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Julien Creuzet, une certaine idée du monde

Julien Creuzet, une certaine idée du monde

26 janvier 2018 | PAR Diane Royer

La Fondation d’entreprise Ricard, Paris présente les travaux de Julien Creuzetdu 23 janvier au 19 février 2018. L’exposition « Toute la distance de la mer, pour que les filaments à l’huile des mancenilliers nous arrêtent les battements du cœur. – La pluie a rendu cela possible […] » se tient en pendant de la manifestation artistique « La pluie a rendu cela possible depuis le morne en colère, la montagne est restée silencieuse. Des impacts de la guerre, des gouttes missile. Après tout cela, peut-être que le volcan protestera à son tour. – Toute la distance de la mer […] » exposée à Bétonsalon – Centre d’art et de recherche du 24 janvier au 14 avril 2018.

Sans transition, le spectateur pénètre dans l’univers de l’artiste, constitué d’œuvres aussi diverses qu’homogènes. Deux salles d’exposition sont investies par les installations composites et poétiques. Certaines sont faites d’objets variés, de fils au sol ou de branchages peints suspendus, de pièces en bois biomorphiques, et d’autres objets de la vie quotidienne amassés et tantôt transformés ou disposés dans l’espace. D’autres se composent de toiles peintes sur lesquelles on peut lire des inscriptions telles que « Poison de flèche » ou encore « Arbol de la muerte ». Reposant sur des tongs, elles sont parées de divers accessoires qui semblent s’être échoués, des jeans, souvent. La présence de ces éléments formels pourrait faire allusion au caleçon de toile bleue de l’esclave mutilé par son maître que le personnage de Voltaire, Candide, rencontre lors de son périple. Julien Creuzet dénonce, en effet, la politique intérieure française à deux vitesses, l’une consentie à la France métropolitaine, l’autre aux départements et territoires d’Outre-Mer. Le livret accompagnant l’exposition relate notamment l’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis de la chlordécone, un pesticide employé pour lutter contre le charançon du bananier interdit dans les années 1970 aux Etats-Unis pour des raisons sanitaires, et en 1993 seulement dans les Antilles françaises.

À travers ces dénonciations politiques et sociales, Julien Creuzet, artiste martiniquais installé à Montreuil, en région parisienne, atteste de la similarité des Hommes, de l’homogénéité de l’Humanité. Le livret accompagnant l’exposition présente un texte, « Cher Julien », de Cédric Aurelle, reflètant cette idée de mélange ressemblance/dissemblance inextricable : « La mer n’a-t-elle pas la même odeur ici et là-bas ? Non, me diras-tu, pas nécessairement, il suffit d’avoir voyagé un peu pour s’en convaincre, mais peu importe : l’odeur de la mer, c’est la métaphore de ce qui nous relie et de ce que nous avons en commun, même, et, c’est tant mieux, même si chacun y apporte finalement ses nuances de gris. Et pour ceux qui n’ont pas connu la mer, il restera l’odeur de la mère. L’odeur de la mer, l’odeur de la mère, c’est ta présence au monde, c’est la mienne, c’est la nôtre, c’est nous tous. » Mêlant ses expériences diverses, imprégné des lectures des philosophes Achille Mbembe et Edouard Glissant, il désire témoigner d’une certaine unité.

La fondation d’entreprise Ricard, lieu réputé d’art contemporain de la capitale, organisera une journée de performances le 19 février, date de clôture de l’exposition.

Visuels : Images officielles de l’exposition

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Diane Royer

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