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« Fukami », lancement de la saison Japonismes 2018

« Fukami », lancement de la saison Japonismes 2018

16 juillet 2018 | PAR Laetitia Larralde

Fukami nous invite à dépasser les clichés et à plonger au cœur de l’esthétique japonaise pour une descente riche en découvertes.

L’exposition Fukami est l’évènement inaugural de la saison Japonismes 2018 qui commémore les 160 ans de relations diplomatiques entre la France et le Japon. Sous-titrée les âmes en résonance, la saison met face à face deux entités pour mieux les faire entrer en vibration et en faire ressortir les particularités de chacune, les points de contact et les points de friction. C’est sur ce principe que se construit l’exposition : un parcours dans le temps et l’espace ponctué de dialogues creusant les différents aspects de l’esthétique japonaise.

Les œuvres exposées couvrent une période vaste, des poteries Jômon vieilles de 5000 ans à des créations contemporaines, et sont de typologies variées, de l’estampe à l’œuvre numérique en passant par la peinture et la sculpture. Des artistes français sont également exposés : les gravures de Gauguin répondent aux peintures d’Isson Tanaka, les sculptures primitivistes de Picasso résonnent avec celles du moine Enku.

Chaque dialogue, à deux ou parfois trois voix, crée une zone de tension entre des œuvres exprimant un même concept. C’est dans cette zone de flottement entre deux pôles, plus ou moins antagonistes, que s’épanouit l’esthétique japonaise. Tradition et modernité, calme et mouvement, orient et occident… chaque élément est relié à son opposé, chacun gardant son identité afin de trouver un équilibre dans la coexistence des deux, dans un mélange harmonieux des différences. L’œuvre de Lee Ufan, Relatum Dwelling, morceaux d’ardoises brutes installées dans les ors baroques du salon d’honneur de l’hôtel particulier, en est la parfaite illustration : le minimalisme de l’un fait ressortir l’ornement de l’autre, ces deux créations si parfaitement antinomiques se mettent en valeur, se subliment l’une l’autre.

La question du rapport à la nature est traitée sous plusieurs points de vue. La culture japonaise considère que l’homme fait partie intégrale de la nature et de son environnement et que ce sont ces deux facteurs qui le déterminent lui, à l’inverse de l’anthropocentrisme occidental qui cloisonne et sépare chaque chose. Les estampes d’Hokusai, tirées de la série des trente-six vues du Mont Fuji, nous montrent une montagne qui devient le protagoniste principal des scènes représentées, et regarde et questionne le monde humain qui s’agite en premier plan.

A l’origine de cette conception si particulière se trouve l’animisme, qui reconnait la divinité de chaque chose, vivante, animée ou inanimée. La vidéo Co(AI)xistence de Justine Emard mettant en scène le danseur et acteur Mirai Moriyama interagissant avec un robot doué d’intelligence artificielle illustre ce principe d’égalité entre chaque chose et soulève la question de comment vivre en symbiose avec l’autre et avec le non humain.

Cette âme intangible, ce souffle de divin propre à chaque être et chaque chose, nous amène au sujet de l’immatériel et de sa transmission, propos illustré par le sanctuaire d’Ise, vieux de 1300 ans, mais reconstruit à l’identique tous les vingt ans. Si pour l’occident l’éternité se trouve dans la durée des pierres et la transmission d’un monument ou d’un objet originel authentifié par l’âge de ses matériaux, le Japon cherche la transmission d’un savoir-faire et la réactivation de l’élan vital par le renouveau des matériaux. L’enveloppe est neuve mais l’esprit immatériel est conservé.

La dernière œuvre du parcours, Foam de Kohei Nawa, que l’on retrouve également sous la pyramide du Louvre avec son monumental Throne, rassemble plusieurs des thèmes de l’exposition. Née, comme la vie sur Terre, d’une flaque riche de tous les éléments propices à la vie, la sculpture de mousse se déploie dans tout le sous-sol, forme mouvante baignée d’une lumière bleue, en constante évolution par un cycle perpétuel de création et disparition des bulles. On observe la transformation lente de ce paysage de bulles, de cette créature immense qui semble douée de vie, d’une légèreté immatérielle si tangente entre l’existence et la disparition.

Fukami présente des œuvres qui préfigurent les prochaines expositions de Japonismes 2018, comme une peinture de Jakuchu qui sera au Petit Palais à l’automne, ou encore la céramique Jômon à la Maison de la Culture du Japon.

Fukami signifie profondeur et c’est en effet une plongée dans l’esthétique japonaise qui nous laisse avec l’impression d’avoir aperçu la richesse et la complexité de la culture et de l’âme japonaise.

Fukami, une plongée dans l’esthétique japonaise
Du 14 juillet au 18 août 2018
Hotel Salomon de Rothschild – Paris

Visuels : 1- affiche de l’exposition / 2- Relatum Dwelling (2), courtesy of Studio Lee Ufan et Jean-Philippe Simard, ADAGP, Paris 2018, photo LL / 3- Echoes Infinity, 2018, Shinji Ohmaki, photo LL / 4- Ushibori dans la province de Hitachi, Katsushika Hokusai / 5- Zen Circle, Hakuin Ekaku, Eisei Bunko Museum / 6- Foam, Kohei Nawa, 2017, installation view, “ESPUMA”, JAPAN HOUSE São Paulo, São Paulo

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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