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« Generation Wealth », 25 ans d’hybris américaine par Lauren Greenfield à l’ICP [New-York]

« Generation Wealth », 25 ans d’hybris américaine par Lauren Greenfield à l’ICP [New-York]

26 novembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Photographe publiée dans les plus grands journaux américains et en France, dans Polka, et réalisatrice de The Queen of Versailles, prix du meilleur documentaire à Sundance en 2012, Lauren Greenfield sillonne les Etats-Unis en guettant avec son appareil tous les aspects de la démesure. Le fameux International Center of Photography (qui décerne les Infinity Awards) lui ouvre son espace de Bowery pour revenir sur 25 ans de bling-bling américain. A la fois beau et dérangeant.

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Une fois passé l’espace loft et agréable de Soho ou une partie de l’école et un caféteria de l’International Center of Photography se sont nichés, l’on entre dans une fournaise d’opulence immortalisée par Laure Greenfield. La crise des subprimes a rendu sa recherche sur la démesure américaine encore plus aiguë. Finis familles, bonheur simple et générations qui se succèdent, nous voulons tous beaucoup, du sonnant, du trébuchant, vite, tout de suite et sans jamais faire de place aux autres. Le caractère inclusif et l’autoportrait de la fable que Lauren Greenfield dresse en images le prémunit d’un gauchisme un peu trop facile pour la rendre vraiment témoin et révélateurs de débordements que, dans une certaine mesure, notre vieille Europe partage.

L’on commence par les people et leur aura. Greenfield les a cotoyés, mais même à des évenements ultra-chic elle semble les mettre en avant en pleine activité : 2pac attend devant une porte, Elton John, Jennifer Lopez et Jada Pinkett Smith ont l’air de diner entre potes, tout aussi préoccupés de ramener à eux éclat, opulence et gloire qu’un collectionneur de voitures plus anonyme, des grands-mères encore en plein feu du spectacle de pom-pom girl qu’elles mettent en oeuvre ou une Cougar avec son jeune amoureux à un colloque sur leur cas à Beverly Hills. Vous l’aurez compris de la célébrité, on est arrivé au mythe suivant : la jeunesse éternelle, avec ses icônes flamboyantes (Eva Gabor) et ses martyrs éternels enfants (Edan Wood, 6 ans, mix de Shirley Temple et de vieux clown triste sous le maquillage) et les déboires pris sur le vif de la chirurgie esthétique. La page suivante de ce livre des heures nord-américain est tout aussi angoissant: le Dieu sexe y est célébré comme le plus sur moyen d’arriver à l’autre Dieu : l’argent. Les actrices porno se félicitent d’avoir l’air mineures et citent Kim Kardashian et ses sextapes comme modèle ultime, de même que les adolescentes américaines les plus lambdas qui ont bien compris la leçon : s’exhiber et se vendre, quitte à se gâcher, pour exercer enfin un peu de pouvoir. On en a le coeur qui se serre, et Lauren Greenfield l’a bien compris, qui nous permet de passer au mal-être des adolescents en général, dans une veine Larry Clark mais cette-fois-ci avec un peu d’empathie et pas mal de place pour laisser ses sujets s’exprimer en mots forts. On finit par le bing-bling matériel annoncé dans le titre de l’exposition, veau d’or pour lequel toutes les autres séries semblent exister et qui semble à la fois ridicule et dérisoire : dents en diamants, sacs en strass, mariages comme dans un Walt Disney sous acide … est-ce vraiment pour cela que nous vendons notre âme? Generation Wealth nous fait réfléchir avec violence et inquiétante étrangeté.

visuels : photos de l’exposition.

ICP Museum, 250 Bowery, New York, NY 10012, 10h-18h

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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