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« Henri-Edmond Cross, peindre le bonheur » à Giverny

« Henri-Edmond Cross, peindre le bonheur » à Giverny

29 juillet 2018 | PAR Laetitia Larralde

Le Musée des impressionnismes nous propose cet été de redécouvrir l’œuvre d’Henri-Edmond Cross, qui pourrait se résumer par la citation de Baudelaire : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté ».

Henri-Edmond Cross, né Henri Delacroix, est un peintre méconnu. Sa production peu fournie et sa mort prématurée, juste avant que la Première Guerre ne vienne mettre un terme au post-impressionnisme, ont contribué à faire oublier un artiste déjà discret. L’objectif de rassembler un maximum d’œuvres pour la première exposition monographique d’Henri-Edmond Cross depuis vingt ans n’a pas été facile à atteindre. Certaines toiles sont trop fragiles pour être déplacées, d’autres ne sont plus localisées… mais ce sont presque cent dix œuvres, peintures à l’huile, aquarelles et dessins, qui sont rassemblées ici. Réalisée en collaboration avec le Museum Barberini de Postdam et avec le soutien du Musée d’Orsay, l’exposition retrace un parcours artistique entièrement tourné vers la lumière et la couleur.

Né à Douai en 1856, Cross bénéficie d’une solide formation artistique. Si son œuvre reste académique, on note déjà un travail sur le contraste entre ombre et lumière. L’installation de sa famille à Monaco change sa palette de couleur qui devient pastelle et lumineuse, et c’est en 1891 qu’il adopte brutalement le néo-impressionnisme aux côtés de Signac, pour ne plus jamais cesser d’y travailler. Cette même année il s’installe dans le Lavandou et laisse les paysages méditerranéens envahir ses toiles.
Le parcours chronologique de l’exposition nous permet de voir l’évolution de son travail et de ses recherches quasi scientifiques sur la façon de retranscrire la lumière et la couleur. Avec sa technique du pointillisme, Cross substitue au mélange des couleurs sur la palette celui du mélange optique où l’œil recrée une couleur à partir de deux couleurs pures juxtaposées, afin de garder au mieux l’éclat du pigment juste sorti du tube. Ses points, d’une régularité calme, répondent à la composition très géométrique de ses toiles. Puis, petit à petit, les touches vont s’épaissir, devenir plus dynamiques, varier de forme et suivre le mouvement de la composition, laissant la recherche sur la couleur prendre le pas sur la lumière. Les contrastes s’accentuent entre des ombres bleues ou violettes et la lumière jaune et rose. Malgré une retenue vis-à-vis des Fauves, ses derniers nus dénotent une nette influence et laissent la couleur donner sa pleine expression.

Tout comme les impressionnistes, Cross représente principalement des paysages. Construites en suivant de grandes arabesques, ses toiles montrent une végétation luxuriante abritant souvent quelques personnages, aux contours un peu plus précis, mais toujours de moindre importance que son environnement. Anarchiste non violent, Cross exprimait ses convictions, ses rêves d’une société idéale où l’homme et la nature seraient en harmonie, dans un bonheur simple et une libération absolue.
Loin de la ville et de ses tensions, Cross observe à l’envi la nature méditerranéenne. Ses croquis, tantôt utilisant une ligne claire et précise pour décrire le détail d’un paysage, tantôt naissant uniquement du contraste entre ombre et lumière, montrent ses recherches constantes sur le motif. Les toiles qui en découlent, même si certaines frôlent l’abstraction, semblent saisir l’essence même de cette nature si ardemment observée, une synthèse du paysage qui n’oublie pas la précision du détail et rend une œuvre à la fois descriptive et emblématique.
Les aquarelles présentées dans l’exposition montrent que la recherche de Cross sur lumière et couleur n’était pas limitée à l’huile. Les petites compositions monochromes sont d’une force étonnante malgré une économie de moyens, et les aquarelles en couleur aux touches vermiculées uniques vibrent de couleur tout autant que les toiles.

Bien que resté à l’écart de la scène artistique de l’époque, Cross a entretenu une correspondance riche avec ses amis artistes. Signac et lui ont fortement contribué à l’évolution du néo-impressionnisme et au mouvement de la libération de la couleur du XXème siècle. Son influence considérable sur ses contemporains est indéniable, et l’exposition du Musée de Vernon sur son élève Lucie Cousturier en est une autre preuve.
L’exposition du musée des impressionnismes, entouré d’une nature foisonnante et colorée, nous transporte pour un instant dans une légère bulle méditerranéenne riche de lumière et de couleurs.

Henri-Edmond Cross, peindre le bonheur
Du 27 juillet au 4 novembre 2018
Musée des impressionnismes – Giverny

Visuels : 1- H-E Cross, Plage de Baigne-cul ©The Art Institute of Chicago, dist. RMN – Grand Palais – image The Art Institute of Chicago / 2- H-E Cross, Les îles d’Or © RMN – Grand Palais (Musée d’orsay) – Hervé Lewandowski / 3- H-E Cross, Le Cap Layet © Ville de Grenoble, Musée de Grenoble – J.L. Lacroix / 4- H-E Cross, Paysage vallonné © MUMA Le Havre – photo Florian Kleinefenn / 5- H-E Cross, Toulon, matinée d’hiver © tous droits réservés – photo J. Hyde

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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