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Goya et la modernité à la Pinacothèque de Paris : un artiste en avance sur son temps

Goya et la modernité à la Pinacothèque de Paris : un artiste en avance sur son temps

26 novembre 2013 | PAR Christophe Dard

Le musée parisien propose jusqu’en mars 2014 une exposition autour du peintre espagnol, véritable reporter des événements et des comportements de son époque, dans un style différent de celui de ses contemporains.

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Dans le cadre de son exposition en trois volets « Les peintres témoins de leur temps », la Pinacothèque de Paris expose trois artistes. Après Brueghel (cf. article d’hier), Francisco de Goya (1746-1828) est le second peintre de cette trilogie. Et l’on comprend très vite pourquoi l’artiste espagnol est considéré comme un témoin de son temps, car la plupart de ses œuvres sont le miroir de la société espagnole de son époque. Certes, les tapisseries sur les scènes de la vie de tous les jours et les portraits d’aristocrates, de militaires ou de la famille royale (il a été peintre de trois rois espagnols successifs) ne traduisent pas une véritable modernité par rapport à ses prédécesseurs. Mais à partir des années 1780-1790, les thèmes abordés et le style changent à tel point que l’on a l’impression que c’est un autre peintre qui est à l’origine de ces nouvelles compositions.

Une modernité dans les sujets traités et dans la représentation

A la fin du XVIIIe siècle, alors que les idées des Lumières gagnent l’Europe et que la France amorce sa Révolution, l’Espagne est une monarchie absolue dans laquelle le pouvoir de l’Église est très important, symbolisé par la puissance de l’Inquisition qui fait la pluie et le beau temps dans plusieurs domaines de la société, et notamment celui de la culture. Cela se traduit par une censure contre les œuvres des Lumières, et Goya lui-même n’a pas été à l’abri de la menace de cette institution apparue à la fin du XVe siècle.

Mais l’artiste ne s’est pas laissé faire pour autant, et c’est dans la gravure qu’il a témoigné de l’obscurantisme de son temps dans une critique de bon nombre de ses contemporains. À partir de 1797, alors qu’il est devenu sourd depuis quelques années, Goya grave sa série des Caprices. Ces 80 eaux-fortes et aquatintes, proches de la caricature, mettent dans le même sac la noblesse, le clergé, l’Inquisition, les défenseurs du mariage, les enseignants (représentés par des ânes), les opposants à la prostitution et bien d’autres.

Un peu plus tard, entre 1810 et 1820, Goya réalise une autre série, Les Désastres de la guerre, qui relate les années de guérilla entre l’armée de Napoléon Ier et les rebelles espagnols, présentée pour l’occasion dans son intégralité. Le style est plus sombre que dans Les Caprices et les scènes sont violentes. On y voit les pelotons d’exécution, les combats, les détroussages de cadavres ou bien encore la famine. Mais la monarchie absolue du roi Ferdinand VII est également pointée du doigt dans ce film d’événements où le sentiment est que Goya a été sur place comme un reporter de guerre.

Enfin, alors qu’il travaille sur un recueil baptisé Tauromachie, Goya réalise une dernière série de gravures, Les Proverbes ou Les Folies. N’abordant plus les thèmes de société et l’actualité de son temps, elles sont encore plus sombres que les précédentes et leur modernité réside dans les thèmes choisis. Vous verrez des personnages grotesques et des monstres, un motif peu commun avec les œuvres du début du XIXe siècle et beaucoup plus proches du surréalisme du XXe.

Visuels : 
Caprice n°49
Lutins
Les Caprices
, 1799
Cinquième édition de 1881-1886
Eau-forte, aquatinte et pointe sèche
48,5 x 38,5 cm (avec marge)
Collection privée, Madrid

Désastre n° 11
Ni celles-là
Les Désastres de la guerre
, 1810-1820
Deuxième édition de 1892
Eau-forte, aquatinte et pointe sèche
38,5 x 48,5 cm (avec marge)
Collection privée, Madrid

Portrait de Pantaleón Pérez de Nenín
1808
Huile sur toile
206 x 125 cm
Signée et datée dans le coin inférieur droit sur le sabre
Collection B.B.V.A.

La Jeune Femme et les hommes en cape ou La Promenade en Andalousie
1777
Huile sur toile
39 x 29 cm
Collection privée, Madrid

En une :
Scène de genre de la guerre civile espagnole
Après 1808
Huile sur toile, 69 x 107,5 cm
Musée des Beaux-Arts, Budapest

© Photo : Csanád Szesztay

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Christophe Dard
Diplômé d'un Master d'histoire contemporaine et d'une école de radio, Christophe est journaliste, passé notamment par Europe 1. Il travaille depuis 2013 pour Toute la Culture. Compte Instagram : https://www.instagram.com/christophe_dard/?hl=fr

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