Expos
« Jardins » au Grand Palais : une exposition-promenade argumentée

« Jardins » au Grand Palais : une exposition-promenade argumentée

16 mars 2017 | PAR Géraldine Bretault

Qui d’autre que Laurent le Bon, dont l’affection pour les nains de jardin est bien connue, pouvait nous proposer une exposition aussi ambitieuse que celle du Grand Palais sur les jardins ? Directeur du musée Picasso, il revient un instant sur sa spécialité d’origine, l’histoire de l’art des jardins, emmenant dans son sillage – son sillon ? – Marc Jeanson et Coline Zellal. Un parcours à vivre comme une promenade, où butiner au gré de ses envies…

[rating=4]

Alors chaussons nos bottes, et emboîtons-leur le pas. À vrai dire, nous craignions d’entrer dans un maquis couvert, ou un marécage impénétrable, bref, un fourre-tout coloré, se contentant vaguement d’articuler la nature à la culture.

Ce serait méconnaître l’exigence intellectuelle qui sous-tend les quêtes malicieuses de Monsieur Le Bon. Nul désordre ici, mais plutôt mille et une efflorescences plus réjouissantes les unes que les autres, à effeuiller en progressant parmi ce vaste rhizome, dont les ramifications nous emmènent certes dans toutes les directions, mais en marche ordonnée.

Une quinzaine de sections s’enchaînent élégamment en articulant trois grandes parties.
Une première partie s’attache à énumérer le vocabulaire du jardin. Soit un lieu découpé, cadré et comme prélevé par l’homme au sein de la nature, où il nous faut d’abord baisser les yeux pour sonder la terre, avec l’artiste Sumita par exemple, puis lever le regard pour comprendre les éléments atmosphériques, avec le peintre Constable. Nous entrons alors dans une sous-section passionnante sur les différents types d’herbiers collectés au fil des siècles, réservant des surprises d’une beauté renversante, comme cet herbier intime réalisé par Louise Gailleton à partir des spécimens envoyés par les Poilus, ou encore l’herbier artistique composé par Paul Klee ou les photographies si élégantes de Karl Blossfeldt.

Une seconde partie particulièrement réussie s’intéresse aux usages du jardin, et culmine avec les sections « Allée » et « Bosquets ». La perspective d’une allée jalonnée de grands dessins et plans de jardin converge vers un extrait du film Meurtre dans un jardin anglais, qui nous entraîne à son tour dans une succession de bosquets plus enlevés les uns que les autres, à la découverte d’une création de Jean-Michel Othoniel, d’une alcôve révélant un magnifique Fragonard, d’un bosquet sur le labyrinthe disparu de Versailles. Un détour qui s’achève avec un tableau de Picasso où la jeune Marie-Thérèse Walter, dans une convulsion extatique, mêle ses cheveux d’un vert cru aux arbres parc de Boisgeloup qui l’entourent.

Quant à la troisième partie, elle creuse la relation des artistes au jardin, relation si étroite qu’elle ferait d’eux des « jardinistes ». Qu’il s’agisse du jardin urbain luttant pour sa survie dans les photographies de Wolfgang Tillmans, des magnifiques lunettes Renaissance de Giusto Utens dans la section « Belvédère », ou des tableaux modernes de la fin du XIXe siècle qui voient les artistes jardiniers se multiplier – Monet, Caillebotte… -, la fascination du rapport au jardin en tant que lieu d’une mise en scène maîtrisée, mais qui doit composer avec la suprématie éphémère mais constante du végétal, s’exprime avec toutes les couleurs de la palette. Et ne manquez pas sa déclinaison mélancolique en noir et blanc, imprégnée du paysage sublime issu du Romantisme, dans les photos d’Eugène Atget prises dans le parc de Sceaux alors à l’abandon au début du XXe siècle.

Également pensée comme un hommage aux grands paysagistes français de la génération contemporaine, de Gilles Clément à Pascal Simon, de Michel Corajoud à Pascal Cribier, et bien d’autres encore, cette exposition démontre avec brio que le plaisir des sens n’est jamais aussi complet que lorsque l’intelligence et l’imaginaire humains s’en mêlent, dans une démonstration légère et primesautière qui nous donne envie de traîner nos guêtres jusqu’au jardin des Tuileries ou du Luxembourg, histoire de prolonger encore quelques instants cette promenade délicieuse…

Visuels : ©

Jean-Honore? Fragonard, La Fe?te a? Saint-Cloud; vers 1775-1780 © collection de la Banque de France / Photo Franc?oise Doury
Limon imperialis, entre 1775 et 1793, cire et ce?ramique © Museum of National History – University of Florence / Photo Saulo Bambi
Gustave Klimt, Le Parc, 1910 ou avant © 2017. Digital image, The Museum of Modern Art, New York / Scala, Florence
Emile Claus, Le Vieux jardinier, 1885 © Lie?ge, Muse?e des Beaux-Arts / La Boverie
Anna Atkins, Photographs of British Algae, cyanotype impressions: Polysiphonia fastigata vers 1845
© Muse?um national d’histoire naturelle (Paris) – Direction des Bibliothe?ques et de la documentation

 

Infos pratiques

Manufacture des Abbesses
Théâtre de l’Atalante
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *