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L’eau et le peuple suédois sublimés par Anders Zorn au Petit Palais

L’eau et le peuple suédois sublimés par Anders Zorn au Petit Palais

15 novembre 2017 | PAR Sarah Reiffers

Anders Zorn (1860-1920) est avec Carl Larsson et Richard Bergh l’un des grands maîtres de la peinture suédoise, adulé en Scandinavie et aux États-Unis mais grand oublié du public français qui ne l’a pas célébré depuis…1906. Le Petit Palais entend réparer cette injustice avec une grande rétrospective rassemblant près de 150 de ses œuvres, prêtées pour l’occasion par diverses institutions scandinaves et françaises telles que le Zornmuseet de Mora ou le Nationalmuseum de Stockholm. Le tout pour une plongée merveilleuse dans l’œuvre d’un artiste de génie qui, comme Sargent ou Boldini, sut magnifier la technique de la peinture à l’aquarelle.

Les œuvres d’Anders Zorn sont de celles qui peuvent se regarder pendant des heures, émerveillant tant par le réalisme des moindres petits détails que par les rendus des textures et de la lumière. Portraitiste adoré de son temps, aquarelliste et graveur de génie, ce maître quelque peu oublié revient en grande pompe dans la capitale française qui l’avait adulé lors de l’Exposition universelle de 1899. Et restera cette fois-ci très certainement dans les mémoires. Autour de nous, les exclamations de ravissement fusent, et c’est bien normal.

L’exposition Anders Zorn se construit comme un panorama de la vie du peintre, de ses débuts à ses derniers tableaux, le tout aménagé dans une scénographie qui se veut le reflet des peintures et gravures qu’elle expose (murs bleus pour les peintures d’eau, rouges pour les portraits de la haute société…). On découvre donc d’abord les fameuses peintures d’eau de Zorn, les meilleures de toute son œuvre tant il excelle à rendre le mouvement de l’élément liquide et à retranscrire les jeux de lumière sur sa surface. Grand voyageur, Anders Zorn ne s’est pas restreint à peindre les eaux scandinaves: les rivières de Constantinople et de Venise, la pluie de Londres, la mer des Cornouailles, toutes furent capturées et magnifiées par le pinceau de l’artiste. Car l’élément liquide n’a pas de frontière, et les cadres pour le représenter ne sont jamais assez nombreux. On dit parfois que la peinture et la photographie figent le mouvement, mais ce n’est jamais le cas ici: il vous suffira de poser les yeux sur les vagues de Zorn ne serait-ce que quelques secondes pour vous rendre compte qu’elles sont bien mouvantes, tant elles débordent de réalisme.

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Cette animation, cette vitalité se retrouvent dans les nombreux portraits de la haute société internationale qui défila devant le peintre, avide de se faire immortaliser par l’un des artistes les plus en vue de son époque. La noblesse de ces sujets mondains marque un fort contraste avec la simplicité figurant au cœur du reste de l’œuvre de Zorn, porté sur la nature et le «petit peuple»  scandinave qu’il représente dans divers environnements, du sauna aux champs en passant par l’intimité d’une chambre – pour dresser, au final, le portrait complet de tout un peuple. Et c’est bien là, une fois délaissés les vêtements pompeux et autres expressions de richesse, que l’œuvre de Zorn gagne en magnificence: un corps nu parsemé de tâches de soleil, un couple entraîné dans une danse, un visage d’enfant capturé dans un de ses cadres quasi-photographiques dont Zorn avait le secret.

Visuels: SR

Le Clapotis des vagues, 1887, National Gallery of Denmark, Copenhague, Dannemark.
Dans le parc de l’Alhambra, 1887, Musée Zorn, Mora, Suède.
Femmes s’habillant, 1887, Collection particulière.
Les Filles de Ramón Subercaseaux, 1892, Stockholms Auktionswerk for Client.
La Dame à la cigarette, 1891, BnF, Paris, France.

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