Beaux-Livres
« La montagne fertile », la montagne et la lumière suisses comme muses

« La montagne fertile », la montagne et la lumière suisses comme muses

17 mai 2021 | PAR Laetitia Larralde

Le Palais Lumière d’Evian rouvre ce 19 mai avec l’exposition La montagne fertile, une ode aux paysages suisse par ses peintres : Giacometti, Segantini, Amiet et Hodler. Courez-y avant la fermeture le 30 mai pour un bain pictural de nature et de lumière.

La montagne fertile fera partie de ces expositions sacrifiées par le Covid. Avec une ouverture initialement prévue du 27 février au 30 mai 2021, l’exposition ne pourra au final être vue qu’une petite dizaine de jours, avant que les nombreux prêts privés et publics ne repartent vers d’autres accrochages. Et que dire de la programmation d’évènements organisés autour d’elle ? Si elle n’est pas tout bonnement annulée, elle sera réduite à peau de chagrin par les conditions sanitaires d’accueil du public. Ne pouvant aller au Palais Lumière d’Evian, c’est donc par l’intermédiaire du catalogue que nous découvrons les œuvres.

L’exposition se concentre autour de quatre artistes : Giovanni Giacometti, Giovanni Segantini, Cuno Amiet et Ferdinand Hodler. On y aborde leurs relations personnelles, leur relation au paysage du territoire des Grisons et l’influence qu’ils ont eue sur les générations d’artistes suivantes ou même sur leurs contemporains. Entraînés par Giovanni Giacometti, ainsi que son maître Giovanni Segantini, originaire de la région des Grisons, les quatre peintres suisses se sont emparés du territoire et de son paysage. Poussés à arpenter les montagnes, ses vallées et ses lacs, à observer les nuages et les variations atmosphériques, les artistes rendent un hommage lumineux à leur muse.

Du naturalisme de Segantini, mort précocement en 1899, les toiles évoluent vers une simplification du paysage et des couleurs de plus en plus vives et vibrantes. Humains et animaux disparaissent presque entièrement du paysage pour laisser place à la montagne et sa lumière, les lignes abruptes de la roche découpant le ciel et la toile. Dans ce cadre, les peintres osent affirmer leur identité stylistique et Ferdinand Hodler y pose les bases de sa théorie du parallélisme. Comment ne pas être inspiré par l’immensité grandiose de la nature qui s’étend sous leurs yeux ?

Ainsi, leurs œuvres les placent comme le renouveau de la peinture suisse au début du XXème siècle. Si leur influence se ressent déjà chez leurs contemporains, comme dans les photographies d’Albert Steiner ou Andrea Garbald qui abandonnent la photographie documentaire pour aller vers des compositions réfléchies, elle ne s’arrête pas là. Alberto Giacometti, fils de Giovanni Giacometti, filleul de Cuno Amiet, en est l’exemple le plus direct. Il voit ses montagnes comme ses aînés les voient, et même installé à Paris, il y revient régulièrement et les dessine, d’un style de plus en plus incisif. L’exposition rassemble également des artistes contemporains tels que Joseph Beuys, Rémy Zaugg ou encore Kurt Sigrist, dont l’œuvre montre l’héritage transmis par Giacometti, Segantini, Amiet et Hodler.

La fascination que ce territoire des Grisons a eue sur les artistes tient presque d’une quête mystique. Ces tableaux si lumineux, qui ont su retranscrire l’essence d’un paysage, parlent de la recherche d’un paradis perdu. Avec la phrase « la peinture est tout ce qu’on ne peut pas photographier », Giovanni Giacometti résume leur quête : retranscrire les émotions, le sentiment de transcendance et l’appartenance à la nature procurés par la confrontation aux paysages des Grisons. Et ces lacs, rivières, vallées et montagnes parlent d’éternité et de beauté essentielle.

Malgré l’opinion de certains qui ont du mal à considérer l’art, et la culture dans son ensemble, comme une composante essentielle de la vie, gageons que la visite de l’exposition La montagne fertile saura procurer aux quelques chanceux qui la feront du baume aux cœurs et aux âmes malmenés par la pandémie.

La Montagne fertile – Les Giacometti, Segantini, Amiet, Hodler et leur héritage
Du 19 au 30 mai 2021
Palais Lumière – Evian
Catalogue : La montagne fertile, sous la direction de Corsin Vogel et William Saadé – 208p, 35€, Silvana Editoriale

Visuels : 1- Affiche / 2- Cuno Amiet : Paysage d’Engadine, 1906, © Collection privée, Bregaglia / 3- Giovanni Giacometti : Blick in das obere Albignatal im Bergell, von der Alp Ascella am Septimerpass aus gesehen, 1932 © Stiftung für Kunst, Kultur und Geschichte, Winterthur / 4- Ferdinand Hodler : Lac de Silvaplana, 1907 © Kunstmuseum, Soleure / 5- Giovanni Segantini : Retour de la forêt, 1890 © Segantini-Museum, Saint-Moritz
Vidéo : Présentation de l’exposition La Montagne fertile au Palais Lumière d’Evian

« Nowhere island », la possibilité d’un paysage, exposition personnelle de Lin Calle à la Galerie Insula
La Comédie Francaise ouvrira le 2 juin
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture