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Kabakov, contre-histoire de la Russie à la Tate Modern

Kabakov, contre-histoire de la Russie à la Tate Modern

11 décembre 2017 | PAR Gilles Charlassier

A côté de l’exposition Modigliani jusqu’au début du printemps, l’hiver sera russe à la Tate Modern de Londres. En contrepoint d’un parcours sur la Révolution russe, centenaire oblige, et sa traduction dans les arts, une rétrospective consacrée à Ilya et Emilia Kabakov, en marge des canons officiels du soviétisme, invite à une sorte de contre-histoire de la Russie de ces cinquante dernières années

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Si Ilya et Emila Kabakov forment aujourd’hui un indissociable couple d’artistes célébré pour ses installations, l’aventure artistique commence avec Ilya seul, au sortir du règne de Staline – reprenant ainsi le fil du temps à peu près là où s’arrête l’accrochage sur la Révolution russe présenté au même moment à la Tate Modern. S’étant volontairement soustrait aux idéaux de l’art de propagande, Ilya Kabakov a commencé sa carrière sous pseudonymes – procédé qu’il a conservé sous le régime communiste – avec des œuvres détournant les codes de l’esthétique officielle, interrogeant les valeurs du réalisme socialiste. On découvre, dès ces premières productions, le jeu avec le collage et l’incongru, un peu à la manière surréaliste, superposant souvent le texte et l’image – un trajet en voiture au milieu de la campagne sibérienne, ou un tableau résumant des procédures bureaucratiques affectant les gestes les plus simples de l’existence.

On entre ensuite au milieu d’installations, entre jeux d’optiques et paradoxes de la vie quotidienne, flirtant parfois avec la fantaisie onirique, seul échappatoire à la surveillance totalitaire, à l’exemple de The man who flew into space from his appartement. Ce sens de l’immersion, entre effets visuels et suggestion narrative, se retrouve dans la sixième salle, un arrière de train sur des rails avec des cadres abandonnés sur le quai : dans Not everyone will be taken into the future, Emilia et Ilya Kabakov mettent en scène la question de la postérité artistique. Dévoilant les coulisses du sens de l’Histoire, le dispositif poursuit cette exploration des marges de la lecture progressiste de la création.
A l’aide de gommages partiels ou de juxtapositions temporelles, les Kabakov, renouant avec le chevalet depuis les années 2000, poursuivent une exploration de la mémoire et de l’oubli, qui prolonge le labyrinthe biographique consacré à la mère d’Ilya, tapis de photographies et de pages du journal de sa mère, semé d’extraits sonores de musiques traditionnelles juives. Datant de 1990, Labyrith, My mother’s album, offre ainsi un émouvant exemple de l’envers de l’historiographie officielle. L’exposition se referme sur des maquettes autour de la figure de l’Ange : toujours cette rencontre entre le symbolique et le commun qui esquisse, au diapason des tons pastels souvent employés, une distance poétique délicatement ironique, facilement exportable aujourd’hui peut-être, mais moins superficielle qu’il n’y paraît.


visuel : The Collage of space #6 2010 private collection (c) Ilya et Emilia Kabakov, courtesy of the artists. 

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