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Escapade contemporaine à Chaumont-sur-Loire 2017

Escapade contemporaine à Chaumont-sur-Loire 2017

31 mars 2017 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

En une petite dizaine d’années, le domaine de Chaumont-sur-Loire a doublé le nombre de ses visiteurs, passant ainsi de 200 000 à 400 000. La raison de cette bonne nouvelle ? L’arrivée de l’art contemporain dans la programmation estivale du château en 2008 : depuis, la commissaire d’exposition Chantal Colleu-Dumond invite chaque année des artistes reconnus à s’emparer des espaces intérieurs et extérieurs du domaine, installant photographies, vidéos, peintures mais aussi sculptures de land art et installations monumentales dans les salons, les écuries et les chambres, ainsi que dans l’immense parc qui les entourent, et dont le jardinier n’a jamais été aussi inspiré. Cette balade contemporaine qui fleure bon la pivoine met cette fois-ci en valeur une douzaine de nouveaux artistes qui nous mènent dans un beau voyage introspectif : on est invité à pénétrer dans une coquille irisée (Miquel Chevalier), à se laisser entourer par les feuillages peints (Sam Szafran), à tourner autour d’une sorte de totem (Ursula Von Rydingsvard)… Superbe.

Le public des châteaux de la Loire n’est généralement pas le même que celui du Palais de Tokyo ; à Chaumont, certains vivent même leur toute première expérience de l’art contemporain, nous a expliqué Chantal Colleu-Dumond. C’est pourquoi l’ensemble de ses choix se tourne vers des artistes qui entretiennent un lien fort avec le végétal, thème « inépuisable » selon elle et qui, il est vrai, séduit à coup sûr.

visuel-4Ainsi, impossible de ne pas être complètement happé par la beauté et la densité des portraits de verdure de Sam Szafran. L’artiste ne vit pas en pleine forêt, pourtant il a tout d’un ermite ; enfermé dans son atelier de Malakoff avec sa femme et son chien, il ne cesse de les peindre au milieu des philodendrons et des lianes. Sur de tout petits formats ou sur de larges cartons assemblés, à l’aide de pastel, d’aquarelle ou d’aquatinte, l’homme dépeint avec obstination les contours toujours répétés et toujours réinventés de cette végétation grasse, qui apparaît comme la forêt nietzschéenne d’un soi intérieur. Ainsi, à perdre son regard dans ces peintures aux doux camaïeux de verts, notre contemplation se mue en méditation sage, et se laisse pénétrer par le calme lancinant du quotidien esthète et minimaliste de Sam Szafran ; l’exposition est d’ailleurs introduite par une série de photographies de Didier Gisquel saisissant l’artiste au travail dans son atelier, déjeunant avec sa femme ou dorlotant son chien. On rêve d’une vie ainsi scandée de moments de création, protégée par les hautes palissades des plantes exotiques.

Mais revenons à nos esprits pour découvrir le très politique travail de Karine Bonneval, qui a installé dans l’ancienne Salle du Conseil une série de plantes carnivores sous des cloches de verre : sculptées dans du sucre pâtissier et posées sur des pieds de tabourets copiés sur le mobilier du château, ces curiosités contemporaines sont tissées de réflexions autour du marché du sucre, plante qu’on ne trouve plus à l’état sauvage à l’heure actuelle (un comble !), mais aussi autour de l’ancienne passion de la Comtesse de Broglie pour les plantes, et bien sûr du décor environnant, tout en apparat. Cette œuvre d’une technicité fascinante révèle de multiples lectures et réactive le lien entre l’artiste et le lieu dans lequel elle s’inscrit. Un bijou !

Stéphane Guiran

Plus rêveur, Stéphane Guiran s’est installé dans les écuries pour y déployer deux balades visuelles et sonores, l’une faite de morceaux de quartz et de murmures d’enfants indiens, l’autre de photographies de reflets dans l’eau d’une rivière et d’une musique tissée de poèmes. Attirant notre attention sur des éléments minéraux (il dit du quartz qu’il « amplifie les émotions, amplifie ce qu’on est ») et sur les rêves qui hantent, encore une fois, nos forêts intérieures, l’artiste offre deux possibilités de s’échapper, à la fois hors du monde et au plus profond de soi-même.

DOMAINE DE CHAUMONT_SUR_LOIRE - 2017 ART CONTEMPORAIN-PHOTO : ERIC SANDER

Impossible de parler de tous les artistes exposés bien sûr, mais comment oublier Sara Favriau et son petit village suspendu : liées par de très fines passerelles, des maisons lilliputiennes forment un circuit fermé dont on suit les lignes avec délectation. Sans habitant, sans accessoire, elles forment une sorte de village mental tout à fait charmant ; il rappellera à certains des cocons dignes de Claude Ponti ou de Miyazaki, comme autant de souvenirs de cabanes d’enfants.

Mâkhi Xenakis

Mais le soleil se couche sur le domaine, il est temps de rentrer. On fera un tout dernier passage par les pastels de Mâkhi Xenakis, tourbillons de cellules colorées créés grâce à de petits coups de gomme irréguliers. Ces abstractions pures sont pour elle des figurations de la pensée, qui convergent autour d’un centre, qui cherchent, qui errent. Car c’est peut-être ce qu’il y a de mieux à faire ici, à Chaumont-sur-Loire, et dans la vie en général : errer, pour mieux se trouver.

Informations pratiques : 
Chaumont-sur-Loire 2017
À voir d’avril à novembre 2017, billet entre 4 et 12 euros

Visuels : © Eric Sander

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