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[Expo] « Japon Erotica », le musée de l’érotisme face aux clichés de l’érotisme japonais

[Expo] « Japon Erotica », le musée de l’érotisme face aux clichés de l’érotisme japonais

03 juin 2014 | PAR Sandra Bernard

Le musée de l’érotisme, illustre institution ayant la lourde tâche de présenter (objectivement) des collections hétéroclites d’œuvres et d’objets ayant trait à la sensualité et à l’histoire des pratiques sexuelles est également un habitué des expositions choc parfois à la limite du dérangeant. C’est ainsi le cas avec « Japon erotica », réalisée en collaboration avec la galerie japonaise d’avant garde Vanilla.

« Japon erotica » est une exposition collective d’artistes japonais contemporains, parfois très jeunes, ou au contraire déjà bien installés, aux univers et aux travaux très divers. Sont étalés aux yeux des visiteurs des peintures, des sculptures, des photographies, etc. à forte tendance sado-masochiste. Alléché par une affiche raffinée aux tons pastels bleus et rouges citant la célèbre estampe dite Le Rêve de la femme du pêcheur d’Hokusai. L’oeuvre est certes là, mais noyée dans un flot de scènes de kinbaku (bondages japonais) oscillant entre représentations classiques de jeunes « ingénues » découvrant les plaisirs de la soumission et d’autres au gout parfois discutable où le soumis (femme ou homme) ne semble plus prendre aucun plaisir dans cette pratique.

Ce qui est réellement gênant dans cette exposition, ce ne sont pas les œuvres en elles mêmes, mais le fait qu’elles ne sont pas replacées dans un contexte de création ou dans une filiation et encore moins dans un contexte historique, mais laisse penser que le but est simplement de choquer. Ainsi certaines sculptures/marionettes font indubitablement penser à La Poupée d’Hans Bellmer, d’autres à des scènes de vieux films de samouraï ou encore à la production d’un des maîtres du manga hentai, Toshio Maeda et de son célèbre Urotsukidodji (principalement connu pour sa version animée beaucoup plus violente, réalisée pas Hidei Takayama). Encore faut-il que le visiteur l’ait remarqué. On retrouve toutefois certains habitués du lieu comme Namio Harukawa dont les productions ne sont pas sans humour. Le « kawaii » est également présent chez quelques artistes apportant quelques touches lumineuses et glauques à l’ensemble. Certains présentent des scènes plus joyeuses exaltant le plaisir et les formes pleines du corps féminin.

Les plus dérangeantes aux yeux occidentaux sont certainement les œuvres représentant la noirceur de l’enfance, la perte de l’innocence fragile. C’est oublier l’importance du Moe (bourgeon) qui veut que la beauté la plus pure soit celle qui précède l’âge adulte, celle d’avant les premières flétrissures physiques ou morales, d’où une certaine ambiguïté.

Outre le fait de laisser le spectateur seul face aux œuvres, ne laissant alors transparaître que le côté esthétisant, l’autre point négatif est le fait que nombre des travaux présentés correspondent aux clichés d’un « Japon déviant » où « la femme est dominée et rabaissée au rôle d’objet sexuel passif et impuissant » qui font gloser encore nombre de gens n’ayant jamais dépassé le vernis des images. En effet, seuls quelques scènes représentent des hommes soumis mais à la virilité exacerbée ou encore des personnes prenant du plaisir.

Quoi qu’il en soit, cette exposition à le mérite de présenter une sélection variée et représentative des artistes underground japonais actuels, dont les œuvres, souvent dérangeantes, parfois amusantes ne peuvent que susciter une forte réaction du public. Hideki Takayama ne disait-il pas dans une interview que « Rien ne provoque une réponse aussi forte chez l’être humain que le sexe ou la violence. La fusion des deux est donc très puissante. »…

Informations pratiques :

Japon Erotica : la nouvelle génération 2014 vol. 2., Musée de l’érotisme, 72 boulevard de Clichy 75018 Paris. Exposition de Mai à Octobre

Visuels : affiches +photographies SC

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Sandra Bernard
A étudié à l'Université Paris Ouest Nanterre la Défense l'Histoire et l'Histoire de l'Art. Après deux licences dans ces deux disciplines et un master recherche d'histoire médiévale spécialité histoire de l'Art dont le sujet s'intitulait "La représentation du costume dans la peinture française ayant pour sujet le haut Moyen Âge" Sandra a intégré un master professionnel d'histoire de l'Art : Médiation culturelle, Patrimoine et Numérique et terminé un mémoire sur "Les politiques culturelles communales actuelles en Île-de-France pour la mise en valeur du patrimoine bâti historique : le cas des communes de Sucy-en-Brie et de Saint-Denis". Ses centres d'intérêts sont multiples : culture asiatique (sous presque toutes ses formes), Histoire, Histoire de l'Art, l'art en général, les nouveaux médias, l'art des jardins et aussi la mode et la beauté. Contact : sandra[at]toutelaculture.com

One thought on “[Expo] « Japon Erotica », le musée de l’érotisme face aux clichés de l’érotisme japonais”

Commentaire(s)

  • Cette expo semble plutôt sympa. D’après ce que je comprends, il faut faire un minimum de recherche avant de s’y rendre pour comprendre les subtilités.

    Lilly
    http://www.ohmylollipop.com

    juin 21, 2014 at 17 h 08 min

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