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Et la Collection Lambert ouvrit les portes du pénitencier

Et la Collection Lambert ouvrit les portes du pénitencier

05 août 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Mathieu Pernot les montrait il y a peu de temps au Jeu de Paume. Ces hurleurs qui, du jardin nommé Le Rocher des Doms surplombait ce qui était alors, jusqu’en 2003, la Prison Sainte Anne, rarissime vestige d’architecture penitencière de la fin du XVIIIe siècle. Jusqu’au 25 novembre, entrez et sortez libre de ce dédale qui vous fera percuter l’intimité de l’enferment qui devient ici flamboyant.

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Douglas Gordon a écrit sur l’enceinte « Silence in the museum ». Et comment ne pas se taire, étouffés par l’idée que tant ici sont entrés pour ne pas ressortir. Le lieu est abandonné depuis 2003, et les projets de reprises avortent sans cesse. La force de Lambert est d’avoir rapatrié sa collection sans abris à cause des travaux de titan qui se déroulent dans ce qui deviendra un musée d’art contemporain à Avignon dans ce lieu magique laissé en état de délabrement intact.

Les mots des détenus sont là, comme les restes de photos pornos, comme les toiles d’araignées. Des aménagements ont bien sur été faits ici ou là pour installer chiottes et buvette. Mais rien n’a bougé. Pas même la liste des cellules autorisées à la douche les jours pairs ou impairs. Pas même la liste des canaux télévisuels.
Alors on déambule dans les sections dessinées pour nous et qui donne un double cadre thématique et chronologique à la collection augmentée de celle d’Enea Righi.
De la première partie « Le ciel est par-dessus le toit, si bleu, si calme » à la septième « Quartier des femmes détenues », soit de la cellule 2 à 163, 556 oeuvres sont à voir, chacune exposée comme dans un mini-musée. Un écrin pour chacun.

Ils sont tous là, toutes les stars que Lambert a su réunir et donner à voir à Avignon, n’en citons que quelques -uns : Christian Boltanski, Pierre Bonnard, Louise Bourgeois, Brassaï, Marcel Broodthaers, Tom Burr, Mircea Cantor, Frédéric-Auguste Cazals, Claire Fontaine, Guy de Cointet, François-Xavier Courrèges, Berlinde De Bruyckere, Jason Dodge, Trisha Donnelly, Gardar Eide Einarsson, Emir El Quiz, Jan Fabre, Mounir Fatmi, Hans-Peter Feldmann, Spencer Finch, Michel Foucault, Gloria Friedmann, Mario Garcia Torres, Anna Gaskell, Kendell Geers, Jean Genet, Nan Goldin, Dominique Gonzalez Foerster, Douglas Gordon, Loris Gréaud, João Maria Gusmao et Pedro Paiva, Henrik Håkansson, Keith Haring, Mona Hatoum, Candida Höfer, Jenny Holzer, Roni Horn, Jonathan Horowitz, Louis Jammes, Joan Jonas, William E. Jones, Ilya et Emilia Kabakov, On Kawara, Žilvinas Kempinas, Anselm Kiefer...

On nous autorise ici à jouer les matons à regarder par le petit bout de la lorgnette et l’on voit, Niele Toroni qui a pendu là « Sono tutti appesi a une filo », un petit pantin de rien qui git là dans sa cage. Derrière des barreaux c’est Anselm Kiefer qui a abandonné là son navire, et derrière d’autres barreaux la lave de Claude Levêque n’a jamais été aussi belle. Pour nous tenir la main et nous aider à respirer, à entrer dans des quartiers où l’enfermement est encore plus ténu, nous sommes accompagnés ici par les clowns flous et désespérément tristes de Roni Horn, là, par le ciel en ballons argentés gonflés à l’hélium de Parréno ou encore là, par les ages de la vie, les « 100 years » qui donnent à voir une photo d’un individu pour représenter chaque age, signé Hans Peter Feldmann.

L’un de ceux qui trouve ici sa place totale est Boltanski. Ses oeuvres se retrouvent régulièrement dans le parcours, superbe Monument Odessa comme un autel, ou bien ses Ombres à voir par le petit trou.

La Disparition des lucioles du nom du texte que Pasolini publia en 1975 dans le Corriere donne son nom à cette expérience époustouflante.

La Prison devient le lieu où faut être. D’ailleurs, l’ouverture du festival de musique électronique Résonnance, qui cette année était intégrée à la programmation du Festival d’Avignon, s’est fait dans la cour, l’occasion d’entendre le son parfait et élégant de Matsa.

Cette année, on aura dansé dans une prison.

Visuel : ©ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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