Expos

Dessiner pour bâtir, la naissance de l’architecte moderne

Dessiner pour bâtir, la naissance de l’architecte moderne

11 février 2018 | PAR Laetitia Larralde

Les Archives Nationales nous proposent de remonter aux origines du métier d’architecte en France et relèvent le défi d’exposer une discipline à la fois concrète et artistique.

Au Moyen-Age le nom d’architectus, du grec signifiant littéralement maître des charpentiers, ou chef des ouvriers, commence à être utilisé sur les chantiers de construction des cathédrales pour distinguer les concepteurs des bâtisseurs. Mais les bâtiments restent le plus souvent « sans auteurs », résultant plus de la conjugaison des savoirs constructifs des bâtisseurs, généralement dirigés par un maître maçon ou un maître charpentier. Le XVIIème siècle, sous les règnes d’Henri IV, Louis XII et Louis XIV, a vu la construction de grands bâtiments (les Invalides, la colonnade du Louvre, le Palais de l’Institut…) et l’émergence de grands architectes (François Mansart, Louis Le Vau, Jacques Lemercier, Jules Hardouin-Mansart…). Le métier d’architecte moderne se forme alors. Il se différencie nettement du bâtisseur mais n’est pas uniquement l’architecte-artiste de la Renaissance : il est concepteur, conducteur et contrôleur des ouvrages, requérant des savoirs à la fois techniques et artistiques. La définition du rôle de l’architecte, tant au niveau de son métier que de sa place sociale, entraîne toute une réflexion sur l’art de bâtir. Cela se concrétise par la création de l’Académie de France à Rome 1666, où les architectes terminaient leur formation au contact des ruines antiques, des bâtiments Renaissance et des grands maîtres italiens comme Le Bernin, et de l’Académie royale d’architecture à Paris en 1671. Les savoirs de la construction, jusqu’à lors transmis oralement entre artisans, et acquis empiriquement sur les chantiers par les architectes, sont théorisés et enseignés aux futurs architectes. Les fondements théoriques, mathématiques et constructifs du métier sont posés.

L’exposition, qui montre essentiellement des projets de Paris et d’Ile-de-France car la structure politique de l’époque concentrait tout autour du roi et de la capitale, met également en avant le rôle du dessin en architecture. Le XVIIème siècle marque un tournant entre la pratique artistique non enseignée et confinée aux ateliers d’artistes et l’homogénéisation des techniques de représentation du XVIIIème siècle. Des grandes perspectives de présentation aux commanditaires, aux dessins plus techniques en plans, coupes et élévations des pièces contractuelles en passant par les détails échelle un et le relevé des ouvrages exécutés, le dessin est présent sous différentes formes et à différentes étapes d’un projet. Le dessin du XVIIème siècle garde encore la marque de son auteur, singularité qui finira par s’estomper pour laisser place à une sorte de charte graphique de représentation architecturale. Plusieurs nécessaires de dessin sont présentés ici, avec une installation multimédia montrant leur utilisation, objets rares et précieux que tous les architectes actuels rêveraient d’avoir.
Nous pouvons également suivre le déroulé d’un chantier, celui du Collège des Quatre-Nations, par des documents précieux tels que des comptes-rendus, des études ou des marchés passés avec les artisans, mettant en lumière le rôle de l’architecte, allant des relations avec les commanditaires, la préparation des pièces contractuelles, de dessins, la présence sur le chantier, le lien avec les artisans, jusqu’au relevé des ouvrages achevés.

La scénographie de l’exposition inventive et colorée met en avant des documents rares qui nous montrent que, mis à part l’apparition des outils informatiques permettant une plus grande précision dans la conception et des styles de représentation graphiques contemporains, l’essence du métier d’architecte est toujours celle des grands maîtres du XVIIème siècle.

Dessiner pour bâtir, le métier d’architecte au XVIIème siècle
Musée des archives nationales – 60 rue des Francs-Bourgeois, 75003 Paris
Du 13 décembre 2017 au 12 mars 2018

Visuels © Archives Nationales

TOP CHEF, LA CRÈME DES ÉMISSIONS DE CUISINE ?
Disparition du Tarmac: le Ministère reçoit Valérie Baran
Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *