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Chevaliers & bombardes, l’art de la guerre entre Moyen Age et Renaissance au Musée de l’Armée

Chevaliers & bombardes, l’art de la guerre entre Moyen Age et Renaissance au Musée de l’Armée

29 octobre 2015 | PAR Franck Jacquet

Depuis le début de ce mois et jusqu’à la fin janvier 2016, le Musée de l’Armée propose une exposition consacrée à l’art de la guerre entre fin du Moyen Age et Renaissance, entre Guerre de Cent Ans et Guerres d’Italie. L’exposition est très resserrée, truffée de dispositifs pédagogiques et numériques pour les publics jeunes et adolescents. Une belle exposition à visiter donc avant tout en famille, comme le reste du bâtiment des Invalides.  

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Pour la bande annonce de l’exposition

Un siècle d’affrontements entre Flandres et Milanais

L’exposition explique la transition entre la guerre médiévale et la guerre de la Renaissance. On débute en effet avec Azincourt, célèbre défaite de l’armée française et surtout de sa noblesse : l’armée de chevaliers est défaite par les archers anglais et les Grands du royaume sont décimés. On perçoit bien les conséquences politiques de la lourde défaite sur le champ de bataille. Le royaume se replie en un royaume de Bourges, centré sur le Sud amputé de l’Aquitaine (la Guyenne d’alors) et d’ailleurs partagé par le traité de Troyes. Il en serait fini du royaume capétien ! C’est le début de la fin du Moyen Age et il faut donc reconstruire un royaume avec de nouvelles armées et de nouveaux symboles.

Le parcours l’explique bien, indirectement. Une armée est reconstituée, débarrassée de ses survivances médiévales : les mercenaires apparaissent (comme les Condottiere bien présents en Italie) et la guerre de siège qui débute impose le renouvellement des techniques. C’en est fini du trébuchet (un imposant et complexe lanceur de projectiles) ; on passe progressivement à l’artillerie à poudre. Le jeune Charles VII en mal de symboles a besoin comme les autres souverains de symboles de légitimité. Si l’épopée de Jeanne d’Arc sert brièvement de réaffirmation de la monarchie sacrale et permet de réduire considérablement l’influence anglaise et bourguignonne dans le Nord de la France, on use aussi de symboles autres (les insignes des ordres militaires, l’ordre de la Toison d’or dont un collier est présent dans l’exposition…). Pour tout cela, il faut une réaffirmation financière et religieuse de l’autorité du roi (on aurait aimé une évocation de la nouvelle taille de la Pragmatique sanction, incontournables ici). Celle-ci, dans une lecture assez étroitement militaire, est à peine esquissée, sans doute pour rester concentré sur la chose armée.

Une fois le combat gagné contre l’Angleterre et le royaume recouvré (et même agrandi par Louis XI), la Renaissance est consacrée aux guerres d’Italie, objet de la seconde partie de l’exposition. Si l’articulation dans le cadre de l’exposition semble plutôt être une juxtaposition, il faut bien comprendre que les techniques dominant les batailles en Italie menées par Charles XII et surtout François Ier sont le perfectionnement et la systématisation de ce qui s’est fait jour au siècle passé. Et si Azincourt était le signe d’un basculement, Marignan en 1515 (dont on sait maintenant que la localisation est sujette à caution) est le début de la grande période des batailles modernes entre sièges de villes (la poliorcétique si prisée par les armées de Louis XIV dans les actuels Pays-Bas) et batailles rangées (pour lesquelles le choix du terrain est déterminant). C’est le triomphe des grands canons d’artillerie dont les exemples présentés impressionnent. On ne peut s’empêcher de remarquer les lignes Renaissance de ces géants à même de mettre à bas les fortifications médiévales pourtant massives. Sur un autre point la Renaissance systématise les renouvellements de l’automne du Moyen Age : l’armure est désormais autant d’apparat que destinée à protéger et à être mobile. Les articulations sont perfectionnées, les pièces gravées et témoignent des ordres et dignités d’une nouvelle société qui émerge, celle de l’Ancien Régime. L’armure de François Ier reflète ainsi autant la nouvelle place du roi que la volonté de maintenir le rêve du roi-chevalier qu’il n’est désormais plus. En cela le parcours aurait pu mieux refléter cette transition illustrée par le militaire.

 

 

Dispositifs pédagogiques

Si l’exposition ne montre pas toujours comment le militaire reflète le passage d’un système féodal déjà bien finissant à la centralisation du premier Ancien Régime, il excelle à expliquer concrètement le déroulement des batailles (écrans explicatifs des mouvements d’Azincourt), à donner à voir comment fonctionne une armure et combien elle n’est pas qu’une masse empêchant tout mouvement ou encore à impressionner les petits face à la puissance des armements utilisés. Sur ce point, sur la beauté du parcours aéré qui parvient à intéresser aux archives exposées (ce qui est souvent une gageure) et sur le carré de Suisses reconstitué, le parcours est incontestablement réussi bien que moins fouillé que les expositions précédentes (Indochine…). « Chevaliers et bombardes » est donc avant tout une très belle exposition sur l’histoire militaire et des batailles qui ont fait l’histoire de France, ce qui correspond bien à la mission du musée. Elle saura sans doute s’adresser à un public jeune et scolaire, mais aussi aux visiteurs étrangers venant si nombreux pour visiter le tombeau de Napoléon. Ils pourront donc trouver là un autre mythe national, Jeanne d’Arc.

 

 

 

Visuels :

Visuel 1 : Armure de guerre et de joute pour le roi François Ier, Jörg Seusenhofer (armurier) et alii, fer forgé, gravé et doré. Inv. G 117 © Paris, musée de l’Armée / Pierre-Luc Baron-Moreau.

Visuel 2 : Affiche de l’exposition © Paris, musée de l’Armée.

Visuel 3 : « La bataille de Roosebeke », Jean Froissart, Chroniques, Bruges, vers 1470 © Bibliothèque nationale de France.

Visuel 4 : Calaisienne frappée pour commémorer l’expulsion des Anglais, or, années 1450 © Bibliothèque nationale de France.

Visuel 5 : « Cavalier avec une arme à feu », Mariano Taccola, De rebus militaribus, De machinis, 1449 © Bibliothèque nationale de France.

Visuel 6 : Vue de l’exposition.

Visuel 7 : Vue de l’exposition ; film court, « comment revêtir une armure ».

 

 

 

 

Infos pratiques

l’Echonova
Centre national du costume de scène et de la scénographie
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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