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« Hergé » au Grand Palais : grosse déception

« Hergé » au Grand Palais : grosse déception

26 septembre 2016 | PAR Géraldine Bretault

Dix ans après l’exposition du Centre Pompidou, cette ample rétrospective programmée par le Grand Palais entend aussi attirer le grand public dans une exposition consacrée au 9e Art.
Qui se cache donc derrière le « père fondateur de la BD européenne » ? Le parcours proposé s’efforce de montrer les paradoxes de l’homme.

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Une grosse déception face à un parcours étiré en longueur, où l’esbroufe de la scénographie tente en vain de pallier les écueils inhérents à toute exposition de BD : comment rendre lisible, attractif, le travail de fourmi que représente le dessin d’une planche, son encrage, sa mise en couleur puis son impression ?

Les commissaires, dont Sophie Tchang, pourtant conservatrice au musée Hergé de Louvain (ouvert en 2009), ont donc pris un parti qui se veut audacieux : raconter l’histoire d’Hergé et de son œuvre à l’envers, au prétexte que l’intérêt tardif de Hergé pour l’art moderne témoignerait d’un désir de hisser son art au rang des arts majeurs.

Un artifice bien regrettable, qui ne laisse entrevoir qu’en toute fin de parcours l’importance décisive de la rencontre d’Hergé avec Tchang, alors que dès le Lotus bleu, ce dernier aide l’auteur à mûrir, dans la conception de ses scénarios comme dans son trait. Il faut également patienter jusqu’à l’avant dernière-salle pour découvrir les influences originelles que furent les Français Rabier et Saint-Ogan ou l’Américain Mac Manus. À tel point que, si l’on ne craignait de vous imposer un parcours du combattant, au risque d’essuyer moult rebuffades de la part du public qui promet d’être nombreux, on vous conseillerait presque de partir de la fin pour remontrer l’exposition à l’envers….

Quant à la galerie de personnages hauts en couleurs qui entourent Tintin, et qui ont largement contribué à son succès – le capitaine Haddock, Dupont et Dupond, Tryphon Tournesol, La Castafiore -, les voici tristement réunis dans un catalogue mural désincarné, autour d’une ridicule maquette de Moulinsart, devant une reproduction photographique géante de Cheverny… peut mieux faire !

Idem pour la période sombre du créateur : le montage façon coupures de presse au mur entend montrer que le positionnement très critiqué de Hergé pendant la Seconde Guerre mondiale ne sera pas éludé ; pourtant la salle laisse sur sa faim sans clairement expliquer son passage d’une rédaction à une autre.

Le seul moment réellement savoureux est peut-être cette vidéo montrant Yves Robert se livrant à une analyse en langage cinématographique de la mise en scène du mouvement sur une seule et même planche : c’est drôle, vif et ça dure quelques secondes.

Nous passerons sur l’hommage au scoutisme, mis en scène autour d’un bureau d’écolier et une ardoise…

Un peu léger pour un soi-disant « hommage au père de la BD européenne », qui ne révèle au fond rien de l’homme – nulle analyse psychologique, ce qu’auraient dû permettre des travaux comme ceux de Serge Tisseron, Tintin et le secret d’Hergé. Heureusement que des citations du regretté Pierre Sterckx viennent éclairer les cimaises de ses (trop rares) lumières…

 

 

 

Visuels : Paul Nemerlin, Hergé © Adagp, Paris, 2016 © Hergé-Moulinsart
© The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / ADAGP, Paris 2016 – © Jean–Pol Stercq / ADAGP, Paris 2016
© Vagn Hansen – collection Studios Hergé

Infos pratiques

Manufacture des Abbesses
Théâtre de l’Atalante
Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

One thought on “« Hergé » au Grand Palais : grosse déception”

Commentaire(s)

  • spirou

    Il faut être littéraire comme tout critique, pour imaginer que la « psychologie » puisse expliquer une question comme la « bande dessinée »… Imaginer qu’un pauvre Tisseron réussisse pour Hergé, là où Freud a plus qu’échoué pour Leonard de Vinci
    Quand à la « période sombre »… pitié !
    N’est-ce pas B. Peeters, qui après nous avoir assommé avec « Corbu plus facho que Fada », déclarait -à l’aise- que « Tintin n’a rien à se faire pardonner »

    septembre 27, 2016 at 4 h 40 min

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