur ces trois points, le XXème siècle marque un tournant tant pour la Chine que pour ses artistes. En effet, après plusieurs millénaires de régime impérial, la république est instaurée jusqu’en 1949, où Mao met en place la république populaire de Chine, après la guerre contre le Japon et l’occupation de ses territoires de l’est. Les artistes suivent les mouvements de l’Histoire, se réfugiant à l’ouest pour fuir la guerre ou voyageant à l’international, en Asie (notamment au Japon), en Europe ou aux Etats-Unis. Là, ils apprennent les techniques occidentales tout en réfléchissant à leur propre héritage au travers de l’image de la Chine que leur renvoie l’étranger.

Le mouvement de l’encre est présenté par plusieurs vidéos des artistes en train de peindre. On les voit dans la position traditionnelle, le papier à l’horizontale, le pinceau perpendiculaire dansant sur le papier, le geste vif. Car l’encre nécessite une certaine vitesse, et les mouvements des artistes qui nous semblent si fluides et spontanés pour créer une œuvre en quelques minutes découlent d’années d’expérience et d’observation. Mais la recherche de la modernité remet tout en question, et certains adoptent alors la position verticale pour peindre.

Cette quête de renouveau de l’art chinois, associée à une idée du progrès social, est intimement liée au geste calligraphique. Alors que les maîtres anciens mêlaient une calligraphie raffinée à leurs peintures, au XXème siècle on se tourne vers les écritures archaïques plus brutes permettant la libération du trait. Et pour sortir l’image de ses canons de lettrés, les artistes s’inspirent du naturalisme, des paysages et du modèle fleurs et oiseaux qui permettent un rapport différent, plus direct à la réalité.

Le parcours de l’exposition est chronologique et ainsi se déroule le XXème siècle sous nos yeux : la calligraphie et les grands paysages, l’exil vers l’ouest, les études en Europe, Mao et l’art officiel, et enfin l’arrivée de l’abstraction. La fin de l’époque maoïste dans les années 1970 amène la Chine à une plus grande ouverture et les artistes se détournent de l’art à visée politique. L’abstraction et les recherches purement formelles se mettent en place dans une symbiose entre art chinois et art occidental, entre technique de l’encre et technique de l’huile. L’art de l’encre s’ouvre à de nouvelles formes, de nouveaux sujets, de nouvelles matières, mais reste inscrit dans la lignée de l’art traditionnel chinois.

A partir de matériaux inventés en Chine, l’encre et le papier, les artistes chinois nous donnent à admirer un art du mouvement, de la fugacité, des œuvres dont la fragilité même souligne la puissance et la vitalité.

En contrepoint à cette très belle exposition, le musée Cernuschi présente dans sa salle Peinture des collections permanentes plusieurs œuvres de l’artiste japonais Akeji Sumiyoshi. Ses calligraphies énergiques et fortement évocatrices viennent souligner la spécificité de l’art chinois dans leurs similitudes.

L’encre en mouvement – une histoire de la peinture chinoise au XXème siècle
Du 22 octobre 2022 au 19 février 2023
Musée Cernuschi – Paris

Visuels : 1 – affiche de l’exposition / 2- Ding Yanyong (1902-1978), Après la pluie, vers 1940, Encre et couleurs sur papier, 134,8 x 45,4 cm – M.C. 9791 – Achat, 1987 © Paris Musées / Musée Cernuschi © Ding Yanyong / 3- Ma Desheng (né en 1952), Sans titre, 1991, Encre sur papier, 121 x 198 cm – M.C. 2013-12 – Don de l’artiste, 2013 © Paris Musées / Musée Cernuschi © Ma Desheng / 4- Pan Yuliang (1895-1977), Nu assis au qipao rouge, 1955, Encre et couleurs sur papier, 91 x 64 cm – M.C. 9699 – Don ambassade de Chine en France, 1981 © Paris Musées / Musée Cernuschi © Pan Yuliang / 5- Wu Guanzhong (1919-2010), Forêt de bambous et champs irrigués, 1992, Encre et couleurs sur papier, 67,8 x 137 cm – M.C. 9911 – Don de l’artiste, 1993 © Paris Musées / Musée Cernuschi © Wu Guanzhong / 6- Zao Wou-ki (Zhao Wuji, 1920-2013), Sans titre (composition abstraite), 1989, Encre sur papier, 104 x 107,2 cm – M.C. 2016-31 – Ancienne collection Zao Wou-ki. Donation Françoise Marquet-Zao, 2016 © Paris Musées / Musée Cernuschi © Zao Wou-ki / Adagp, Paris 2022

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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