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« Il était une fois », La Fabrique des contes au Musée d’ethnographie de Genève

« Il était une fois », La Fabrique des contes au Musée d’ethnographie de Genève

27 mai 2019 | PAR Carole Marchand

La nouvelle exposition temporaire du Musée d’ethnographie de Genève, à découvrir jusqu’au 5 janvier 2020, met en lumière huit contes populaires européens méconnus, qui se racontent à l’aide d’illustrations inédites et d’objets issus des collections du musée… une véritable excursion magique !

C’est par des chuchotements provenant d’un grand mur à sons que l’exposition nous accueille, comme pour nous attirer dans sa magie. « Il était une fois »…résonne dans toutes les langues dans ce sas d’entrée très sobre, comme le prologue d’une histoire, pour nous mener doucement à franchir le seuil de l’imaginaire, un grand et magnifique portail forgé issu de la collection européenne permanente du musée. Nous voila alors plongés comme dans un grand atelier, ressemblant à des coulisses de théâtre, où des premiers objets nous guident dans une ambiance feutrée à travers de grandes boites. Des voix s’entremêlent en fond sonore, l’espace se fait conteur. Huit contes européens populaire méconnus, réécrits dans une version contemporaine par Fabrice Melquiot, sont mis en scènes dans des « théâtres de l’imaginaire » L’exposition, scénographiée par le cabinet d‘architecture Holzer Kobler Architekturen , nous fait vivre une expérience sensorielle unique et surprenante. Le MEG se fait conteur de l’histoire européenne.

 

« Un conte appartient à qui le raconte »

Au MEG, chaque spectateur est lecteur, chaque auteur est spectateur et chaque lecteur est auteur. Petits et grands se voient transformés et fascinés au fil de la visite. On suit les contes comme un récit, que l’on nous transmet et que l’on voudra raconter ensuite. L’exposition est mise en scène comme un laboratoire de fabrication vivant. On s’amuse à déambuler dans le labyrinthe, à la recherche de la prochaine boîte à conte à explorer. La démarche choisie est originale : des espaces d’activités sont intégrés dans la scénographie ou le public peut s’approprier les univers, le musée devient alors lieu de création, de découvertes et de voyages. Perrault écrivait pour un public adulte, aristocratique et mondain, quand deux siècles plus tard les frères Grimm considèrent que leur collecte restitue les vestiges du «génie populaire». Entre histoires et balivernes pour les enfants et révélateur de vérité sur nos origines pour les plus grands, le conte ne ment jamais, il appartient à chacun d’y trouver son propre sens. Les contes choisis abordent des thèmes en écho à notre monde actuel, et l’ambivalence de leur personnages forment nos esprits à une pensée plus raisonnable. A la limite de la psychanalyse, on discute de la mort, de l’érotisme, de la démesure sur un ton qui reste léger.

 

Une richesse patrimoniale partagée

Cette exposition nous donne à lire sur l’histoire de notre continent, l’Europe. Le MEG, après avoir exploré les quatre autres continents dans les précédentes expositions temporaires, se penche maintenant sur le patrimoine européen. Mais pourquoi avoir choisi les contes comme support de témoignage ? » Il fallait un thème fédérateur entre tous les pays pour raconter l’Europe, sachant qu’il apparaît comme le continent le moins exotique, où l’on pense avoir le moins de dépaysement, de surprises. » nous répond la commissaire de l’exposition. Le conte fut un outil fondateur, un moyen de comprendre nos traditions et de croire en des morales issus de nos ancêtres. Pari gagné pour Federica Tamarozzi, qui nous transporte à travers l’histoire d’objets rares tels que le premier écrit d’Alice aux pays des merveilles, les brosses du pantalon du Diable, une navette à double décor anthropomorphe… La collection devient matériau vivant.

L’envers du décor nous permet également de comprendre la propagande et la manipulation qui découlent des contes. Le visiteur apprend comment ils ont été recueillis, réinterprétés ou utilisés en fonction du contexte historique.

 

Une exposition comme dialogue des arts

Un conte n’est pas uniquement une oralité, mais est aussi un écrit, une transmission, un imaginaire, des images. L’exposition passe de la parole à l’écrit avec une dextérité envoûtante, associant avec brio les sons, images et lumières. Federica Tamarozzi, commissaire de l’exposition, à décidé de faire appel à quatre illustrateurs pour compléter la mise en scène et en image des huit contes. Dioramas grandeur nature de Camille Garoche, aquarelles envoûtantes de Jean Philippe Kalonji, acryliques colorées de Carll Cneul et encres de chine angoissantes de Lorenzo Mattoti, viennent compléter avec subtilité les 453 objets exposés, issus de la collection permanente ou exceptionnellement prêtés. On se prend alors au jeu d’écouter la douce voix du conteur, qui, accompagnée des tissus, objets, théâtres d’ombres et de marionnettes, prend forme dans notre tête.

 

Une entrée dans l’univers des contes et de ses coulisses qui nous laisse rêveur, à travers énigmes et histoires enchantées qui mettent en lumière avec justesse et originalité l’histoire de notre continent. Le MEG nous a saisit.

 

Exposition temporaire à découvrir jusqu’au 5 janvier 2020. Informations pratiques à retrouver ici.

 

Visuels © 2019 Musée d’ethnographie, Genève

Infos pratiques

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Carole Marchand

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