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Le réalisme de chair et d’âme de Ron Mueck à la Fondation Cartier

Le réalisme de chair et d’âme de Ron Mueck à la Fondation Cartier

16 avril 2013 | PAR Camille Hispard

Après l’énorme succès de sa première exposition personnelle en France en 2005, la Fondation Cartier remet à l’honneur l’étonnant sculpteur australien à travers six œuvres récentes mais aussi trois sculptures réalisées spécialement pour l’exposition.

La visite de l’exposition consacrée à Ron Mueck commence par l’oeuvre centrale qui se dresse fièrement au milieu de la salle principale. Couple Under An Umbrella, soit un couple de deux petits vieux à très grande échelle, étendus sur une plage invisible abrités d’un petit coin de parapluie. Les plis d’une incroyable tendresse dessinent les sillons d’une vie partagée. L’amour vieillissant d’un homme qui pose la tête sur les jambes de sa femme dans une sérénité sublime. La sculpture est majestueuse et d’une beauté saisissante. Ces corps abîmés, affalés, cherchant un repos suprême sont d’une sagesse apaisante. Les peaux translucides habitées de veines aux vaisseaux adipeux semblent marquer les ratures et les bosses de la vie.

La matière est d’une telle précision qu’on croirait sentir la main de ce vieil homme sur l’épaule de sa compagne. Un léger frisson qui nous touche profondément. Les petit duvets de ces cheveux fragiles et grisonnants sont d’une douceur et d’une subtilité bouleversante. On croit voir des géants animés d’une humanité singulière. Du regard bienveillant d’une femme âgée sur le profil de son éternel amour se dégage un réalisme troublant.

L’exposition continue avec l’oeuvre Woman With Sticks, cette femme nue, le dos courbé par l’effort, transportant un fagot de bois qui lui égratigne la peau. Encore une fois la matière est au coeur de la création, nous laissant presque une impression de frottement entre le bois brut et violent venant entailler la texture laiteuse du corps de cette femme mystérieuse.

Ron Mueck a révélé à travers l’oeuvre Woman With Shopping la nature humaine dans ce qu’elle a de plus brut. Une femme lovant son enfant sous son imperméable tenant des deux mains ses courses de supermarché. Un réalisme troublant qui nous prend à la gorge tant le quotidien est capté dans ce qu’il a de plus de vrai. Un chef d’oeuvre. Un geste d’amour dans la finesse des peaux.

Il y a également en création inédite de l’exposition, la sculpture Young Couple qui souligne la pudeur érotique d’un couple d’ados qui osent à peine s’effleurer. S’ajoute à cela la mythique face de cet homme à la barbe de deux jours (Mask II) dont les marques de la vie sont imprimées sur les parcelles de son visage à travers chaque détail quasi chirurgical de ses pores.

L’exposition se conclut avec Drift, cette sorte de Christ balnéaire flottant sur les légèretés des plaines aquatiques avec une volupté insolente.

On pourrait également souligner l’incoyable réalisme touchant des œuvres Man In A Boat, Still Life ou Youth. Un film réalisé par Gautier Deblonde et intitulé Still Life est également projeté, dévoilant le quotidien artistique de Ron Mueck et mettant en exergue ses techniques de réalisation de ses œuvres. Une plongée passionnante dans les coulisses de son art dont on déguste les étapes architecturales.

L’exposition Ron Mueck à la Fondation Cartier est tout simplement bouleversante et vous fracasse littéralement la tête sur le sablier du monde. De ces plis façonnés par ses mains d’artisans du corps, le sculpteur australien révèle les pigments d’une vie passée à pleurer, sourire, s’effriter sur les aspérités de la vie. Il dessine les ridules de ses protagonistes plein de tendresse pour nous les livrer dans une douce brutalité.

Visuel (c) : © Thomas Salva / Lumento + visuel de l’exposition.

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Camille Hispard

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