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David Hockney « Portraits, paysages et natures mortes, que puis-je faire d’autre ? »

David Hockney « Portraits, paysages et natures mortes, que puis-je faire d’autre ? »

15 novembre 2017 | PAR Alice Aigrain

Après sa grande rétrospective au Centre Pompidou, Hockney revient au Guggenheim de Bilbao pour y exposer une série de 82 portraits et une nature morte. Cette série est une galerie de portraits regroupant tous ses proches, qui étonne par son histoire et son processus créatif.

Seulement cinq ans se sont écoulés depuis la dernière exposition de David Hockney au Pays basque espagnol : en 2012, il y exposait ses paysages. Aujourd’hui il est question d’un autre genre pictural : le portrait. Pourtant, il ne s’agit pas de trouver un propos pour tisser un fil rouge dans sa production de portrait durant sa carrière. Bien au contraire, il n’est question ici que d’un ensemble, conçu comme une unique œuvre, dont la production s’étale de 2013 à 2017. Cette œuvre s’embrasse d’un coup d’œil circulaire dans l’immense salle du musée, premier capable de l’exposer dans un seul espace. Quatre-vingt-deux toiles de même taille, représentant chacune un de ses proches, assis sur une chaise et éclairé par une vive lumière et peint sur un fond d’un bleu éclatant qui ne varie que rarement. À cet ensemble s’ajoute une corbeille de fruitS sur un banc, qui n’est en réalité que le substitut pictural d’une absence : le modèle qui devait venir le jour où a été peinte cette œuvre n’a pas pu se libérer, il a donc été remplacé à la va-vite par une nature morte composée des objets qui traînaient dans la maison. Pour tous les autres modèles qui se sont présentés, le processus a été le même, trois jours de pose intensive sous l’œil concentré de l’artiste – à l’exception de Larry Gagosian, le galeriste star qui n’a pu poser que deux jours. À l’issue de cette longue observation : une toile. Toutes ont une étrange homogénéité formelle, pourtant chaque portrait semble se teinter du ressenti de l’artiste face au modèle.

Cette empathie est centrale dans l’œuvre. Puisque dans l’histoire de la genèse de cette idée il y a d’abord un besoin de contact, de relation. David Hockney n’est pas qu’un peintre reconnu, il est aussi un homme de 80 ans qu’un début de surdité a tendance à isoler de l’extérieur. Lorsqu’il démarre ce projet, il est alors dans une profonde dépression et la peinture devient un prétexte pour s’entourer de ses proches. Ainsi si Hockney déclare peindre « ce qu’il voit », il admet aussi la subjectivité du regard. Il peint de son modèle ce qu’il en perçoit à un moment donné et cette instantanéité autant que cette singularité teintent la production de son ressenti. À propos du premier portrait de Jean-Pierre Gonçalves de Lima, assistant du maître, il déclare que ce « pourrait être un autoportrait ». Le modèle est effondré la tête posée dans ses mains, sans contact avec le peintre, dans une posture d’affliction, de peine et d’introspection. Ce regard autoréflexif va peu à peu laisser place à l’autre, comme lieu d’un échange et non plus comme miroir de sa propre mélancolie.

La genèse et le processus créatif sont les principaux intérêts de cette œuvre qui par son homogénéité formelle semble être une galerie de portraits des proches du peintre – de sa famille au monde culturel et artistique américain -, dont l’accrochage sans biographie ni anecdote ne permet pas de combler le manque de variété.


David Hockney dans son atelier, Los Angeles, 1 mars 2016 © David Hockney
Crédit photo : Jean-Pierre Goncalves de Lima

David Hockney, Jacob Rothschild, 5, 6 fe?vrier 2014, Acrylique sur toile, 121,92 x 91,44 cm © David Hockney Crédit photo : Richard Schmidt

David Hockney, Barry Humphries, 26, 27, 28 mars 2015, Acrylique sur toile, 121,92 x 91,44 cm © David Hockney Crédit photo : Richard Schmidt

David Hockney, Fruits sur un banc, 6, 7, 8 mars 2014, Acrylique sur toile, 121,92 x 91,44 cm © David Hockney Crédit photo : Richard Schmidt

David Hockney, Margaret Hockney, 14, 15, 16 aout 2015, Acrylique sur toile, 121,92 x 91,44 cm © David Hockney Crédit photo : Richard Schmidt

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Alice Aigrain
Contact : alice.ai@orange.frwww.poumonsvoyageurs.com

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