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Le silence du mouvement : des passages, des rythmes et des déplacements, du corps statique à l’action

Le silence du mouvement : des passages, des rythmes et des déplacements, du corps statique à l’action

08 novembre 2019 | PAR Pauline Lisowski

A l’origine de cette exposition, l’intérêt de la galeriste Eko Sato pour la spécificité du Pavillon du Carré de Baudouin, lieu de partage de l’art et de la connaissance. « Le silence du mouvement » nous propose plusieurs temporalités de l’attente au déplacement physique du corps.

La galeriste souhaite que « le visiteur puisse avoir un temps de respiration pour prendre le temps de se retrouver et d’être en phase avec soi-même ». Le corps du spectateur est convoqué, parfois mis à l’épreuve par l’activation de ses sens, ou bien incité à interagir directement avec l’œuvre. Les artistes de différents horizons nous invitent à diverses expériences où se déploient des processus de mouvements. Eko Sato a conçu une « exposition analogique », selon ses propres termes, où des liens se retrouvent entre des matériaux simples, une épuration des formes et l’importance du temps passé à se déplacer dans l’espace.

D’abord, il y a l’attente avec la sculpture de Laurent Debraux qui présente une finesse dans le déplacement de ses branches. Un lien avec l’extérieur, avec le jardin à proximité, est encore présent. La rotation de cet arbre implique une lenteur qui sollicite notre attention, découvrant alors comment les éléments se déstructurent et se recomposent. Chez cet artiste, le mécanisme convoque une certaine magie. Les œuvres de fils sur papier de Catarina Rosa suggèrent le temps d’une potentielle mise en volume : un développement de ces coutures qui sortiraient de la feuille. Son travail inspire à la contemplation et à la construction d’images mentales.

Dans un espace de passage, des œuvres de deux artistes incarnent les notions de jeux entre tension, stabilité ou immatérialité. Chez Pascal Haudressy, l’eau procure une vie à l’image, un phénomène qui appelle notre curiosité, une interrogation sur son apparition. Son œuvre impose du recul et nous mène vers l’infini, vers une impression de vie dans l’architecture. Entre ouverture et cloison, celle-ci provoque un trouble de repères spatiaux. Les oppositions, les rapports de force et d’équilibre se retrouvent dans la démarche de Gladys Nistor. Elle s’intéresse au phénomène des lois de la gravitation et sa sculpture nous incite à nous interroger sur les relations entre les formes. Un certain questionnement peut également surgir de ces deux œuvres, étapes pour aborder la suite du parcours.

Le mouvement se découvre ensuite par des cadences, des moments où nous sommes pris à suivre des mesures régulières. Damien Bénéteau capte la lumière dans ses sculptures. Ses œuvres nous hypnotisent par le rythme de ses formes épurées. Nous suivons du regard leur balancement. Place à la danse avec La Minute de silence d’Ohad Naharin : une pièce qui reflète des réactions impulsives, instinctives, un corps qui peut s’activer en prenant conscience de l’environnement. Elle nous engage à nous interroger sur les relations que nous pouvons avoir avec autrui et sur nos possibles pas de côté.

Puis, vient un changement de vitesse et de notre propre posture face à l’œuvre avec des propositions qui s’imposent dans l’espace avec tout de même une grande légèreté. Si au départ, celles-ci paraissent statiques, à mieux y regarder, des temporalités se révèlent et retiennent notre pause. L’œuvre d’Haruhiko Sunagawa joue sur des tensions entre force et fragilité, équilibre et instabilité. Elle suscite notre arrêt et notre besoin de comprendre son assemblage et les relations des éléments entre eux. Les lignes et les formes en suspens se retrouvent dans l’installation de Justin Fiske. L’artiste crée du merveilleux à partir de l’anodin. Son œuvre sollicite une interaction avec le spectateur invité à la manipuler. Ainsi se crée une danse des éléments naturels reliés ensemble. Nous regardons un ballet de lignes qui bougent selon les gestes. En approchant doucement cette pièce, en entrant en relation avec elle, nous comprenons notre propre corps.

Nous sommes libres de nous exprimer avec l’installation de Karina Smigla-Bobinski. Les plus dégourdis s’emparent d’une sphère recouverte de bâtonnets de charbon. Le déplacement de la structure crée des traces dans la salle blanche. Les visiteurs deviennent acteurs d’un ballet où ils s’expriment et retrouvent un instinct de jeu. Ils peuvent alors se demander ce qu’est cet étrange objet avec lequel ils entrent en relation. Si les premières pièces imposaient un silence, le son résonne alors pour donner envie aux visiteurs d’interagir avec les œuvres.

Ainsi, chaque proposition artistique invite soit à s’arrêter pour apprécier le mouvement, soit à se déplacer pour appréhender sa composition, sa structure et les phénomènes auxquels elle fait écho. Chacune contient sa propre temporalité et suppose une concentration et un va-et-vient de son propre espace à celui qui la contient.

Cette exposition nous incite à repenser notre relation à l’espace et aux autres. C’est en prenant le temps que nous retrouvons une capacité d’écoute et les possibilités de se servir de son propre corps, de retrouver des contacts, des sensations avec les éléments qui nous entourent.

Pauline Lisowski

Le silence du mouvement

Au pavillon du Carré de Baudouin, 121 rue de Ménilmontant, 75020 Paris

Du 17 septembre au 21 décembre 2019

 

Visuel: © Mohamed Khalil

 

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Pauline Lisowski

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