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Courbet et Hodler, une rencontre à Ornans

Courbet et Hodler, une rencontre à Ornans

04 novembre 2019 | PAR Laetitia Larralde

Pour clôturer les célébrations autour du bicentenaire de la naissance de Courbet, le Musée Courbet met en parallèle son œuvre et celle de Ferdinand Hodler, deux peintres qui se sont croisés mais jamais rencontrés.

Après les expositions Courbet dessinateur et Yan Pei-Ming face à Courbet, reprise au Petit Palais en ce moment, le Musée Courbet, en association avec les Archives Jura Brüschweiler de Genève, créent la rencontre entre Courbet et Hodler. Cette rencontre, qui aurait pu advenir car les deux artistes ont fréquenté les mêmes cercles, les mêmes lieux, et avaient des conceptions artistiques et sociales similaires, n’a pourtant jamais eu lieu. Bien que de façon posthume, les deux peintres sont pour la première fois en présence l’un de l’autre.

Auprès de son maître Barthélémy Menn, proche des peintres de l’école de Barbizon, Hodler apprend à connaître Courbet, et son admiration transparaît clairement dans ses toiles. Le parcours de l’exposition met en lumière les thèmes communs, de la figure, féminine ou sociale, à la nature, jusqu’au lac Léman. Au Chêne de Flagey Hodler répond par son Petit arbre, La Source de Courbet devient allégorie chez Hodler, et ainsi de suite jusqu’aux flamboyants couchers de soleil sur le lac Léman.

Mais le parallèle entre les deux artistes ne s’arrête pas à un aspect purement formel. Leurs œuvres démontrent des préoccupations sociales communes. L’engagement politique de Courbet, qui lui valut son exil en Suisse, se retrouve dans ses portraits de travailleurs pauvres. Il cherche à montrer par son art la réalité sociale, tandis qu’Hodler soutient que l’esthétique de la nature se base sur la symétrie et la répétition des formes, donc un ordre égalitaire, et l’organisation sociale humaine devrait être la même.
Cet engagement social, couplé à une observation attentive et répétée de la nature, a également des répercussions dans leur peinture. Courbet, en se défaisant des codes du romantisme qui pose le travailleur en héros, ouvre la voie à la peinture réaliste, et Hodler, en développant sa théorie du parallélisme dans l’optique d’une harmonie universelle, amènera vers l’abstraction.

On peut également que tous les deux ont utilisé des techniques de communication identiques, basées sur le scandale. Un tableau est refusé ? Ils organisent leur propre exposition et se nourrissent de la polémique. Entre indépendance et orgueil, leur persévérance leur a valu la reconnaissance et des avancées vers des nouveaux territoires artistiques.

L’exposition est claire et concise. Même si elle bénéficierait de quelques ajustements dans l’éclairage, on profite pleinement des œuvres, dont la lecture est modifiée par la juxtaposition des deux artistes. Hodler propose un nouveau regard sur les peintures de Courbet, met en relief les audaces de ce dernier et souligne sa modernité, et les couleurs de Hodler éclatent d’autant plus à côté de la palette sombre de Courbet.

Le catalogue de l’exposition est un complément formidable à la visite. Il approfondit et élargit le champ de l’étude, s’appuyant sur de nombreuses reproductions d’œuvres non présentées et une série d’essais de spécialistes.

Cet hiver, faites escale à Ornans et imaginez au fil des tableaux ce qu’aurait pu être cette relation entre Courbet et Hodler, entre émulation artistique et discussions enflammées, s’ils avaient réellement pu se rencontrer.

Courbet/ Hodler : une rencontre
Du 31 octobre 2019 au 6 janvier 2020
Musée Courbet, Ornans

Visuels : 1- Gustave Courbet, Le Léman, soleil couchant, Vers 1875, huile sur toile – Saint-Gall, Kunstmuseum © Saint-Gall, Kunstmuseum / 2- Ferdinand Hodler, Le Léman vu de Lutry, 1891, huile sur toile, Collection privée © SIK-ISEA, Zürich / 3- Gustave Courbet, Le Château de Chillon, 1874, huile sur toile – Ornans, musée Gustave Courbet © Ornans, Musée Gustave Courbet, photo : Pierre Guenat / 4- Ferdinand Hodler, Le Mettenberg, 1912, huile sur toile, Saint-Gall, Kunstmuseum © Saint-Gall, Kunstmuseum / 5- Gustave Courbet, Le Chêne de Flagey, 1864, huile sur toile – Ornans, Musée Gustave Courbet © Ornans, Musée Gustave Courbet, photo : Pierre Guenat

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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