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La Mep fait sa rentrée : Keiichi Tahara, René Burri, Pascal Maitre et Tim Parchikov sous le même toit

La Mep fait sa rentrée : Keiichi Tahara, René Burri, Pascal Maitre et Tim Parchikov sous le même toit

10 septembre 2014 | PAR Hugo Saadi

Keiichi Tahara : sculpteur de lumière

 [rating=3]

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Dès les premières photographies, on s’aperçoit que le travail sur la lumière est le sujet le plus intéressant chez Tahara. Avec son noir et blanc et ses petits formats il propose aux spectateurs une réflexion sur l’ombre et la lumière. On se retrouve alors en plein extérieur à contempler les vagues d’une mer agitée, des nuages ou encore une dune de sable aux plissements qui s’étendent à perte de vue, mais aussi en intérieur où l’ombre est encore plus travaillée comme celle d’une rose où l’on distingue plus difficilement l’original de la copie reflétée. Ensuite, le Japonais nous introduit au sein de son appartement pour une seconde série, Fenêtres. Là encore le clair obscur est de la partie mais l’enjeu de cette série repose dans sa volonté à photographier à travers une vitre. On y découvre alors les toits de Paris, des gouttières, la Butte aux Cailles et cette promiscuité des bâtiments de Paris à travers un objectif que l’on penserait flouté, fumé ou sali par quelques traces de doigts. Il en est bien sur rien de cela, les effets étant dûs à la saleté de certains carreaux, à des gouttes de pluies qui ruissellent sur les fenêtres. Cette sorte de filtre photographique naturel couplé au noir et blanc rend l’ensemble intéressant à découvrir proposant un travail sur la lumière semant le doute sur la période de la journée, jour, nuit, mystère. Cependant, il est vrai que la série trouvera ses limites dans l’originalité des clichés qui tourneront un peu sur eux-mêmes au bout d’un certain temps. Enfin, on terminera l’espace Keiichi Tahara par Visagéités, une série où le photographe s’attarde sur l’homme en exposant des portraits où les contours ne sont pas fixes, où les blancs viennent grignoter l’espace. Ces belles compositions sont généralement composées en diptyques, avec un gros plan de l’homme (le plus souvent âgé, les imperfections du temps qui passe sont donc bien visibles sur les visages) puis une remise de l’individu dans un contexte plus large. Parmi eux on pourra citer le philosophe Félix Guattari ou encore le compositeur Iannis Xenakis.

Du 10 septembre au 2 novembre 2014.

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Pascal Maitre : Afrique(s)

 [rating=4]

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Ce photo -reporter qui a sillonné l’Afrique pendant toute sa carrière et nous offre un voyage saisissant au cœur de la Somalie, du Rwanda, du Soudan ou encore de Madagascar pour ne citer qu’eux. Dans chaque cliché on retrouve une sensibilité journalistique forte, mais également une touche artistique recherchée grâce à un cadrage et un jeu des couleurs. Cette plongée dans la vie quotidienne de ces populations nous emmène dans de multiples endroits : un marché, un café, une prison, une fête locale ou bien un salon de beauté, l’ensemble agrémenté de beaux paysages de verdure. Jaune, rouge, bleu et vert sont les couleurs que l’on retrouvera le plus souvent, que ce soit par la peinture des bâtiments ou des voitures, par l’éclairage public ou bien encore par les vêtements et les costumes traditionnels. L’aspect journalistique est perçu par les légendes de certaines photos : la famine, les villes détruites par la guerre, les milices armées, les peuples déplacés et les pirates somaliens en prison contrastent avec les scènes de vie plus joyeuses. Une série de photographies qui nous transporte et qui raconte l’Histoire de ces pays souvent instables.

Du 10 septembre au 2 novembre 2014.

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René Burri : Mouvement

 [rating=4]

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Comme le nom de sa série l’indique, rares sont les photos où les protagonistes sont figés. Le mouvement est omniprésent et son fidèle ami, le flou, ne le lâche pas. Où trouver du mouvement dans ce cas ? René Burri, fortement intéressé par le cinéma capture l’instantanéité de ce qui l’entoure, ce qui passe devant lui et également au-dessus de sa tête. Des couples qui dansent dans un café, des enfants qui courent dans la rue, une démonstration aérienne, une moto, une corrida, tout est capturé dans l’objectif du photographe suisse. La scénographie illustre ce sentiment de mouvement avec une succession des clichés très rapprochés sur une même ligne continue. Quand le mouvement disparaît c’est que René Burri a posé son appareil et s’intéresse alors à des natures mortes ou des paysages : une centrale électrique, une chambre par exemple. Collaborateur avec les plus grands magazines du monde, la MEP expose également ses clichés les plus connus : Che Guevara le cigare à la bouche, Picasso, Churchill ou encore la descente d’un hélicoptère des soldats américains en terre vietnamienne. Son amour pour le cinéma est également présenté ici grâce à diverses séquences cinématographiques et des documentaires qu’il avait réalisés. Les photos en couleur côtoient celles en noir et blanc pour un rendu fort agréable.

Du 10 septembre au 12 octobre 2014.

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Tim Parchikov : Suspense

 [rating=4]

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L’artiste russe s’expose dans une salle complètement sombre.  Ses photographies rétro-éclairées nous attirent l’œil devenant des fenêtres sur un monde extérieur que l’on pourrait très bien imaginer derrière le mur. Pour Tim Parchikov, Suspense illustre « la saisie d’un lieu, à un moment où une histoire aurait pu surgir ». Les lieux sont donc variés et le travail sur les lumières impose une atmosphère pesante et inquiétante. Une ombre sur un mur, un homme assis sagement sur le sol, des regards échangés entre un homme (au premier plan flou) et une femme (au second plan, le visage rayonnant en pleine nuit), le photographe arrive à instaurer un début de scénario que le spectateur continuera lui-même. La mise en scène de la lumière, artificielle (lampadaire) ou non (lune) rend la photo vivante, à l’instar d’un panneau lumineux aux néons clignotants. En somme, une déambulation mystérieuse où la lumière sombre de la salle reposera l’œil, mais où les photos agiteront les sens du visiteur.

Du 10 septembre au 30 novembre 2014.

Toutes les informations pratiques sur le site de la Maison Européenne de la Photographie.

Visuels © MEP

Infos pratiques

Jazz Sous les Pommiers
Musée d’Art Moderne – Paris
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

One thought on “La Mep fait sa rentrée : Keiichi Tahara, René Burri, Pascal Maitre et Tim Parchikov sous le même toit”

Commentaire(s)

  • Les foules, traversées, embouteillages, mouvements intimes ou collectifs de René Burri nous parlent de nos rapports aux lieux et aux déplacements. Pour prolonger cette exploration par une réflexion sur la mobilité et découvrir des collaborations avec des artistes contemporains, je vous recommande http://fr.forumviesmobiles.org/

    octobre 6, 2014 at 16 h 04 min

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