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Georgia O’Keeffe et ses amis photographes au musée de Grenoble : « l’attirance est si grande »

Georgia O’Keeffe et ses amis photographes au musée de Grenoble : « l’attirance est si grande »

09 novembre 2015 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

C’est en se plongeant au plus profond d’une fleur que Guy Tosatto, commissaire du musée de Grenoble, a eu envie de consacrer une rétrospective à la peintre américaine Georgia O’Keeffe (1887-1986). L’Iris blanc de 1930 lui inspire encore quelques pensées sensuelles : il raconte avoir l’impression d’être aspiré par la fleur, comme un « bourdon englué de pollen ». Pour la toute première fois célébrée en France, cette artiste américaine inclassable, extrêmement célèbre outre atlantique, se situe entre l’abstraction et la figuration ; imprégnées d’un réel profondément érotique, ses peintures ne sont que formes rêveuses aux camaïeux délicatement colorés. Ici mises en dialogue avec les photographies de son mari Alfred Stieglitz et de ses amis (parmi lesquels Paul Strand et Ansel Adams), ses œuvres n’en sont que plus émouvantes, originales et poétiques. Une exposition d’une intensité rare, à découvrir du 7 novembre 2015 au 7 février 2016.

Georgia O'KeeffeAccueilli par une photographie du couple de Georgia O’Keeffe et Alfred Stieglitz par Arnold Newman, le spectateur entre immédiatement au cœur du sujet : l’amour qui unissait les deux artistes était un partage d’influences, une émulation qui justifie parfaitement le parallèle fait par le musée de Grenoble entre les peintures de l’une et les photographies de l’autre. La preuve en est avec la première série de toiles de Georgia O’Keeffe, où des formes biomorphiques évoquent, sans que l’on puisse éviter d’y songer, des sexes masculins et féminins, dans des courbes charmeuses aux couleurs étonnantes. Aussi bien fleurs que sexes, ces peintures font face à deux photographies d’Alfred Stieglitz saisissant une image profondément érotique de sa femme alanguie.

Edward WestonCette dernière s’est toujours défendue des interprétations sexuelles que l’on pouvait faire de ses œuvres ; et pourtant… Pourtant ses images, si finement construites, mettent immédiatement le cerveau en ébullition. L’excitation, la séduction et l’attirance qui s’en dégagent est telle qu’on se met à la fantasmer femme aimée, désirée, longuement caressée et longuement caressante. Une source d’amour. Un volcan, un animal sauvage, une pierre brûlante. Elle a le don de stimuler l’imagination comme personne…

Mais reprenons nos esprits : car si Georgia O’Keeffe aimait son mari, elle aimait aussi les fleurs, les paysages du Nouveau Mexique (dont elle disait :  « l’attirance est si grande« ) et les hauts gratte-ciel de New York. Tous ces motifs sont chez elle prétextes à une abstraction douce, vaporeuse, qui laisse entrevoir le réel tout en lui apportant une part de mystère toute personnelle. Et il est beau de savoir que, dès qu’elle a pu prendre l’avion régulièrement (dans les années 50-60), elle s’est prise de passion pour ces visions des paysages vus du ciel, découvrant un monde nouveau, évoquant aussi bien des images abstraites que figuratives.

Georgia O'KeeffeAvec ses peintures dialoguent donc également des photographies : une image de Paul Strand d’une église quasi-cubiste, une autre d’un arbre animé par le vent d’Ansel Adams, ou d’un coquillage posé sur des pierres noires d’Edward Weston… Tous travaillent la photographie comme elle travaille la peinture, avec l’intention tenace de modeler le réel selon leurs aspirations esthétiques, transformant les motifs en sources de mystère et d’interprétations. L’ombre d’un volet, l’éclat d’une fleur, tout se trouve transfiguré et magnifié. Et dans les visions de ciel finales, l’absolu est atteint, l’apothéose est complète, l’esprit s’est enfin évadé du réel : Georgia O’Keeffe et ses amis photographes ont atteint le sublime.

Informations pratiques : 

Georgia O’Keeffe et ses amis photographes
Au musée de Grenoble, 5 place de Lavalette, 38000 Grenoble
Du 7 novembre 2015 au 7 février 2016

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