Expos

« Collections privées » au Musée Marmottan-Monet : chefs-d’oeuvre inconnus

« Collections privées » au Musée Marmottan-Monet : chefs-d’oeuvre inconnus

12 septembre 2018 | PAR Géraldine Bretault

Fidèle à ce qu’il nomme son « ADN », le musée Marmottan-Monet poursuit son programme d’expositions fondé sur les relations privilégiées qu’il entretient avec des collectionneurs privés d’art moderne. Trois ans après Les Impressionnistes en privé, allait-il réussir à renouveler l’intérêt ?

[rating=4]

Commençons par l’intervalle chronologique couvert par les œuvres : cette fois-ci, les impressionnistes ne représentent que la moitié de l’exposition, auxquelles se joignent des toiles de l’École de Pont-Aven, des pointillistes, des Nabis, et des fauves. Soixante-deux œuvres peintes, sculptées ou dessinées, qui ont donc été prêtées telles quelles par leurs propriétaires, à l’exception d’un ou deux précautionneux : craignant pour leurs cadres, ceux-ci ont laissé le soin au musée de réencadrer l’œuvre pour la durée de l’exposition. Un temps relativement long d’ailleurs, puisque les cimaises ne bougeront plus pendant cinq mois.

Si certains artistes sont représentés par un chef-d’œuvre « reconnu » – citons une des cinq versions du « Pont de l’Europe » de Caillebotte -, le reste de la sélection frappe par sa qualité autant que par la singularité des pièces au sein du corpus de leurs auteurs respectifs. Ainsi, nous découvrons un magnifique bouquet de chrysanthèmes rouges traité comme un paysage par Monet, ou une vue de Varangeville présentant déjà les couleurs du sud qu’il n’avait pourtant pas encore découvert ; Caillebotte encore avec une scène de déjeuner visiblement sous le sceau de l’ennui, pratiquement cadré en « caméra subjective », comme si nous étions un des convives devant notre assiette au premier plan ; Seurat nous émeut, avec un portrait de son père au crayon, dont les traits sont à peine reconnaissables, éclairé par un subtil usage de la réserve ; quant à Gauguin, il nous surprend avec une nature morte aux tournesols, dont il avait importé des graines à Tahiti pour les y planter, hommage posthume incongru à Van Gogh

La lumière et ses effets sur la couleur sont évidemment au cœur des préoccupations de nombre des artistes présents. Citons encore le superbe coucher de soleil du déchargement de bois à Rouen de Pissarro ou la Blanchisseuse de Toulouse-Lautrec, dont aucune bonne reproduction ne saurait traduire la richesse chromatique propre à restituer le blanc de la blouse.

La sculpture n’est pas en reste, avec plusieurs belles pièces de Camille Claudel ou une étonnante tête de Bourdelle présentant d’étranges craquelures.

Une exposition intime, comme si l’on venait rendre visite à des amis de longue date, dont on retrouve toujours avec plaisir les affinités profondes à l’origine de nos sentiments.

 

 

Visuels :

Henri de Toulouse-Lautrec, La Blanchisseuse, 1886-1887, Onyx Art Collection, © SGS Art Services – www.sgs.com/en/arts-and-culture/

Théo van Rysselberghe, La Régate, 1892, Collection Isabelle et Scott Black, © Trustees of the Portland Museum of Art, Maine

Georges Seurat, La Seine à Courbevoie, 1885 © Collection particulière – Droits réservés

Claude Monet, Villas à Bordighera, 1884 © Collection particulière – Droits réservés

Gustave Caillebotte, Le Pont de l’Europe, 1876, Genève, Association des Amis du Petit Palais © Rheinisches Bildarchiv Köln, Michael Albers

 

 

Infos pratiques

Musée du Montparnasse
Atelier de Paris-Carolyn Carlson
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *