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Daimyo, d’art et de guerre

Daimyo, d’art et de guerre

22 février 2018 | PAR Laetitia Larralde

Le musée Guimet et le Palais de Tokyo s’associent pour nous présenter une collection exceptionnelle de trente-trois armures japonaises, dans une réflexion sur le corps, sa protection et son perfectionnement.

Le terme daimyo est bien moins connu que celui de samouraï ou de shogun, mais il n’en désigne pas moins des acteurs primordiaux de l’histoire japonaise. Le daimyo était un grand seigneur féodal issu de la classe militaire, sous les ordres du shogun. Les combats permanents que subit le Japon jusqu’à la fin du 16ème siècle permirent l’affirmation du pouvoir des daimyo. La bataille de Sekigahara en 1600 mit fin à ces guerres et ouvrit sur une longue période de paix au cours de laquelle les daimyo connurent leur apogée puis leur disparition, avec la restauration de l’empereur Meiji en 1868.

Les armures les plus anciennes de l’époque Muromachi (1333-1573), alors utilisées au champ de bataille, avaient la double fonction de protection et de mise en avant du chef de guerre. Fabriquées dans des matériaux résistants et légers, les armures étaient des prouesses tant techniques qu’esthétiques. Si avec le début de l’ère Edo (1603-1868) la paix s’installe, les armures conservent leur rôle de représentation du pouvoir. Afin de sédentariser les grands chefs militaires et les maintenir en paix et sous leur pouvoir, les shogun Tokugawa instaurèrent le sankin kotai, qui imposait de vivre à Edo, capitale shogunale et ancienne Tokyo, plusieurs mois par an, en alternance avec d’autres membres de leur famille alors retenus en «otages». Le seul poids financier d’entretenir deux résidences et de déplacer ces résidences deux fois par an enlevait toute velléité de rébellion. Pendant l’absence du daimyo de son domaine, l’armure trônait dans la salle de réception (ohiroma), dans l’alcôve surélevée réservée au seigneur. Toujours présentée assise sur un coffre, dans la pénombre si particulière des demeures japonaises telle que nous la raconte Junichirô Tanizaki dans son Eloge de l’ombre, l’armure dégageait une aura de pouvoir et d’autorité par sa prestance et la diversité des jeux de lumière que les différentes matières provoquaient. Car les armures, qui recouvraient la totalité du corps, étaient un assemblage minutieux de plusieurs matières : le métal, travaillé avec une virtuosité qui s’exprime au mieux dans les casques et les protections faciales, la soie, en laçages très résistants au tranchant du sabre, la laque, sur métal précieux ou non, qui protège de la corrosion, le cuir, les broderies, le galuchat, les plumes… Il semble que plus la paix s’installait, plus l’armure gagnait en splendeur, atteignant sa perfection dans son inutilité.

L’exposition occupe trois lieux de la colline de Chaillot, associant deux institutions culturelles : le MNAAG et le Palais de Tokyo. La première partie, dans l’hôtel d’Heidelbach, est la plus didactique. On y retrouve un éventail complet des atours du daimyo emblématiques du pouvoir guerrier : les casques spectaculaires, chefs-d’œuvre aux motifs le plus souvent inspirés de la nature et parfois surprenants, les protections faciales représentant des divinités, les éventails de guerre, les pièces textiles richement brodées et quelques armes d’une qualité rare. La rotonde du musée Guimet met en scène onze armures dans une scénographie spectaculaire. Disposées en cercle autour d’une armure du clan Môri dans une lumière évoquant le soleil levant, la vision est saisissante, l’impact visuel des atours des grands seigneurs japonais magnifié. Enfin, dans le cadre la programmation Discorde, fille de la nuit du Palais de Tokyo s’insère l’installation de George Henry Longly, jeune artiste britannique. Il associe huit armures et des bannières à de la sculpture, des vidéos et du son dans une installation immersive mettant en résonance les chefs-d’œuvre de technicité des armures et les robots explorateurs des territoires inaccessibles à l’homme comme autant d’extensions du corps, des exosquelettes entre la peau, les sensations, et les agressions extérieures.

Les trente-trois armures, toutes issues de collections privées ou publiques françaises, sont toutes d’une valeur esthétique, historique et dans un état de conservation exceptionnels. Une belle démonstration de l’art japonais de comment ne pas faire la guerre.

Daimyo, seigneurs de la guerre au Japon
Du 16 février au 13 mai 2018
Musée national de arts asiatiques – Guimet et Palais de Tokyo

visuels: 1 © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) – 2,3 Photo © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier – 4 Photo © Musée départemental des Arts asiatiques de Nice – Image Art

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

Une réflexion sur « Daimyo, d’art et de guerre »

Commentaire(s)

  • guillaume

    wow cest magnifique

    mars 19, 2018 at 12 h 23 min

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