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L’art du portait d’Andres Serrano à la MEP

L’art du portait d’Andres Serrano à la MEP

16 novembre 2016 | PAR Marie Crouzet

Connu pour ses œuvres antireligieuses ou encore son travail sur le Ku Klux Klan, le photographe américain Andres Serrano d’origine hondurienne et afro-cubaine est célébré au Musée Européen de la photographie jusqu’au 29 janvier 2017. L’occasion de découvrir ses portraits de l’Amérique et son travail sur les sans domicile fixe.

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L’exposition s’ouvre sur une sélection de portraits issus de la série America et dont l’actualité semble d’autant plus forte depuis les résultats des dernières élections. Dans un style largement inspiré des années 90 (fonds aux couleurs flashi et utilisation du dégradé de plus ou moins bon goût), Serrano capture sa vision de l’Amérique : colorée, diverse et multiculturelle. On y retrouve des stars de la musique comme Snoop Dog, certains symboles de l’Amérique comme une jeune Miss, alter ego de little miss sunshine , et bien sûr, une photo du 45ème président des Etats-Unis…qui ne l’était pas encore lors de l’accrochage.

Dans la deuxième salle, on redécouvre une série bien connue de l’artiste, celle sur le Ku Klux Klan. Le photographe a réussi à convaincre certains de ces membres de se laisser tirer le portrait, bien sûr, le visage caché sous leur costume. Ces gigantesques portraits inquiétants font face à la série Native Americans qui capture les des amérindiens en costume traditionnel. Le photographe interroge ici le pouvoir du masque, ce qu’il révèle et ce qu’il cache de notre personnalité intime. Par leur taille et bien sûr le choix du sujet, les immenses portrait du Ku Klux Klan laisse le visiteur dans un sentiment ambivalent, partagé entre la beauté du l’image et l’horreur de son propos.

La plus grande partie de l’exposition est consacrée à son travail sur les sans abris. Andres Serrano s’est toujours évertué à rendre leur dignité aux marginaux et exclus sociaux, en cela, cette série illustre parfaitement son parcours photographique. Grâce au choix des éclairages, au format des images et à la composition, Serrano transforme ses portraits de sans abris en peinture du 18ème, Vélasquez des temps moderne. L’artiste ne s’arrête pas là, puisqu’est présentée un peu plus loin son projet Residents of New York. Après avoir pris en photo les sans-abris, il les a affichés dans le métro newyorkais pour que les habitants de la ville réapprennent à voir ce qu’il ne regardaient plus, ces gens devenus invisible. En ce sens, il a d’ailleurs récupéré les pancartes écrites sur des cartons qu’ont la plupart des sans abris et en a fait une installation Signs of the time. Assemblés les uns à coté des autres sur un mur, ces morceaux de cartons que l’on voit tous les jours dans les rues deviennent par le pouvoir du nombre un message de détresse mais surtout un appel à l’humanité. Et c’est là le plus grand message que nous adresse Serrano.

Visuel : andres-serrano-16-maison-europeenne-de-la-photographie-01b-768×634

Légende image: 
Andres SERRANO, Ahmed Osoble, 2015 — © Andres Serrano, Courtesy Galerie Nathalie Obadia Paris/Brussels, DENIZENS OF BRUSSELS SERIES

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Marie Crouzet

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