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Dust, Histoires de poussière au BAL

Dust, Histoires de poussière au BAL

16 octobre 2015 | PAR Marie Crouzet

Né de l’amitié entre Diane Dufour, directrice du BAL, et David Campany, commissaire de l’exposition, Dust est un projet ovni, une histoire spéculative autour d’une image énigmatique, Élevage de poussière, créée en 1920 par Duchamp et Man Ray et qui inspira de nombreux artistes contemporains. L’exposition est à découvrir au BAL du 16 octobre au 17 janvier 2016.

 

En 1920 aux Etats-Unis, Man Ray est un peintre-sculpteur sans argent qui doit photographier le travail des autres pour vivre. Un jour, alors qu’il est dans l’atelier de son ami Marcel Duchamp, il photographie une plaque de verre recouverte de poussière. C’est en fait une partie du Grand Verre que Man Ray immortalise. Entre le document et l’œuvre d’art, l’image est énigmatique. Est-ce un gros plan ? Un paysage vu du ciel ? La photographie ne sera publiée que deux ans plus tard dans la revue Littérature puis elle sera ensuite ré-imprimée dans de nombreux magazines au fil du temps. C’est seulement 40 ans plus tard qu’elle sera exposée pour la première fois. Le mystère de sa signification, la vibration qu’elle dégage et la confusion qu’elle produit sur celui qui la regarde sont les points de départ de l’exposition : ce que l’image nous montre et surtout, comment elle nous trompe.

Sur les murs de la première salle, la poussière sous toutes ses formes est célébrée. Parfois cosmique comme une poussière d’étoile ou domestique comme un élément perturbateur dont on doit se débarrasser, la poussière est à la fois l’ennemi du photographe et de son objectif mais c’est aussi pour lui un matériel très photogénique. Sur l’un des murs, des photos de presse et des cartes postales témoignent d’un phénomène grandiose, les immenses tempêtes de poussières qui ont eu lieu entre 1935 et 1937 aux Etats-Unis. Plus loin, une vidéo extraite d’Hiroshima mon amour d’Alain Resnais, entourée de photographies en noir et blanc, magnifie des nuages de poussière radioactifs s’abattant sur des corps. Le temps de l’exposition, le BAL se transforme en laboratoire où les images de presse cohabitent avec des clichés vernaculaires et des photographies célèbres pour présenter ce matériau presque invisible à l’œil nu et révélé par l’appareil, la poussière.

Au sous-sol, les œuvres d’artistes plus récents sont présentés, notamment une image de Sophie Ristelhueber extraite de sa série Fait et qui est directement inspirée par Élevage de poussière. Prise au Koweit après la guerre du Golf, elle ressemble à s’y méprendre à l’image du Man Ray et Duchamp. Pourtant, elle est prise d’un avion et immortalise les champs de pétroles marqués par le passage de la guerre et le retrait précipité des troupes irakiennes. Alors que les sujets de ces images sont diamétralement opposés, leur ressemblance est frappante. En cela, l’image est source d’interprétation multiples et, en fonction du contexte de présentation, peut être détournée de son sens initial. D’ailleurs, Élevage de poussière fut d’abord publié sous la légende « Vue d’un aéroplane »…

Dressée sur un immense mur au centre de la salle, on découvre la série Vandalism de John Divola. Au début des années 70 dans l’est des Etats-Unis, il entre par effraction dans des maisons abandonnées munit d’un couteau et d’une bombe de peinture, il vandalise les murs qu’il photographie ensuite. Entre la performance et la photographie, Divola capture les mouvements de la poussière. Aujourd’hui chef d’œuvre de la photographie conceptuelle, l’œuvre est à l’époque peu comprise car il est impossible de la localiser, ni de savoir ce qu’elle représente. Encore une fois, la photographie est ici source de trouble et d’interrogation.

L’ambiguïté de l’image, son sens premier et sa signification ultérieure sont au cœur d’une autre photographie de l’exposition, celle de Robert Burley. L’image montre une foule qui regarde un nuage de poussière. En réalité, le photographe immortalise la destruction des entreprises Kodak, qui n’ont pas su prendre le tournant du numérique. Le cliché est ironiquement capturé sur film Kodak; une industrie témoignant de sa propre destruction.

En mélangeant des œuvres d’artistes célèbres, d’anonymes et de reporters, l’exposition fait la démonstration du pouvoir d’une image qui par son ambiguïté et son énigme inspire des générations d’artistes. David Campany a construit l’exposition autour de la photographie Élevage de poussière et des sensations qu’elle implique. « Je fais l’exposition pour un curieux de 18 ans qui vient se balader au BAL et fini par trouver ses propres échos au milieu des images ». Une proposition d’errance au milieu de la poussière où chacun devrait trouver sa voie.

Crédits images :
– Elevage de poussiere, Man Ray et Marcel Duchamp,1920, Courtesy Galerie Francoise Paviot © ADAGP, Paris 2015
– © John Divola, Vandalism, 1973 – 1974, Courtesy of Gallery Luisotti, Santa Monica, California
– Robert Burley, Demolition of Buildings 64 and 69, Kodak Park, Rochester, New York, 2007, Courtesy de l’artiste et du Musee Nicephore Niepce, France

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