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« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », une lecture humaniste des collections de la Fondation Maeght

« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », une lecture humaniste des collections de la Fondation Maeght

17 décembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Après 50 artistes, une collection, Face à l’œuvre et Espace, Espaces ! ou Les Messagers et alors que certaines pièces majeures sont présentées actuellement au Pavillon National de Zagreb, la Fondation Maeght entre dans l’hiver avec une nouvelle lecture de ses collections, qui comptent parmi les plus importantes d’Europe. Toute La Culture était à Saint-Paul-de-Vence pour une visite guidée de Est-ce ainsi que les Hommes vivent ? par Olivier Kaeppelin, directeur de la Fondation depuis 2011 et sur le point de prendre sa retraite (non sans avoir organisé les deux expositions suivantes) « se consacrer plus à l’écriture et à du commissariat free-lance ».

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Jusqu’au 11 mars 2018, sous son titre tiré d’un célèbre vers de Louis Aragon (mis en musique par Léo Ferré), la nouvelle exposition de la collection se relie au fil rouge des deux expositions de l’année, Penck et Arroyo qui évoquaient respectivement la question de l’humanité authentique de Lascaux au TAG et celle d’une humanité plus ironique. Cité dans le Hall d’entrée, le poète Pierre Reverdy travaillé par Jean Cortot est également source d’inspiration majeure, avec Le cœur soudain : « Dans mon cœur ma peau mes entrailles / Les marques honteuses de mes rêves » sont, selon Olivier Kaeppelin, les vers cicérones de l’exposition. Toujours à l’entrée, l’on tombe tout de suite sur les portraits des fondateurs : Aimé et Marguerite Maeght, les parents. Il est signé Giacometti et nous place immédiatement à l’origine de l’humain.

Ce dernier explique avoir fait des redécouvertes en fouillant dans les archives de la Fondation comme les œuvres de Julio Gonzales et l’exposition met également en avant des nouvelles donations, notamment avec des pièces de Louis Cane et Anne Tréal-Bresson.

Dans l’atrium, première salle de cette exposition qui s’est donné pour objectif de faire voir d’un nouvel œil des pièces de grandes ou de petites des collections, l’on commence par la question du regard et on regarde des yeux humains, avec notamment une gouache puissante de Calder, un petit portrait de Francis Bacon, l’œuf mammouth de Miro, un dessin de cri de femme de Gonzales. Puis l’on passe à l’humanité, avec des situations de corps en crise mis à nu chez Louis Cane, épurés chez Chillida, au bain chez Gonzales, la main au visage dans la sculpture nerveuse La forêt de Germaine Richier. Ce corps est carrément amputé chez Vladimir Velickovic dans deux grandes toiles aussi astrales qu’existentielles.

Puis l’on arrive dans une plus petite pièce sur « les territoires » : celui de la rumeur en mode « roman noir » (Arroyo), celui du déplacement (Folon) ou une carte balisée par Alechinsky). Arrive ensuite le moment du geste double : celui, répétitif, de travail et celui, peut-être tout aussi déshumanisant, de la fête. A travers l’Afrique colorée de Fromanger, les Etats-Unis de Saul Steinberg, les industries épurées d’Alechinsky, le mouvement est une fête rythmée par les gestes de l’humain.

Dans la salle Miro, l’humain condense son « Théâtre de l’amour » avec les énigmatiques Folles de Saché de Calder, les grands corps sur fond rose de Alekos Fassianos, une époustouflante série de gravures des années 1900 de Kandinsky (point d’orgue et curiosité de l’exposition), le tout entre en écho avec une sculpture de femme rouge éros, signée Henk Visch.

Plus loin, l’on arrive aux immenses formats, pour rouler des mécaniques sur des thèmes champêtres dans la section « Villes et villages ». Est-ce ainsi que les hommes habitent le monde ? La réponse est haute en couleurs avec l’immense Une Partie de Campagne de Fernand Léger (1954), un hypnotique intérieur éclairé de nuit de Tibor Csernus (Peinture, 1972), des lithographies sanglantes de Calder et le Pompéi bleu électrique de Jacques Monory (1972). Comme dans le poème d’Aragon on change de décor, de lit, de corps et on arrive au royaume des Rêves qui nous hantent avec les Revolvers chauves-souris de Arman (1979) et une série de scènes nocturnes sur papiers éblouissante de Chagall : le Paysage Bleu, Les amoureux, La Nuit à Paris, L’Opéra, Quai aux fleurs, Le Coq Sur Paris …

Ces rêves fous peuvent mener à la station suivante de l’excès et du débordement avec de l’art brut, dont les lieux de Mort de Anne Tréal-Bresson, des figurines de cirque de Calder, des voiles de Ernest Pignon Ernest, le magistral Faits et raison de Jean Dubuffet (1976). Et puis l’on grimpe quelques marches et le cauchemar d’une humanité grouillante se transforme délicatement et imperceptiblement en miroir intérieur, puis en rêve de pierre solitaire avec des pièces majeures comme le Nu sur fond noir de Paul Rebeyrolle (1971), La fiancée de Kiriwina de Wilfredo Lam (1949), de grandes mécaniques signées Louis Pons (Le dernier nomades, 1977) En, final, le Silence s’impose à l’humanité avec des œuvres grandes et mystérieuses qui s’apparentent à des sphinx et signés pat Klasen, Monory, Tatah mais également Giacometti qui clôture cette exposition intense et réfléchie sur la condition humaine par une série de sculptures aussi élancées que fascinantes. Un bien beau parcours qui fait passer par toutes les étapes de la vie…

visuels : YH (ensembles) et oeuvres : 1. Alexandre Calder, Deux yeux, 1974, gouache, 2017-18 Calder Foundation NY / ADAGP Paris, photo C.Germain Archives Fondation Maeght 2. Julio Gonzales, La réacolte 1920, pastel sur papier, photo C.Germain Archives Fondation Maeght

Infos pratiques

Le Bal
Château Thuerry, domaine viticole en Provence
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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