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Fausse abstraction des croutes de Boussard au Transpalette de Bourges

Fausse abstraction des croutes de Boussard au Transpalette de Bourges

15 juillet 2017 | PAR La Rédaction

Habitué à accueillir sculptures et oeuvres in-situ, cet été Le Transpalette situé à Bourges fait peau neuve avec, au programme, une rétrospective haute en couleurs. Pour sa deuxième exposition de peinture depuis sa création en 1997, le travail peu, voire inconnu, de Thierry-Loic Boussard, invite à la réflexion sur les fondements même de la peinture jusqu’au 17 septembre 2017.
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Un motif. Voila chez Thierry-Loic Boussard, le point de départ à toute réflexion. Un motif jaune sur fond bleu puis un motif jaune, plus détaillé cette fois-ci, sur fond noir, un motif que le peintre répète jusqu’à l’épuiser. Drapeau français, bouquets de fleurs, chaine d’ancrage de maison ou encore coureur du tour de France, le plus éculé des thèmes se met au service d’une seule tâche : remettre la peinture à 0. À travers la disposition des différentes oeuvres, l’exposition relève ce penchant pour la sérialité. Réalisées entre 1985 et la fin des années 1990, la série des maisons illustre ce processus d’épuisement du motif. Si dans un premier temps l’artiste s’interroge sur la définition d’une maison en tant que motif, « à quoi reconnait-on une maison ? » un tournant s’opère en 1986 alors qu’il se met à chercher sa représentation en tant que signification. Chacune de ses pièces devient une part d’un gigantesque puzzle tentant de résoudre la question suivante : qu’est ce que peindre ?

« J’ai regardé, observé dans la mesure de mes moyens comment procédait mon regard, comment le monde venait à moi » TLB

Cherchant une réponse, l’artiste interroge la peinture. Force de répétition, une libération se fait sentir. Plus on avance dans une série, plus les matériaux se diversifient. Avec Thierry-Loic Boussard, tout est matière à peindre ! Carton de pizza, planche en bois, torchon ou Une de journal, peinture bon marché, sable, goudron ou plâtre, couleurs et matériaux importent peu, seul l’acte compte. Croute ou chef d’oeuvre, rare sont les tableaux signés et datés. L’envie de plaire ne rime pas avec Boussard ! Dans sa quête, le geste même de l’artiste est déconstruit. Intéressé par les rapports support / surface, il décompose ses tableaux pour les recomposer sous forme de jeu entre la figuration et l’abstraction. Reste d’un passage à l’école Boulle dans les années 1960 puis aux Beaux-Arts de Bourges, précision, connaissance de l’histoire des arts et fascination pour l’abstraction des années 1930, 1940 rythment plus ou moins son travail.

Fausse abstraction

Il faut du temps et certainement plusieurs lectures avant de comprendre ses interrogations et de trouver la précision. Habitué au passage à la réalisation abrupte et sans croquis, rien n’est pourtant laissé au hasard ! Loin de l’envie de théorisé, la peinture doit parler d’elle-même. Plaçant le spectateur en difficulté, poussant à la réflexion, Thierry-Loic Boussard cherche à comprendre ce qu’il voit au quotidien en interrogeant les fondamentaux de la peinture. Le choix de ses thèmes résultent de ce qu’il observe en balade et quelques sculptures témoignent du questionnement spatial de son travail. Depuis 1974 et jusqu’à sa mort en 2012, le processus de création chez cet artiste n’a pas été constant. Quelques pauses ont parsemées son chemin. Des voyages faisant office de ruptures, comme celui donnant lieu à la série New York en 1997, mais aussi des moments de doutes qui lui sont prolifique puisqu’il en sortira la « série au rouleau. » Majestueuse, elle trône en ouverture de l’exposition et dépasse les problématiques que Thierry-Loic Boussard se posent depuis ses débuts. Considérée comme l’achèvement de son oeuvre, cette consécration est aussi sa dernière réalisation avant de décéder prématurément. Une composition de 5 tableaux colorés et équilibré bien loin des dessins à la plume et encre de Chine réalisé pendant ses études.

Mais qu’elles datent du 20ème ou du 21ème siècle, chacune de ses séries et de ses oeuvre invitent le spectateur dans une nouvelle dimension où le questionnement résonne. A seulement deux heures de train de Paris, l’exploration picturale menée par Thierry-Loic Boussard est une découverte qui réinvente son art.

Cyrine Ben Romdhane

Rétrospective Thierry-Loic Boussard, Le Transpalette, Friche l’Antre-peaux, 26, route de La Chapelle, 18000 Bourges

Crédits photos :: Cyrine Ben Romdhane

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