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« Joan Miró : Au-delà de la peinture » sonde l’infini du possible à la Fondation Maeght

« Joan Miró : Au-delà de la peinture » sonde l’infini du possible à la Fondation Maeght

10 juillet 2019 | PAR Yuliya Tsutserova

De 29 juin à 17 novembre 2019, la Fondation Marguerite et Aimé Maeght à Saint-Paul de Vence présente un aperçu épatant de l’œuvre graphique de Joan Miró, une exposition conçue par Rosa Maria Malet, la directrice historique de la Fundació Joan Miró à Barcelone.

« Il me faut un point de départ », expliquait Miró, « ne serait-ce qu’un grain de poussière ou un éclat de lumière. Cette forme me procure une série de choses, une chose faisant naître une autre chose. Ainsi, un bout de fil peut-il me déclencher un monde ». C’est de tels mondes émergents sans nombre que montre la magnifique exposition « Joan Miró : Au-delà de la peinture » en réunissant plus de deux cents œuvres – gouaches, maquettes, affiches, gravures, lithographies, bons à tirer et ouvrages de bibliophilie – illustrant plus de quarante ans de création et de la poursuite des horizons toujours nouveaux technologiques, formelles et poétiques. L’exposition est organisée en cinq volets, « Miró et les poètes », « Le concept collage », « Les possibilités combinatoires » et « Le dépassement de technique », se déployant dans la fondation toute entière, une trésorerie inépuisable des découvertes d’une spontanéité et exubérance sans pareil.

En parcourant toute la diversité du « language résolument neuf et poétique » de l’œuvre graphique de Miró, il est possible néanmoins de discerner quelques « familles linguistiques » qui se forment progressivement soit à la base d’un geste commun du dessin, d’une harmonie des couleurs, des relations des formes et du fond, de la simplicité et compléxité relatives des éléments d’une composition donnée. L’esthétique « haiku » réunit, par exemple, les minimalistes et élégantes illustrations d’un volume des poèmes de Tristan Tzara, Parler seul, du poème « Miroir de l’homme par les bêtes » d’André Frénaud, et la « La grève noire ». C’est une « recette » à trois ingrédients très simples : une forme allongée, ine forme ronde, une fioriture, en trois couleurs (noir, rouge, bleu-vert) au fond vide et clair. L’enchevêtrement des lignes d’épaisseur et de luminosité variables est sa stratégie de prédilection structurant les œuvres telles que les « Fissures », illustrant un texte de Michel Leiris, aussi bien que toutes les séries « Les géants » et les « Préparatifs d’oiseaux ».

Des jeux de « galets » lisses colorés et de tailles différentes apparaîssent sur la couverture de la revue « Derrière le mirroir » (No. 125-126) et dans l’ « Encadrement », parmi d’autres. Des floraisons des taches et des éclaboussures d’encre marquent les territoires de l’onirique série « Archipel sauvage » jonchée des susdits « galets » s’envolant en lucioles multicolores.

Au seuil du figuratif se profilent des typologies des personnages en contours noires denses et assurés recouvrant des délicates substrates des traits préliminaires et des pâles ondes aux harmonies tétrades feutrées de rouille, d’œuf de rouge-gorge, de la moutarde et des feuilles vertes (« La femme angora », « La femme des sables », « Le pitre rose »). S’y ajoutent les « classiques» instantanément reconnaissables des formes massives et monolithiques mais également élastiques et dynamiques dans une palette restreinte des couleurs primaires (« Les mains sales »).

L’exposition donne un regard privilégié sur les processus de production et la résistance continuelle de Miró aux limites imposées par des moyens techniques. Or, ses triomphes technologiques ne sont pas des fins en soi, mais des véritables percées de son esprit, des evasions des façons délavées de voir, de penser et de s’exprimer : « Pour ce qui me concerne directement, je peux m’exprimer sans aucune entrave, d’un seul élan de l’esprit, sans être paralysé ni ralenti par une technique dépassée qui risquerait de déformer la libre expression et la pureté et la fraîcheur du résultat final ». C’est un rencontre avec un tel esprit libre, pur et frais que nous offre la Fondation Maeght cet été, un rendez-vous à ne pas manquer à peine de laisser s’évanouir la capacité de notre propre esprit à s’ouvrir et être transformé.

Visuels: © Joan Miró: Au-delà de la peinture, catalogue raisonné

Infos pratiques

Le Bal
Château Thuerry, domaine viticole en Provence
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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