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Gustave Doré est également célébré à Strasbourg

Gustave Doré est également célébré à Strasbourg

23 février 2014 | PAR Yaël Hirsch

Alors que le Musée d’Orsay lui consacre une grande rétrospective (voir notre article), la ville natale de l’illustrateur, Strasbourg, célèbre Gustave Doré (1832-1883) au Musée d’art moderne et contemporain. D’une part les plus grands dessins et les toiles du maître son mises en exergue dans une salle des collections permanentes. Et d’autre part, l’exposition Doré & Friends interroge la manière dont le crayon iconoclaste de l’artiste a pu inspirer d’autres dessinateurs de son époque à nos jours. 

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Le plus malin est donc de commencer par l’origine : les dessins et les toiles immenses de l’enfant du pays, Gustave Doré. Celui qui a commencé à publier ses dessins à l’âge de 15 ans et qui était à peine plus âgé quand il a commencé à marquer la presse par sa collaboration avec le Journal pour rire de Charles Philipon, a aussi dessiné des albums, illustrant notamment les contes de Grimm (superbes dessins à voir avec les enfants en période de vacances scolaires). Ses peintures, elles, sont plus symbolistes, voire carrément religieuses, avec un magnifique chemin de croix très habité.

Plus conceptuelle, l’exposition « Doré  & Friends » interroge les chaînes d’inspirations dans lesquelles le caricaturiste a joué un rôle. On vit l’influence sur ses contemporains (Cham, Daumier, Granville, Nadar) et sur des dessinateurs de années 1850 à nos jours. Scénographiée avec goût par Stéphane Calais, l’exposition est volontairement thématique et a pour agenda de secret de révéler les albums de Gustave Doré et la manière dont il peut, à l’image d’un Rodolphe Töpfer, être considéré comme l’un des pionniers de la BD. On commence par l’abstraction, light mais présente chez Doré, qui est  féru d’ellipses. Et la mise en perspective avec un artiste du 20ème siècle aussi conceptuel que Greg Shaw. On poursuit par la violence, et certaines scènes de l’album Histoire de la Sainte Russie qui montrent crûment les exactions de la Guerre de Crimée  sont mises en parallèle avec le gore stylisé de Willem  (Abécédaire de Capone) ou Jossot. Enfin, comme il convient à un artiste accompli, Doré faisait voyager ses lecteurs là où il n’allait pas. La section « Profusion et ailleurs » déploie un exotisme aussi imaginé qu’inattendu, et les résonances avec le dessinateur chinois Li Fan (une découverte!) sont aussi audacieuses que réussies.

A l’étage, c’est plus la technique qui est concernée, et grâce à l’idée un peu vague que Doré utilisait son art de manière toujours renouvelée, l’on peut voir aux côtés de ses dessins, des œuvres signées Beckmann, Klee ou Iris Levasseur. « Doré & Friends » pousse même le bouchon plus loin et estime que la novation dans la structure narrative propulse Doré aux premières loges des inspirations de « grands » d’aujourd’hui, comme Willem (encore!), Blutsch et Winschluss, et qu’il aurait même largement influencé le cinéma, notamment les univers très singuliers de Terry Gilliam ou Jean Cocteau. Si la thèse n’est pas tout à fait prouvée, elle est un joli prétexte à redécouvrir l’oeuvre de Gustave Doré dans un contexte à la fois social et contemporain, qui le tire vers notre 21ème siècle…

visuel : affiche de l’exposition + photo du musée par Yaël Hirsch

Infos pratiques

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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