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Happy Birthday Galerie Perrotin / 25 ans au Tripostal

Happy Birthday Galerie Perrotin / 25 ans au Tripostal

22 octobre 2013 | PAR Audrey Chaix

Il est des rendez-vous que l’on attend avec impatience : les grandes expositions de l’automne au Tripostal, orchestrées par l’association lille3000, en font largement partie. Après François Pinault en 2007 ou encore Charles Saatchi en 2010, c’est au tour du galeriste Emmanuel Perrotin de répondre positivement à l’invitation de lille3000. Depuis le 11 octobre, ses coups de cœur et ses œuvres fétiches sont exposés sur les 6000 m² du Tripostal. Une belle promenade dans l’univers du galeriste – dans laquelle il nous a lui-même emmenés.

Nul besoin de passer les hautes grilles qui marquent le début de l’exposition pour en avoir un premier aperçu : de loin, dès la billetterie, les gracieuses sculptures d’Othoniel, en verre de Murano coloré, font déjà rêver avec leurs volutes paresseuses. À droite de l’entrée de l’expo, d’étranges chevaux sont accrochés au mur : ces costumes créés par Gelitin sont destinés à être revêtus pour la visite, et Emmanuel Perrotin lui-même n’hésite pas à se transformer en cavalier pour emmener les visiteurs avec lui.

Le premier étage est divisé en trois pièces, de la plus immense à la plus petite. Dans la plus grande sont largement mises en valeurs les sculptures d’Othoniel, dont les formes courbées font face aux tableaux de Bernard Frize, installant un étrange dialogue entre la profondeur des œuvres d’Othoniel et l’aspect 2D de celles de Frize – dont la profondeur est finalement révélée lors de cette belle confrontation. La seconde pièce présente notamment deux œuvres de Paola Pivi, dont les immenses ours colorés sont mis à l’honneur en ce moment même à la Galerie Perrotin, pour quelques jours encore. Ici, on reste dans le répertoire animalier cher à l’artiste : deux photographies, une représentant un grand félin se frayant un chemin dans un océan de fausses tasses de cappucino, l’autre montrant deux zèbres au milieu de montagnes enneigées. L’illusion est amusante. Au fond, derrière un mur, se cache INRI, la pouliche sacrifiée de Maurizio Cattelan, déstabilisante, presque effrayante.

Au deuxième niveau se trouvent les plus belles œuvres, à notre sens, de cette exposition : les photographies de JR, prises dans les favelas de Rio. Des regards de femmes, partout sur les murs de la favela, créant une magnifique mise en abîme entre les habitants du bidonville et les photographies présentées. Dans une petite salle, une vidéo réalisée par l’artiste même plonge le visiteur dans cet univers un peu mélancolique, et pourtant plein d’espoir, qui est celui de JR. Au même étage, une salle consacrée à Murakami célèbre le travail de l’artiste japonais. Que l’on apprécie ou pas cet art que certains considèrent comme commercial, on reste scotché devant tant de précision et de minutie. Vient ensuite Damien Hirst, l’une des plus grandes déceptions de Perrotin : à peine découvert en France par le galeriste, encore tout jeunot, Hirst a cédé à l’appel de concurrents. Comme pour conjurer le sort, Perrotin présente ici l’une des plus anciennes œuvres de Hirst, cette photo où l’artiste pose à côté de la tête sectionnée d’un cadavre.

Le troisième étage recèle lui aussi son lot de surprises : nos premiers pas sur le plateau nous permettent de découvrir la sculpture étonnante de Daniel Firman, un immense éléphant suspendu, qui ne tient au mur que par la force de sa trompe (secondée par une impressionnante mécanique en coulisses…). On a beau savoir que la bête a été réalisée de toutes pièces par l’artiste, elle est diablement réaliste. En perspective, une inscription aux couteaux de Farhad Moshiri, qui reprend l’expression idiomatique anglaise « Right as Rain » – les mauvaises langues diront qu’à Lille, les trois mots sont prophétiques… La cathédrale de Wim Delvoye, vaste maison de poupée autour de laquelle le public est invité à tourner, complète cette salle.

Impossible de décrire toutes les œuvres qui jalonnent cette exposition… Près de 150, par 77 artistes. Finissons cependant par les deux dernières salles : d’abord, cette œuvre magnifique de Tatiana Trouvé, 360 points vers l’infini : 360 plombs, fixés au plafond par 360 fils à plomb, irrésistiblement attirés par le sol qu’ils frôlent à peine, tendant au maximum le fil qui les relie au plafond… 360 directions différentes pointées par ces plombs qui exercent une pression si grande sur les fils que parfois, ils claquent. Belle illustration de la puissance d’une volonté, de la force d’attraction qui peut animer les choses aussi bien que les êtres. Enfin, après cette salle, de la tension encore, par Xavier Veilhan et son hommage à l’architecture, notamment à Corbusier qui est ici représenté par un buste bien plus imposant que nature… La salle « ping pong », selon Didier Fusillier, directeur de lille3000, celle qui clôt l’exposition avec tant de force qu’elle donne envie de la reparcourir entièrement. Peut-être pas à ce point, certes, mais cette salle reste parmi les plus réussies.

Une vaste exposition, donc, qui présente des œuvres marquantes dans l’histoire de l’art contemporain, amenant, ne l’oublions pas, d’immenses artistes à la carrière internationale à Lille. On regrettera qu’elle reste cependant dans une dimension de catalogue – catalogue impressionnant, certes, mais qui laisse le sentiment d’avoir survolé les artistes préférés de Perrotin plus que s’être vraiment frotté à leur chair. Reste que la scénographie donne vraiment toute leur dimension aux œuvres présentées, ce qui est une vraie valeur ajoutée. Une exposition à ne pas manquer, donc, plus pour la collection époustouflante qu’elle présente que pour la véritable pertinence du propos.

Photos par Frankie & Nikki (prises à l’occasion de la visite de presse).

Infos pratiques

Motte
Festival d’île de France
Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaixphoto : maxime dufour photographies.

2 thoughts on “Happy Birthday Galerie Perrotin / 25 ans au Tripostal”

Commentaire(s)

  • manon

    vous devez mettre une analyse des oeuvre de paola pivi

    novembre 23, 2013 at 12 h 48 min
  • Audrey Chaix
    Audrey Chaix

    Merci pour votre commentaire, mais… pourquoi Paola Pivi plus qu’un autre artiste ? Et surtout, écrire l’analyse d’une oeuvre plutôt qu’une autre n’est pas le but de cet artiste, qui vise à chroniquer l’exposition dans son ensemble.

    novembre 24, 2013 at 23 h 48 min

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