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Exposition Juifs d’Orient à l’Institut du Monde Arabe : Pour une édification de l’histoire

Exposition Juifs d’Orient à l’Institut du Monde Arabe : Pour une édification de l’histoire

11 février 2022 | PAR Yohan Haddad

Après deux expositions s’intéressant aux Chrétiens d’Orient et au pèlerinage à la Mecque, l’Institut du Monde Arabe continue son exploration du monde religieux avec une exposition consacrée aux Juifs d’Orient, une grande première dans le milieu de l’art.

Bribes d’histoire

À peine entré dans l’espace de l’exposition, un doux parfum d’Orient se fait ressentir au creux des murs : des draps fins aux inscriptions hébraïques surplombent l’espace. Ces premières pièces, associées aux textes sacrés de la religion Juive, nous entraînent dès lors dans un monde lointain, revenant aux premiers temps pour explorer les fondements de son histoire au coeur des pays arabes. Une importante panoplie de pièces antiques est alors visible au détour des salles, comprenant notamment des reliques de synagogues aujourd’hui disparues. Des textes sacrés dans des éditions anciennes sont également présentés dans presque toutes les salles de l’exposition, joyaux d’époques successives lointaines attestant l’importance historique de la religion depuis le Ier siècle. 

Le point fort du parcours réside dans son évocation de différents éléments ayant façonné l’histoire des Juifs en Orient, notamment au travers de cartes géographiques évoquant les différents parcours migratoires au fil des siècles. Parmi les fondations de cette histoire religieuse, l’exposition propose de voir le parcours des Juifs dits Séfarades, ceux issus des pays tels que la Tunisie, l’Algérie ou bien le Maroc, plus connus en France, mais s’intéresse également à ceux des pays d’Europe, créant des liens avec les Juifs dits Ashkénazes, ainsi que ceux des pays de l’Empire Ottoman. On y retrouve notamment les Juifs d’Anatolie ou de Constantinople, très peu évoqués dans les mémoires collectives. 

Cette idée amène forcément aux cohabitations entre les religions Juives et Musulmanes à toutes les époques, qui sont explorées avec précision tout au long de l’exposition. Leur histoire est traitée avec respect et prend considérablement les deux points de vues, pour tenter d’ériger une histoire non-tronquée, entre évocations d’une fraternité indéniable et conflits intérieurs qui résident depuis le premier siècle après J-C jusqu’à aujourd’hui.

Les costumes, les édifications et les destructions de lieux de cultes, des rouleaux de Torah ainsi qu’une quantité impressionnante de bijoux et d’ornements font partie de l’importante collection historique exposée dans les différentes salles de l’exposition, pour une restitution respectueuse et fidèle qui passionne par son héritage et sa beauté antique, pour une histoire des Juifs d’Orient qui n’a pas fini de s’édifier.

Souvenirs et soubresauts

Si la qualité de la reconstitution historique est indéniable, elle n’est pas l’unique force de l’exposition. Celle-ci propose avant tout une histoire du souvenir, celui qui réside encore dans la mémoire des parents et des grands-parents juifs issus de famille provenant directement des pays d’Orient. Cette présence d’archives photographiques et de vidéos d’un autre temps ont pourtant le pouvoir d’émouvoir des personnes de toutes les confessions et de toutes les croyances, tant leur force réside dans une dimension nostalgique, peu importe si elle nous touche directement ou non.

L’exposition montre de nombreux clichés qui remontent à l’invention même de la photographie, avec notamment ces portraits de femmes juives séfarades du milieu du XVIIIème siècle, ainsi que ces impressionnantes photographies des années 1930, seulement quelques années avant l’éclatement de la seconde guerre mondiale et les bouleversements qu’elle a entraînée. Une grande partie de l’exposition est donc logiquement accordée aux « temps des exils », voyant les déplacements parfois douloureux de populations juives tout entières, contraintes de changer de pays et donc de changer de vie, comme le témoigne entre autres la mémoire des Juifs d’Algérie dits Pieds Noirs. 

Ces évocations de périodes contrariées sont toujours rattrapées par des souvenirs heureux, illustrés par ces portraits de famille exposés au coeur d’un grand montage vidéo montrant aussi bien la vie des Juifs d’Algérie, de Tunisie, du Liban ou bien même de Turquie. À cela s’ajoute des documentaires retraçant les souvenirs d’une cohabitation entre Juifs et Musulmans à certaines périodes de l’histoire, ainsi qu’une présence de bouleversantes photos de mariages, reflets d’une époque en apparence heureuse faisant primer le bonheur familial au coeur de la religion. 

L’exposition se conclut par une série de pièces consacrant les Juifs d’Orient au sein de la Culture (pop ou non), avec notamment une série de planches de la bande dessinée Le Chat du Rabbin de Joann Sfar, qui évoque la place des Juifs en Orient à travers le regard de ce chat observateur plein d’humour.

En pénétrant dans cette dernière salle, on est mis face à la conclusion d’une histoire aussi riche que complexe, aussi belle que nostalgique, dont l’exposition arrive à rendre compte avec une sublime collection d’oeuvres en tout genre, réjouissant les esprits et les yeux au travers d’un parcours historique et mémoriel aussi puissant que passionnant.

Visuel : Talia Collis, Yemenight, États-Unis, 2020 – Image extraite de la vidéo 2 min 12 New-York, Talia Collis
© Talia Collis

 

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Yohan Haddad

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