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Lafayette Anticipations, nouveau centre de création

Lafayette Anticipations, nouveau centre de création

19 juin 2018 | PAR Laetitia Larralde

C’est en partant du constat que si tout s’écroule, c’est l’occasion de tout reconstruire, que les artistes de l’exposition chorale Le Centre ne peut tenir ont imaginé ce que pourrait être notre futur.

Lafayette Anticipations, la fondation d’entreprise des Galeries Lafayette créée en 2013, s’est installé le 10 mars dernier dans un bâtiment industriel du 19ème siècle rénové par OMA/Rem Koolhaas au cœur du quartier du Marais. Avec ses 2200 m² d’espaces flexibles et modulables par ses quatre planchers mobiles sur crémaillères, la fondation affiche la volonté de fournir un accompagnement à la production artistique en mettant à disposition une boîte à outils pour les artistes contemporains.
Le centre ne peut tenir, première exposition collective regroupant douze jeunes artistes internationaux, est la mise en pratique de cette ligne directrice. Les pièces présentées, allant de la sculpture à la vidéo en passant par l’installation, ont été conçues spécialement pour l’exposition et produites en grande partie dans les ateliers de la fondation.

Le projet de cette exposition a été mis en place il y a deux ans dans un climat politique et social, entre l’élection de Trump et le Brexit, où les discours et les catégories ont perdu leurs nuances, se radicalisant pour ensuite rester figés sur leurs positions. La problématique était donc de trouver d’autres espaces d’expression, d’explorer les alternatives, les failles, afin de recréer une fluidité loin des idées binaires. Le centre ne peut tenir, citation d’un poème de Yeats écrit après la première guerre mondiale, est l’affirmation que la situation actuelle ne peut plus durer et qu’il est nécessaire de trouver un nouvel équilibre, laissant les artistes imaginer les futurs possibles et plaçant la créativité au cœur du changement.
Les artistes interrogent donc la construction de soi et de l’identité à une époque de frontières mouvantes, physiques comme virtuelles, sociales comme politiques. Car quel autre centre à notre univers que nous-même ? C’est en partant de la cellule de base que nous sommes qu’un nouvel écosystème pourra se construire.
Parmi toutes les propositions, expérimentations et regards différents proposés, on peut s’arrêter sur l’installation Tidal Spill d’Isabelle Andriessen, qui crée du vivant à partir d’objet inanimés. Ses sculptures poreuses en céramique, une fois remplies de divers liquides chimiques, se mettent à développer une vie propre, se créant une sorte de peau, ou des paysages colorés dans les bacs posés sous la sculpture, entre le mouvement du sable du désert, une marée noire et une étendue martienne. Les formes sont à l’intersection de l’animal et du mécanique, les frontières sont volontairement laissées floues. On explore les idées de la contamination, de la mutation et de l’émergence de nouvelles formes de vie hybrides, mêlant organique et inorganique.
Danielle Dean quant à elle s’est plongée dans un siècle d’archives des catalogues de vente par correspondance du BHV et des Galeries Lafayette pour créer une vidéo-collage sur la question de la construction de l’identité dans une société de consommation pleine de diktats, de comment trouver un sens à sa vie quand la nécessité des factures à payer annihile toute possibilité de s’arrêter et réfléchir sur soi. Elle a travaillé en collaboration avec quatre jeunes françaises et une chercheuse pour créer la vidéo et affiner et enrichir la réflexion. Les jeunes femmes voyagent et s’interrogent d’un produit à l’autre, sur fond d’images tirées des catalogues et d’incrustations 3D, de jeux de graphiques et typographiques.
Plus loin, Kenny Dunkan propose trois installations autour du corps de l’homme noir. Il mélange l’iconographie religieuse des gisants et des fétiches africains pour créer des armures de protection reposant sur des socles de diktats de mode et cosmétique. La juxtaposition avec ses « suaires », portant les traces de sa peau dans une référence aux Antropométries de Klein, crée une ambivalence entre un corps puissant sous sa carapace et sa vulnérabilité dans l’espace public, un corps multiple encore soumis à des clichés persistants et opposés.

Pour compléter la visite, ReBond, l’application lancée par Lafayette Anticipations, sert de dispositif de médiation virtuelle. L’application gratuite donne des informations supplémentaires sur les œuvres, des contenus audiovisuels, le point de vue des artistes.
Le catalogue sera disponible à la fin de l’exposition. Conçu et produit sur place avec une équipe de graphistes, maquettistes et risographes, augmenté au fur et à mesure tel un catalogue / compte-rendu du déroulé de l’exposition, il sera imprimé en risographie au rythme d’une séance par semaine le vendredi dans l’agora, stocké dans l’exposition et façonné grâce aux outils de reliure de la fondation, destinés à soutenir les projets d’édition.

De nombreuses autres expériences sensorielles et réflexions vous attendent dans cette exposition collective laissant présager d’un avenir riche et créatif pour ses organisateurs et ses artistes.

Le Centre ne peut tenir, exposition collective
Lafayette Anticipations – 9 rue du plâtre – 75004 paris
Du 20 juin au 9 septembre 2018

visuels : photos 1-3-4 LL – 1 : Tida Spill, Isabelle Andriessen – 2 : Danielle Dean, Répétition pour le film produit dans le cadre de l’exposition Le centre ne peut tenir, 2018 © Jeff Vespa. – 3 : Dual conditionning system. Lotta body set and twist, Kenny Dunkan – 4 : Insurance policy, Jumama Manna

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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