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Iris van Herpen à Calais

Iris van Herpen à Calais

04 août 2013 | PAR Franck Jacquet

Dans le cadre du projet Crysalis, ensemble d’initiatives européennes et locales liées au textile dans ses aspects industriels comme culturels et sociaux, la Cité internationale de la dentelle et de la mode de Calais présente jusqu’au 31 décembre prochain les créations d’Iris van Herpen, parcours monolithique « rétrospectif » et monographique sur une jeune pousse de la mode continentale d’aujourd’hui.

Une présentation délibérément « brute »
L’exposition se compose uniquement des pièces de van Herpen, affichant à peine une trentaine d’années au compteur. Cet élément ne peut que se rappeler à l’esprit du visiteur tant le bloc de granit froid sur lequel se pose l’exposition donne l’impression d’une « œuvre » déjà foisonnante. La scénographie fait du travail d’Herpen un objet classique, le sombre dominant et la lumière étant entièrement tournée vers les formes et silhouettes monumentales dressées par les robes. L’exposition est linéaire, les robes s’enchaînent les unes à la suite des autres, sobrement. C’est sans doute un choix judicieux pour une exposition de taille moyenne, où les tableaux thématiques ou chronologiques n’auraient pu être possibles. Auraient-ils eu un intérêt ? L’unité tient notamment au refus du linéaire dans la forme du corps, refus de plus en plus générationnel dans les productions contemporaines. De même, l’exposition reflète une mode dans la mode elle-même aujourd’hui : faire des productions des objets d’art à part entière et dont le design peut être montré sur un podium comme dans un ensemble muséal. Cette démarche est d’ailleurs assumée par la créatrice qui multiplie les collaborations avec musées et autres galeries.

Structure et vides
Le travail de la jeune néerlandaise ne semble pas réellement, bien qu’annoncé, faire référence à l’architecture comme plusieurs des couturiers dont elle semble représenter l’écho, Balenciaga particulièrement… Pourtant la structure des pièces qu’elle propose collection après collection à Paris ou Londres est un une clé essentielle pour comprendre celles-ci. Les formes futuristes font parfois référence aux sciences du vivant aujourd’hui : une robe à la structure moléculaire, une autre évoque la menthe religieuse… La robe Micro cherche ainsi à faire d’une forme microscopique du vivant un habit par le grossissement de tentacules, formes cellulaires observées par le microscope. L’exubérance peut évoquer une tenue de sortie d’une Lady Gaga encore en forme… Björk a d’ailleurs porté à plusieurs reprises du van Herpen lors de ses concerts. Parfois, les références plus traditionnelles peuvent être décelées : un sablier enserrant le corps de la femme rappelle la forme dominante de la femme du milieu du XIXe siècle. Le travail est donc très éclectique dans tout ce qu’il convoque de références et révérences. C’est sans doute ce qui fait le succès de van Herpen depuis la fin des années 2000 ; elle participe ainsi aux défilés parisiens depuis des années, invitée par la très sélective Chambre syndicale de haute-couture. Pourquoi la cité de la dentelle ? Les pièces se composent en réalité autant de vides que de pleins, assemblage qui n’est pas sans rappeler le principe même de la dentelle. Les pièces de dentelle sont pourtant rares, au sens strict du terme. Autre proximité pouvant rapprocher la créatrice du système de la dentelle, la couleur, très absente ou le plus souvent secondaire dans les compositions.

L’exposition van Herpen est l’occasion de voir les premiers travaux d’un des grands noms des années 2010 dans le monde de la mode aussi bien dans ses références aux traditions de la couture que dans sa capacité à créer des formes originales, comme exagérées et pourtant déjà classiques. La Cité se rapproche ainsi de son identité flamande et élargit définitivement sa vocation liée à la mode au sens large, tâche ardue pour un site de taille moyen et éloigné des grands lieux de création.

Infos pratiques

Galerie des Ateliers d’Artistes de Belleville
Braderie de Lille
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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