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[Derniers jours] Dans les armoires de l’impératrice : Osez Joséphine à Malmaison

[Derniers jours] Dans les armoires de l’impératrice : Osez Joséphine à Malmaison

10 décembre 2016 | PAR Joanna Wadel

Quels meilleurs témoins du temps que les vêtements ? Après La mécanique des dessous en 2013 et Tenue Correcte exigée retraçant l’Histoire du vêtement et l’évolution de la silhouette féminine, le domaine de Malmaison emboîte le pas aux Arts Déco, proposant au visiteur d’explorer la garde-robe bien garnie de ses plus illustres résidentes. Dans les Armoires de l’Impératrice Joséphine, revient ainsi sur la mode du Ier Empire, une période de libération et de nouveaux codes esthétiques pour la toilette des femmes. 

Château-malmaison

Excentré de la capitale dans une tranquille petite ville, jadis bourgade des Hauts-de-Seine, le château de Malmaison et son cadre bucolique ont longtemps été marqués du sceau de Napoléon Ier, qui en fit un temps sa résidence secondaire. Mais c’est surtout sa première épouse Joséphine de Beauharnais qui lui (re)donna ses lettres de noblesse en l’acquérant, puis en l’habitant après son divorce en 1809. Ambassadrice malgré elle d’une société post-révolutionnaire avide de nouveauté, et d’un retour à la volupté de l’âge classique, l’Impératrice Joséphine n’a pas manqué de donner le « la » en matière de mode, prouvant qu’elle n’avait rien à envier à Thérèsa Tallien et ses Merveilleuses. Pour preuves, les étoffes retrouvées en surnombre après son décès (plus de 200 robes) dans la petite salle des atours située à l’étage.

Faste et délicatesse, soieries et dentelles

C’est dans cette même pièce que le musée du château a choisi d’amorcer ce voyage rétrospectif dans l’intimité d’une première dame et de sa cour, alors scrutée par le monde entier. Notre parcours commence ici, dans ce petit cabinet à l’éclairage tamisé où seules brillent les pièces uniques, pour la première fois réunies en si grand nombre. Le visiteur peut ainsi découvrir les dessous de ces dames, confectionnés avec des matériaux coûteux ; bas de soie, chemises de mousseline délicates, bonnets d’intérieur (88 ont été dénichés) et même un rare postiche composé de fines boucles de cheveux clairs, destiné à orner les coiffures à l’Antique très en vogue de l’époque. La légèreté des vêtements, très proches du corps, témoignent des silhouettes menues de leurs propriétaires. Les factures et livres de comptes trouvés avec les tenues offrent un bon aperçu du coût excessif de ces toilettes, qui contraste avec leur simplicité apparente.

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La visite se poursuit avec les premières robes de cour, pour la plupart lamées d’or. Ces robes princières d’apparat et manteaux fastueux racontent la période où Joséphine était l’Impératrice des Français, et se devait d’être vêtue en conséquence. C’est alors qu’une déferlante de satin, de mousselines, de tulles et de velours, s’abat sur le visiteur. Ses fournisseurs d’étoffes n’étaient autres que le mondain Le Normand, qui œuvrait autrefois pour la reine Marie-Antoinette, ou encore l’opportuniste Hippolyte Leroy, qui la délaissa une fois son divorce d’avec l’empereur prononcé. 

L’avènement d’une nouvelle Préciosité : la mode codifiée version Bonapartisme

Mais ces atours sont également une précieuse vision de la mode du premier quart du XIXe siècle, qui tout en libérant le corps des femmes du carcan des plastrons, des opulentes perruques et des robes en forme de cloche chargées de rubans du XVIIIe siècle, a instauré une nouvelle bible esthétique annonçant l’ère Romantique. Car n’allez pas penser que l’instigateur d’une nouvelle vague de monarchie en France, instaurateur de l’unité de mesure unique et créateur du Code Napoléon, allait rester à l’écart des mœurs vestimentaires de son épouse. Bien au contraire, Napoléon n’a pas résisté à faire valoir ses propres dogmes en matière de mode féminine, comme le prouvent les descriptions qui accompagnent les manteaux de cour, ces queues de manteau traînantes à fixer à la taille. Ceux-ci devaient répondre à des critères bien précis, comme leur longueur, à savoir pas plus de 4 pouces de long, excepté pour les princesses.

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On apprend également que la longueur des manches s’adaptait à l’âge des jeunes filles, et que la traditionnelle ceinture qui cerclait le dessous des poitrines, descend progressivement après 1812. L’Empereur, fervent partisan du « Made in France » avant l’heure, tenait également à ce que tous ces vêtements soient confectionnés en France. Le Directoire voit se développer les premiers écrits consacrés mode féminine, dont la revue illustrée « Le Journal des dames et des modes », l’ancêtre de nos magazines. L’exposition en rend compte et resitue plusieurs pièces dans leur contexte, comme la tendance des ballerines, des toques décorées de pierres et de plumes de hérons ou encore celle des petits corsets qui venaient se greffer sur les robes.

Un travail de restauration soigneux et efficace

Excepté le panel généreux de pièces présentées, l’autre grande qualité de l’exposition proposée par le musée reste le travail de restauration effectué en amont.

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De petits clips vidéo diffusés en complément aux vitrines, montrent comment les restaurateurs ont fait face à l’usure du temps pour manipuler ces matières délicates souvent malmenées, tassées et détériorées par la poussière et les parasites. Une fois les pièces époussetées et remises en l’état, des mannequins adaptés à la morphologie des robes ont été confectionnés sur mesure pour que les vêtements soient portés naturellement, au plus proche de leur apparence d’origine. En particulier la collection exceptionnelle de souliers remodelés et présentés au côté de châles, de bourses et autres accessoires d’une grande rareté.

Grâce et volupté classiques du quotidien des grandes dames l’Empire sont donc à découvrir et admirer de près, jusqu’au 6 mars 2017 au Château de Malmaison (accès en bus par La Défense).

Visuels : © Dans les armoires de l’Impératrice – © Musée National du Château de Malmaison – Photos : © JoannaWadel – © Toute la Culture 

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