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Kupka, pionnier de l’abstraction au Grand Palais : médiumnique !

Kupka, pionnier de l’abstraction au Grand Palais : médiumnique !

20 mars 2018 | PAR Géraldine Bretault

À travers cette rétrospective consacrée à Frantisek Kupka, la première depuis 1989 à Paris, c’est tout un pan de l’histoire radicale de l’abstraction qui prend vie sous nos yeux, avec un artiste majeur dont il est grand temps de revaloriser la place dans l’histoire de l’art.

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Contrairement à la légende colportée par Kandinsky – il aurait découvert l’abstraction dans son atelier, en regardant une de ses toiles retournée par inadvertance -, l’abstraction ne s’est pas faite en un jour, ni par le génie d’un seul homme.

Et c’est bien le mérite de cette exposition, que de prendre le temps de retracer les débuts de la carrière de Kupka, né en Bohème dans l’ancien Empire austro-hongrois, dans ce qui deviendra la Tchécoslovaquie. Passé par les Beaux-Arts de Prague, puis de Vienne, il finit par s’installer à Paris, capitale artistique incontournable à l’aube du XXe siècle. Farouchement indépendant, il commence par assimiler ces influences riches et nombreuses, de la Sécession viennoise à la place de l’ornement dans l’Art nouveau, en passant par l’illustration pour la presse, gagne-pain qui lui rend bien son talent, et l’illustration d’ouvrages – Kupka était un véritable bibliophile.

Ce que montre moins l’exposition, peut-être, c’est le nouveau rapport à la nature qui est en train de s’installer dans les pays germanophones, à travers les thèses naturistes et le mouvement du Lebensreform, et qui comptent pour une bonne part dans l’attention que porte Kupka à l’inscription du corps dans la nature, à la décomposition du mouvement naturel. Mais notre artiste est bien un homme de son temps, féru d’occultisme et de théosophie, comme nombre de ses contemporains, et proche des milieux anarchistes. Le hasard des rencontres l’amène aussi à côtoyer le groupe de Puteaux, mais en voisin. C’est ce creuset aux sources multiples qui le conduit pas à pas, en explorant forme et couleurs, à oser produire l’une des premières toiles non figuratives jamais produites Amorpha, fugue à deux couleurs.

Si la complexité intellectuelle du processus qui aboutit à l’élaboration d’une nouvelle syntaxe de formes et de couleurs non figuratives est bien démontrée, de l’étude du cercle de Newton à l’assimilation du cubisme, en passant par le rôle déterminant des différents Salons artistiques du début du siècle, on regrette une déambulation assez alambiquée pour le visiteur, puisqu’il lui faut s’engager à gauche dans la grande salle principale, pour opérer une boucle en fond de salle avant de descendre au niveau inférieur.

Des chefs d’oeuvre comme Autour d’un point auraient mérités d’être mieux mis en valeur, tandis que les salles consacrées au mouvement Abstraction-Création dans le dernier tiers du parcours semblent étirer le propos. Reste toutefois la beauté de la rencontre entre le jazz et la machine, dans une des dernières salles, et surtout, l’humilité d’un artiste ne renonçant jamais à l’expérimentation, mais qui craignait en revanche la dissolution de son art dans les aventures collectives.

Une œuvre exigeante, étayée d’un traité théorique, La Création dans les arts plastiques (rédigé à partir de 1910, au même moment que Du Spirituel dans l’art de Kandinsky mais qui ne sera publié qu’en 1923), et portée par une ambition bouleversante : ouvrir la voie aux générations futures qui, un jour peut-être, parviendront à exprimer un message artistique en se passant du support même de la toile….

Un artiste à redécouvrir avec curiosité, non sans quelques lectures complémentaires

« Nous distinguons deux grandes catégories d’oeuvres plastiques. Il y a d’une part, celles qui témoignent du parti pris de saisir simplement l’impression reçue des formes de la nature dans son émergence, telle qu’elle s’annonce à la conscience. Mais il y en a d’autres où le peintre ou le sculpteur nous donne à déchiffrer une pensée spéculative qui se traduit par une combinaison d’éléments plastiques ou chromatiques »
Visuels : ©

František Kupka, Portrait de famille, 1910 © Adagp, Paris 2018 © National Gallery in Prague 2018
František Kupka, Amorpha, fugue à deux couleurs, 1912 © Adagp, Paris 2018 © National Gallery in Prague 2018

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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