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Danger ! Exposition renversante au Musée des arts et métiers

Danger ! Exposition renversante au Musée des arts et métiers

22 janvier 2014 | PAR Céline Duverne

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A l’occasion d’une exposition temporaire réalisée par le collectif Ferraille, le Musée des arts et métiers accueille une sélection d’une quarantaine d’affiches publiées par l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) entre 1960 et 1980. Aux affiches officielles se mêlent une quinzaine d’œuvres détournées à des fins humoristiques.

Trio-affiches-danger

Le parti pris de l’humour contre l’infantilisation : 

De l’après-guerre aux années 1980, la perception du danger se transforme au gré des évolutions du travail, et la notion de sécurité s’imprègne chaque jour davantage dans les mentalités. A l’ère de l’industrialisation, l’attention se porte sur l’hygiène et les conditions de travail, ainsi que sur les risques liés aux manipulations physiques. Protection des mains et des yeux, port de chaussures de sécurité, prévention contre les risques électriques ou contre la chute d’objets sont autant de leitmotiv. Exhumée des sous-sols de l’INRS, cette sélection d’affiches rend compte de l’évolution du regard porté sur le travailleur au fil des décennies.

A la fin des années 1940, l’élaboration d’un message sécuritaire ne pouvait faire l’économie d’un regard moralisateur, supposant culpabilisation et appel à la responsabilité individuelle du travailleur. Mutations sociales obligent, les années 1970 et 1980 consacrent le règne de l’humour : délaissant le paternalisme au profit de la connivence, les affiches ici présentées portent un regard à la fois distancié et percutant, servi par une palette de couleurs variée, sur des thématiques à fort potentiel lugubre. La plupart sont le fruit de l’affichiste Bernard Chadebec.

Felder et Cizo, entre fiction et réalité : 

Patron

Le regard porté de Frédéric Felder et Cizo, membres du concepteur de projets Ferraille, vient compléter cette galerie. La sélection d’affiches détournées, inspirées des trésors de l’INRS, se revendiquent d’abord comme un témoignage appuyé à la condition ouvrière qu’elles illustrent et au travail d’artistes méconnus. Toutes ont vocation à déformer les normes de l’affiche institutionnelle pour faire résonner plus fortement son contenu.

L’humour noir, l’absurde et l’ironie sont convoqués dans une série de modèles jouant de l’ambiguïté entre fiction et réalité. Un dispositif très particulier vient à l’appui de ces images : un portique expose une série d’objets et vêtements de sécurité factices, mais un intrus se cache parmi eux. Au beau milieu d’inventions fantaisistes – tongs de sécurité et bouchons de bouteilles anti-bruit –, un casque de chantier en mousse reproduit un modèle du Bangladesh.

La mise en scène vient renforcer la dimension humoristique. Les deux panneaux sur lesquels sont exposées les affiches de l’INRS  comportent les inscriptions suivantes : « Attention, risque de chute » et « Ne restez pas planté là ». Le troisième et dernier panneau, comprenant les œuvres de Felder et Cizo, est renversé au sol ; seule en émerge une main sanglante tenant la laisse d’un chien, assortie du commentaire suivant : « On vous avait prévenu ».

En somme, une exposition bien sympathique dont le grand mérite consiste à mettre en lumière tout un pan méconnu de notre patrimoine culturel. On peut toutefois regretter l’absence relative de contextualisation historique et artistique – références aux conditions des travailleurs, affiches antérieures aux années 1960, situation de ces images dans l’horizon esthétique de l’époque…

Visuels : © INRS / Bernard Chadebec et Cizo/Ferraille.

Infos pratiques

Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon
Addict Galerie
Céline Duverne

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