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[Interview] Anne-Sophie Luyton, jeune commissaire de l’exposition « J’ai pris une pierre pour voir le monde »

[Interview] Anne-Sophie Luyton, jeune commissaire de l’exposition « J’ai pris une pierre pour voir le monde »

28 janvier 2015 | PAR Matthias Turcaud

 Vendredi soir a eu lieu au Huit boulevard Saint-Martin le vernissage de l’exposition « J’ai pris une pierre pour voir le monde » que nous avions pu annoncer lors de l’agenda du 19 janvier. Axée autour du minéral, elle rassemble les oeuvres très diverses de onze artistes différents. Habitués ou curieux, enfants ou vieillards, rats d’expos ou néophytes, le public est très varié. Tout en étant exigeante, « J’ai pris une pierre pour voir le monde » reste d’un accès assez facile. Tout le monde peut se retrouver dans cette attirance pour le magnétisme puissant et secret des pierres, tout le monde peut ou a pu l’éprouver. Devant une collection de pierres diversement disposées le long d’un mur, un certain Baptiste Heinz-Macias parle d’un retour en enfance – « Je faisais pareil quand j’étais petit » a-t-il ainsi pu nous confier. Rencontre avec la toute jeune commissaire d’exposition Anne-Sophie Luyton. 

 Comment l’idée de l’expo vous est-elle venue ?

Au départ, j’éprouve une sensibilité pour une génération d’artistes qui effectue un travail centré sur le rapport avec la matière, à son processus de transformation, ou qui tend à rendre compte des phénomènes naturels voire indicibles de notre réalité. Il y a une finesse et une poésie dans ces œuvres qui interrogent notre expérience du réel. C’est au fur et à mesure que je suis arrivée aux écrits de Roger Caillois ayant trait à l’imaginaire minéraliste. D’une matière inerte et silencieuse, il parvient à l’animer, à dégager une forme de mystère liée à son origine au point d’établir une connivence, un rapport quasi intime avec l’objet contemplé. L’idée d’archive d’un processus invisible m’intéresse aussi beaucoup. Au final, il y a ce désir de souligner par la thématique du minéral une poésie du monde naturel qui s’observe au sein des différentes propositions d’artistes.

Comment s’est passée la préparation ? 

J’ai tout d’abord effectué un travail de documentation sur le thème avant de prendre contact avec les artistes. Echanger avec eux, prendre en compte leurs idées a permis d’apporter plus de teneur au projet. Le choix du lieu s’est manifesté dans un second temps. En outre, en réunissant des œuvres autour du minéral, je me suis rendue compte que la thématique abordée ainsi que Roger Caillois bénéficiaient d’une certaine actualité. Je pense notamment à la réouverture de la galerie de minéralogie du MNHN et au livre Lecture des pierres coédité par le Muséum et les éditions Xavier Barral. J’ai ainsi souhaité mettre en place une synergie avec le domaine scientifique en établissant un partenariat avec La Saga (Société amicale des géologues amateurs). Avec l’association, nous avons défini le prêt des minéraux exposés et la réalisation de deux conférences qui se dérouleront ce jeudi, donc demain, à partir de 18h30 à l’espace Le Huit.

Et le travail avec votre équipe ? 

L’exposition est le premier projet de l’association La Générative (association pour le soutien et la diffusion de la jeune création) que j’ai récemment créée. Elle porte administrativement et financièrement le projet. Chaque personne dont j’ai su m’entourer a apporté une compétence spécifique. La phase en amont de l’exposition, s’est surtout réfléchie avec Audrey Lanfrey, étudiante en classe préparatoire à l’Ecole du Louvre. J’ai ensuite travaillé avec Sabine Bosler sur la communication. Pour finir, la phase de montage s’est notamment mise en place avec Camille Lobbé. Il est intéressant de voir comment un projet d’abord personnel prend de l’ampleur et se concrétise plus vite lorsque plusieurs personnes y prennent part. Cette première expérience est positive pour l’association. On souhaite continuer sur cette lancée.

Comment l’exposition a-t-elle été financée ?

Pour cette première exposition, nous avons mis en place une demande de financement participatif sur la plateforme Ulule. La collecte a bien fonctionné puisque nous avons récolté 1800 euros qui ont été dépensés dans le transport, l’assurance des œuvres, l’accrochage et la communication. J’en profite pour remercier les contributeurs qui ont permis la mise en forme souhaitée du projet. Le reste a été financé par La Générative.

Comment le choix s’est-il fait entre les artistes ? Fut-ce difficile ? 

Ça s’est fait assez naturellement. Pour la plupart des artistes, j’ai pu voir leur travail lors d’expositions précédentes tandis que j’ai découvert la démarche de certains au cours de la maturation du projet.  Le choix des œuvres s’est avéré finalement plus difficile.

J’ai été frappé par la grande diversité des œuvres exposées – entre installation, vidéo, sculpture, dessinpeinture figurative ou abstraite, ready made … La diversité a-t-elle été un critère de sélection des œuvres ?

Le thème exploré dans l’exposition reste perméable à une diversité de médium. Toutefois, il m’a semblé important d’intégrer des œuvres qui soutiennent le regard, qui nécessitent un temps d’appréhension. Je pense par exemple à la vidéo Ligne d’Ismaïl Bahri, au dessin de la série Parcimonie(s) d’Anthea Lubat ou encore à la sculpture Iridium de Bettina Samson. En fait, il ne s’agissait pas dans la sélection des œuvres de faire état de la diversité de la création actuelle mais plutôt réunir des propositions plastiques autour de divers attributs portés par le minéral. L’esthétique du fragment et de stratification visibles dans les dispositifs de Guillaume Constantin, d’Andrea Caretto & Raffaella Spagna et d’Edouard Wolton sont justement intéressants lorsqu’on pense la pierre comme archive naturelle et empreinte d’un tout insondable. Enfin, de manière plus pratique, il s’agissait aussi de donner une dynamique d’ensemble à l’accrochage.

Quel a été votre parcours ?

J’ai effectué une licence d’histoire de l’art à l’université Pierre Mendès France (Grenoble) avant d’intégrer un 2e cycle en commercialisation et diffusion de l’art contemporain à l’IESA. Cette exposition s’inscrit dans le cadre de mon projet de fin d’étude mais elle représente beaucoup plus. Elle m’a permis de faire de très belles rencontres et d’ambitionner d’autres projets avec La Générative.

Photos  : Matthias Turcaud, sauf photos 3 et 4 : Julien Caïdos. Photo 3 : Andrea Caretto & Rafaella Spagna, Corpo Esteso, 2013 (détail). Matériaux divers – Dimensions variables. Collection FDAC de l’Essone. Photo 4 : Guillaume Constantin, Fantôme de Quartz XXI, 2015 (détail). Papier bakélisé de récupération, Savons-Gemmes, liège, Visserie – 130 x 100 x 74 cm. Courtesy de l’artiste, et Charlotte Charbonnel, Limaille fossilisée V, 2011, série dessins magnétiques, Fer, vernis, papier – 50 x 65 cm. Courtesy de l’artiste et galerie Backlash, Paris.

Remerciements chaleureux à Anne-Sophie Luyton, Sabine Bosler, Baptiste Heinz-Macias.

Exposition J’ai pris une pierre pour voir le monde à l’espace le Huit, 8 boulevard Saint-Martin (10ème). Jusqu’au 1er février.

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc.Contact : [email protected]

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