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Julie Sicault Maillé : « je suis très engagée sur les questions écologiques »

Julie Sicault Maillé : « je suis très engagée sur les questions écologiques »

07 février 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Julie Sicault Maillé est la commissaire de l’exposition Champs Libres qui se tient jusqu’au 18 juillet au Maif Social Club. Rencontre la tête sous les feuillages et les pieds vissés dans les cinq éléments.

Quand vous n’êtes pas commissaire d’exposition au MAIF, où travaillez-vous ? Que faites-vous dans la vie ?

Je suis également commissaire d’exposition, mais pas au MAIF Social Club. J’ai travaillé au domaine départemental de Chamarande où j’étais responsable des expositions et de la collection du FDAC (Fonds départemental d’art contemporain) de l’Essonne. Je suis très engagée sur les questions écologiques, à titre personnel et aussi professionnel évidemment, et c’est pour ça que Chloé Tournier, la responsable de programmation du le MAIF Social Club, m’a proposé de travailler sur cette exposition.

Le domaine de Chamarande est un lieu qui est immense, et ici, vous avez un espace plus réduit. Comment vous avez appréhendé l’espace ?

Honnêtement, ça a été un challenge passionnant pour moi qui suis effectivement habituée à des grands espaces en extérieur ; je pense beaucoup à la relation entre l’art et l’espace public, mais forcément en extérieur. Même si ici on est en intérieur, il y a un côté espace public. Ce lieu est hybride, et je le trouve très fort et très agréable. Mais c’est vrai que je suis habituée à un château. Donc oui, cela a été un gros défi mais en même temps, je suis très contente. On a beaucoup travaillé avec Isabelle Daëron, la scénographe avec qui j’avais déjà travaillé par ailleurs. Elle aussi est très engagée sur la question écologique. Et on avait vraiment l’envie, autant l’une que l’autre, de conserver la lumière, de pouvoir presque s’élever vers elle, d’où la clairière, la colline, qui est au milieu de ce que moi j’appelle une agora. Parce que pour moi c’est vraiment l’espace où j’espère que les gens vont pouvoir se poser.

Oui, vous y invitez les visiteurs d’ailleurs : il y a une petite note qui dit « Asseyez-vous ». Est-ce qu’il va se passer des choses là ?

Alors, oui, il y aura de la programmation : des ateliers et des rencontres…

Sur ce lieu ? 

Oui, et je pense que ça se fera aussi de manière naturelle, pour moi c’est évident. Même pendant le montage, on venait tous là s’asseoir. Avec Isabelle, la scénographe, on a vraiment pensé les choses ensemble. Je voulais qu’il n’y ait pas de cloisons, qu’on garde au maximum le vide dans lequel on est, que les œuvres puissent dialoguer entre elles parce que l’écologie, ce sont les relations entre les êtres et les choses, les connexions. Les œuvres sont connectées entre elles. Et pour moi, ce qui était très important c’était qu’il n’y ait pas de parcours, que l’on n’oblige pas les visiteurs à passer d’abord par telle ou telle œuvre… Pour garder cette idée de connexion aussi et de liberté qui est dans le titre Champs libres. La liberté de chacun de construire son paysage en visitant l’exposition. On a tous la liberté de choisir de mener des actions, même quotidiennes. Je ne parle pas forcément de grandes actions, mais il y a plein de spécialistes de l’écologie qui disent que c’est de l’individu que viendra le changement, en agissant de manière collective.

Dans cette exposition vous avez choisi des artistes qui font des choses très différentes. Nous nous parlons à côté d’une oeuvre de Stefan Shankland, qui représente un diamant qui en fait est un mélange de déchets, c’est ça ?

Oui, plutôt de gravats. 

J’ai adoré le glacier miniature de De Barthélémy Antoine Loeff en train de se faire, très poétique, très militant, et qui est évidemment issu de la récup… Comment vous avez articulé cela ? Est-ce que vous connaissiez ces artistes ? Comment vous les avez dénichés ?

Oui, la plupart, je les connais depuis longtemps…

Vous les suivez ?
Oui, je les suis. Je suis très fidèle. Il y en a plusieurs avec qui j’ai déjà travaillé, il y en a aussi que je n’avais jamais exposé, mais je sentais que c’était le moment dont notamment Barthélémy Antoine Loeff dont vous avez parlé avec le glacier artificiel ou l’artiste coréenne Ha Cha Youn…

…Oui, c’est très beau ! C’est magnifique ! Réussir à faire de la poésie avec un sac plastique, c’est quand même sympathique…

Oui, exactement. Et puis il y a des artistes que j’ai découverts pour cette exposition, grâce au travail d’équipe qu’on a mené pour ce projet-là : l’artiste Vaughn Bell avec les cabanes et les terrariums suspendus dans lesquels on peut rentrer, tout du moins on peut y passer la tête. La maison est notre nature donc on se reconnecte… C’est super ça. Le travail des deux artistes finlandais Timo Aho et Pekka Niittyvirta que j’ai découverts pour cette exposition …

Qui travaillent sur la montée des eaux.

Oui, exactement, et une artiste dont j’avais déjà vu le travail mais avec qui je n’avais jamais travaillé : l’artiste brésilienne Janaina Mello Landini qui a réalisé l’œuvre un peu introductive à l’exposition, ce grand réseau de fils qui fait penser à la notion d’écosystème.

Nous nous parlons sous des feuillages, c’est aussi une œuvre ?
Non, c’est de la scénographie. Il y a une phrase qui nous a guidées, une citation de Jules Renard qui est : «Penser, c’est chercher des clairières dans une forêt». L’espace d’exposition du MAIF Social Club a des poteaux qui sont inhérents à la structure, et Isabelle et moi avons surjoué cette idée, en les doublant, ce qui donne cette sensation. On pénètre dans une forêt, on se déchausse aussi. On rentre aussi dans une exposition pour créer une scission. C’est vraiment un choix collectif de proposer aux visiteurs de se déchausser, de sentir les choses et de se reconnecter au sol. Et puis de relever la tête et voir le ciel.

Est-ce que vous avez la sensation de réveiller encore plus les consciences, si c’est possible ?
J’espère… Ce qui me semble intéressant c’est qu’on parle beaucoup d’écologie et c’est très bien, mais soit on a affaire à des discours scientifiques pour lesquels on n’a pas, enfin personnellement, je n’ai pas les clefs pour les comprendre, ou alors à des discours très politiques ou militants, et on ne sait jamais trop quelle est la part de vrai et la part de faux, et c’est toujours un peu compliqué.

L’oeuvre de Timo Aho et Pekka Niittyvirta sur la montée des eaux est glaçante, et particulièrement en ce moment car elle est allumée, ce qui veut dire que l’eau monte.

Oui. Et nous sommes là, tranquilles dans cet espace plus que chaleureux, plus que sympathique. Il y a des discours sur l’écologie qui sont compliqués à appréhender, pour tout un chacun, pour le grand public, et moi la première. Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est qu’avec Champs Libres, on parle d’un sujet d’actualité dont on parle partout, mais on l’aborde d’une façon décalée, d’une façon plus incarnée, je dirais, plus sensible …

Plus douce aussi, c’est le mot qui me vient car sur le sol se trouve cette moquette…

C’est un geste scénographique d’ Isabelle Daëron. Sur le sol, nous voyons différents milieux : minéral, végétal, aérien, urbain, et le bleu, c’est le milieu aquatique. Cela devient une espèce de guide dans ce parcours, qui n’est pas un parcours, puisque chaque œuvre est reliée à son élément, à différents milieux même. C’est toujours cette idée  de connexion. 

Champs Libres, jusqu’au 18 juillet au Maif Social Club, 37 rue de Turenne, 75003 Paris. Entrée libre.

Visuel : © Edouard Richard / MAIF

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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