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La prestigieuse collection Lambert vous ouvre ses portes… en prison

La prestigieuse collection Lambert vous ouvre ses portes… en prison

23 janvier 2014 | PAR Céline Duverne

Durant la période de travaux réunissant l’hôtel de Montfaucon et celui de Caumont, où siégeaient jusqu’alors les œuvres, la collection Lambert d’Avignon organisera une exposition inédite à l’ancienne prison Sainte-Anne. Une alliance inattendue pour une expérience artistique atypique.

collection Lambert

La prison Sainte-Anne, fermée depuis 2003, abritera en mai prochain la nouvelle exposition de la collection Lambert. Eric Mézil, directeur du musée, entend faire de cette initiative un « événement national. La prison sera une œuvre d’art en elle-même, nous ne toucherons pas l’état des cellules et les œuvres y seront réparties », confie-t-il, enthousiaste au journal local Avi CityLocalNews.

Au programme ? Principalement des vidéos, de la photographie et des installations dont beaucoup sont issues de la collection de l’italienne Enea Righi, et quelques-unes seulement du fonds Lambert : « Pour ce projet, Enea nous offre en plus le transport et le catalogue soit un mécénat de 200 000 € pour une expo qui devrait en coûter environ 700 000 € », conclut E. Mézil.

Théâtre vivant de l’exposition, la prison Sainte-Anne lui fournit son fil conducteur : l’enfermement, la solitude mais aussi l’amour et la lumière, rassemblés sous le titre énigmatique de « La Disparition des Lucioles », en référence au célèbre article publié dans le Corriere della serra par Pasolini en 1975. L’écrivain y déplorait l’extinction progressive de cet écosystème sous l’effet de la pollution, métaphore d’une mise en déroute des contre-pouvoirs face à l’empire du consumérisme. Dans son sillage, Stéphane Ibars, chargé de la mise en place de cette exposition, entend « ouvrir un champ de possibles dans chaque cellule » où les oeuvres seront exposées. Exemptes de tout dispositif d’aménagement, elles apporteront dans ce lieu terne et désolé « un peu de cette lumière des lucioles », incarnation d’un espoir, d’une résistance poétique, nous confie-t-il par téléphone.

Le choix du lieu est doublement motivé : outre sa dimension intrinsèquement symbolique, la prison Sainte-Anne, située au coeur de la ville, fait partie intégrante du patrimoine local. « La Disparition des lucioles » est une main tendue aux Avignonnais, une occasion unique de visiter ce lieu chargé d’histoire jusqu’alors inaccessible. Un moment de mémoire et de partage culturel : « Faire entrer les Avignonnais dans ce lieu, en soi, c’est déjà un acte artistique », se réjouit Eric Mézil.

En juillet dernier, l’annonce d’un plan de chantier de dix-huit mois pour l’extension du musée mettait en péril le fonctionnement de cette précieuse collection et la sauvegarde des emplois associés ; la recherche d’un lieu d’hébergement temporaire s’imposait. Après quelque temps d’investigations, Eric Mézil, a jeté son dévolu sur cette ancienne prison, délaissée faute de financements et sujette à des fouilles archéologiques. Passée la surprise de l’annonce, la mobilisation du préfet puis un échange avec le ministre de l’Intérieur Manuel Valls ont achevé de sceller le projet.

En juin 2000, Yvon Lambert, galeriste et collectionneur, mettait en dépôt sa collection personnelle en vue d’une donation future. Comprenant aujourd’hui plus de 1200 références des années soixante à nos jours, la collection Lambert regroupe des pièces maîtresses de l’art minimal, de l’art conceptuel, du Land art ainsi que de nombreuses vidéos et installations emblématiques de la modernité créatrice.

Rendez-vous donc en mai prochain pour goûter un peu de cette lumière poétique des lucioles, au rythme du chant mélodieux des cigales.

Visuel : © page Facebook de la collection Lambert : l’hôtel de Caumont.

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