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Le futur de l’art contemporain à Saint-Etienne

Le futur de l’art contemporain à Saint-Etienne

05 octobre 2020 | PAR Laetitia Larralde

Cet automne, découvrez les nouvelles perspectives de la création contemporaine à Saint-Etienne, avec la biennale artpress des jeunes artistes. Portrait critique de la nouvelle génération.

Saint-Etienne est une plateforme notable de la promotion de l’art contemporain depuis les années 1950, comme nous le rappelle l’exposition Robert Morris au MAMC, qui se termine le 1er novembre prochain. Déjà intégrée au réseau UNESCO des villes créatives design et dotée d’une biennale de design réputée, mettre en place une biennale d’art contemporain était la suite naturelle des choses.

Le propos ici n’est pas de dresser un panorama exhaustif de la jeune création. Au contraire, il s’agit de porter un regard critique sur la production contemporaine de la toute nouvelle génération d’artistes formés en France. Les écoles supérieures d’art françaises ont donc été sollicitées et ont proposé chacune une sélection de trois ou quatre dossiers parmi leurs anciens étudiants, diplômés depuis deux à cinq ans. Cette condition permet de distinguer ceux qui se sont engagés activement dans un parcours artistique, ce qui n’est pas nécessairement le cas de tous, les années post-diplôme étant déterminantes.

Mais comment repérer dans le foisonnement actuel du monde de l’art, dont les limites se sont considérablement brouillées depuis sa définition classique, les voix singulières qui proposent une vision du monde pertinente ? Comment le public peut-il faire le tri entre ce qui surfe sur une mode et disparaîtra aussitôt, ce qui est gonflé artificiellement par les spéculations du marché, et une démarche intelligente, sincère et originale ? Pour y répondre, une sélection de trente-six artistes et environ cent soixante œuvres nous est donc proposée, exposée sur les deux mille mètres carrés de la Cité du design et du Musée d’art moderne et contemporain.

Les pratiques présentées par la biennale sont très variées. Dessin, sculpture, peinture, vidéo, performance, photo, 3D, installation sonore… Le médium ne semble pas être ce qui définit le travail de ces artistes. La technique est un outil, et certes les préférences pour l’une ou l’autre sont bien là, pour exprimer un ressenti, un rapport sensible au monde. On sent souvent un glissement, l’œuvre vient à cheval sur plusieurs catégories, emprunte les qualités de l’une pour relire l’autre, comme Clément Davout et ses peintures d’ombres de plantes qui transitent par Instagram avant de revenir à la toile réelle, ou My-Lan Hoang-Thuy, qui transforme la peinture acrylique en support pour ses impressions photographiques.

On remarque également que les œuvres présentées ont pour point commun de ne pas prendre de position politique radicale. L’expérience sensorielle prime sur la rationalisation, et l’œuvre communique seule, sans nécessité de discours militant. Le rapport à la nature est très présent, comme dans l’œuvre Naclo de Charles Le Hyaric par exemple, où il crée un herbier imaginaire à partir des produits qui la détruisent. Igor Porte évoque lui aussi l’écologie avec ses œuvres basées sur le recyclage. Il redonne une nouvelle vie à des objets mis au rebut, les transformant en petits animaux bancals et animés ou en sculptures musicales, tout comme Masahiro Suzuki, qui crée ses peintures en trois dimensions avec les matériaux qu’il glane. Le message est présent, mais discret.

Que l’on regarde le cosmos et les étoiles avec Sophie Blet ou Hugo Deverchère, l’espace entre les jambes des hommes avec Juliette Mock ou un élevage robotisé de vaches avec Sarah del Pino, on sent un petit pas de côté par rapport au sujet, une importance donnée à la matière même de l’œuvre qui nous ramène à l’expérience plastique et sensorielle de celle-ci. A partir de ses expérimentations techniques et esthétiques, Damien Caccia crée des paysages imaginaires où les traces de l’outil et du geste restent perceptibles, peut-être plus importantes que le résultat lui-même. L’action de créer, l’implication physique de l’artiste dans son œuvre, semble être la motivation première.

Les commissaires ont volontairement cherché à éviter l’effet « stand », trop réducteur, pour proposer des dialogues ou des confrontations entre les artistes, créant un parcours libre, tantôt créant des mini-expositions de l’un, tantôt créant des rappels d’un espace à l’autre. On se rend compte ici de l’importance du contexte de présentation d’une œuvre : le lieu, la scénographie, le parcours déterminent notre façon de percevoir l’art. Un espace muséal donne une certaine assise, une ampleur, une possibilité à l’œuvre d’avoir l’espace nécessaire pour s’exprimer. Pour les jeunes artistes, c’est donc l’opportunité de voir son travail mis en valeur auprès du public, de leur donner une certaine forme de validation.

Cette biennale de jeunes artistes présente un travail d’une maturité certaine, d’artistes qui cherchent quelle est leur place dans le monde, leur lien à la nature, à la matière. De belles perspectives en vue, qu’on a hâte d’explorer.

 

Après l’école – Biennale artpress des jeunes artistes
Du 03 octobre au 22 novembre 2020
Cité du design et Musée d’art moderne et contemporain – Saint-Etienne

Visuels : 1- affiche / 2- My-Lan Hoang-Thuy, Papiers, feuilles et ampersands, 2019-20 – Impression jet d’encre, peinture acrylique, env. 33 x 24 x 0,5 cm / 3- Charles Le Hyaric, La Nébuleuse, 2019 – Structure en bois, grillage et filasse, 500 x 700 x 300 cm / 4- Vue de salle « Après l’école – Biennale artpress des jeunes artistes Saint-Étienne 2020 » au MAMC Saint-Étienne Métropole — Au premier plan au sol, de gauche à droite : Anaïs Gauthier, Altercation, 2018, métal, moteur, roue, céramique crue – Barbotins, 2018, métal, céramique émaillée — Au mur, de gauche à droite : Jordan Madlon, Biguine, 2019, laque sur bois, coton, collage mural – zusammen, Form formen, 2018, aquerelle sur contre-plaqué, spray acrylique sur tissus et ouate, collection Frac Auvergne – Objektiv Pangramm, 2017, laque et acrylique sur bois, tissu, peinture murale, collection Frac Auvergne – Au Piff, deux formes, 2019, laque et acrylique sur MDF / 5 – Vue de salle « Après l’école – Biennale artpress des jeunes artistes Saint-Étienne 2020 » au MAMC Saint-Étienne Métropole – Au premier plan au sol, de gauche à droite : Rémy Pommeret – Au mur, de gauche à droite : Jimmy Beauquesne, Untitled (fading flowers), 2020, papier peint imprimé

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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