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Le Palais Galliera invite Jeanne Lanvin

Le Palais Galliera invite Jeanne Lanvin

07 mars 2015 | PAR Mariska Konkoly

Le Musée Galliera ouvre ses portes à Jeanne Lanvin, une exposition orchestrée magistralement avec la complicité du directeur artistique de la maison : Alber Elbaz, qui a pensé une scénographie en miroir, jouant des codes et dévoilant des pièces dédoublées. Une rétrospective qui plonge dans les archives du Palais, et réveille des robes époustouflantes révélant l’âme des années 10 aux années 40, d’un temps vaporeux et oublié, où Jeanne Lanvin en maîtresse d’un style aux multiples croyances a construit plus qu’un nom, une signature à part entière, et un logo historique.

« Je pense que nous avons fait une exposition autour du rêve de la mode » Alber Elbaz.

affiche-bbf97114828-originalL’espace s’ouvre sur une boîte géante, noire, elle renferme les secrets de Mademoiselle Jeanne, des pièces anciennes et retrouvées, qui se réapproprient l’espace : des robes sous les projecteurs, mises en exergue telles des joyaux, enfermées sous le verre, inscrites en miroir, offrant une double valeur. Une exposition qui retrace l’art de Jeanne Lanvin, surnommée « la petite omnibus » celle-ci débute ses premiers ouvrages en tant que modiste, une formation qui ne quittera jamais son amour pour un accessoire à la sempiternelle élégance, le chapeau. En 1893, la maison Lanvin s’installe Rue du Faubourg St Honoré, et inaugure plusieurs décennies de style, pour lancer son premier défilé Haute-Couture en 1935.

C’est la richesse des inspirations, le mélange des codes et une extrême modernité qui interpellent et offrent un bel leit-motiv à cette exposition unique. Comme la naissance de ce logo universel qui s’approprie la relation mère-fille, celle de Jeanne et de son ainée Marguerite, les deux symboles s’inspirent d’une photographie, un moment intitulé « Fête Costumée » capturé en 1907 et redessiné par Paul Iribe pour voir le jour tel qu’on le connaît aujourd’hui en 1924, comme une figure emblématique, celle de la maison Lanvin, imaginée en noire et or et  devenu alors l’ex-libris de Madame Jeanne .

Dessin Maison Lanvin « Lesbos & Claire de lune », 1925. Crédit Patrimoine Lanvin
Dessin Maison Lanvin « Lesbos & Claire de lune », 1925. Crédit Patrimoine Lanvin

C’est un parcours qui s’ouvre sur « Walkyrie », robe du soir japonisante, datée de 1935 qui signe l’une des inspirations majeures de la maison, des appropriations ethniques, des manteaux de velours suivront ensuite, brodés à l’extrême comme une orientale peinture qui prendrait vie. La broderie, chère au cœur de Jeanne Lanvin orne les cols, les épaules par des grappes de raisins sur des robes noires et épurées, à outrance sur ces pièces devenues alors « robes-bijoux ». C’est en 1925, lors de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs que Jeanne Lanvin expose ses modèles d’orfèvrerie, signant le savoir-faire de la maison, ainsi danseront sous les pierres, les cristaux, l’or, et les perles la robe « Salambo » ou encore « Lesbos » qui la même année dessinent des lignes années 20 avant-garde sous des perles de verres et des tubes argentés.

« La Diva », robe du soir, hiver 1935-1936 Velours de soie bleu nuit, broderies de paillettes métalliques argentées superposées Collection Palais Galliera - Crédit Katerina Jebb 2014
« La Diva », robe du soir, hiver 1935-1936 Velours de soie bleu nuit, broderies de paillettes métalliques argentées superposées. Collection Palais Galliera – Crédit Katerina Jebb 2014

De nouveaux courants viennent embrasser les pièces exposées, comme « le bleu Lanvin » en monochrome détourné qui offre des noms tels que « Azure, Firmament, Saphir… », en velours à l’inspiration gothique et médiévale, Mademoiselle Jeanne signe « Diva » en rappel au peintre Fra Angelico. Une promiscuité avec l’art qui ne cessera de se répéter, dans les années 20 l’influence cubiste drape la robe « Boulogne » d’une géométrie parfaite, triangles noirs accumulés s’amusent des codes Art Déco et se dessinent sur un fond beige, contrasté par une ceinture corail. Epure, c’est également l’attention portée à la signature de la maison Lanvin, le détail des coupes, faites de superpositions avant-garde, cette technique maîtrisée qui façonne des robes noires en pièces troublantes de virtuosité. Dès 1910, Mademoiselle Jeanne établit une gamme en dualité, blanche et noire (retrouvé dans le symbole de la maison) qui définit les modèles comme « Orphée » ou « Concerto ».

« Scintillante », robe, été 1939 Tulle, crêpe broderies de paillettes. Collection Palais Galliera - Crédit Katerina Jebb 2014
« Scintillante », robe, été 1939 Tulle, crêpe broderies de paillettes. Collection Palais Galliera – Crédit Katerina Jebb 2014

Le parcours s’achève par le rêve, gardant secret dans la petite galerie et la pièce carré du Palais Galliera, des bijoux articulés sur ce manteau de 1937 à la traîne spectaculaire, des paillettes dorées brodées de façon décroissante pour mieux refléter la lumière et démultiplier les jeux de reflets, modèle symbole du travail des brodeuses. Pour le soir, des toilettes noires, des boléros en pièces modernes viennent ponctuer la fin de l’œuvre à la sobriété ornée de cristaux au nom doux comme « Bel Oiseau ».

Infos pratiques

Aubercail
Théâtre Saint-Georges – Paris
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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