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Ceija Stojka à la maison rouge – oeuvre et témoignage d’une artiste rom

Ceija Stojka à la maison rouge – oeuvre et témoignage d’une artiste rom

26 février 2018 | PAR Diane Royer

La maison rouge présente l’exposition « Ceija Stojka – une artiste rom dans le siècle », du 23 février au 20 mai 2018. Après avoir fait l’objet d’une exposition à la Friche la Belle de Mai, Marseille, en 2017, l’œuvre de Stojka est montré pour la première fois à Paris. La fondation propose de manière concomitante l’exposition « Black Dolls, la collection Deborah Neff » et une œuvre du lauréat du Prix des amis de la maison rouge, Lionel Sabatté.

L’exposition met en lumière le travail de Ceija Stojka (1933-2013), artiste et écrivaine rom qui, à travers le récit de son enfance, témoigne des conditions de vie des Roms et de sa survie dans les camps de concentration durant la Seconde Guerre mondiale. Rassemblant plus de 130 œuvres – encre sur papier, acrylique sur carton ou toile – réalisées entre 1988 et 2013, le parcours se compose de plusieurs chapitres : d’abord la vie en famille à Vienne puis la traque jusqu’à la déportation, les camps de concentration Auschwitz Birkenau, Ravensbrück et Bergen-Belsen, enfin le retour à la vie illustré par des paysages de champs cultivés, vallonnés et lumineux.

Rare rescapée rom des camps, Stojka regagne Vienne après la Libération et reprend, avec sa mère, le commerce ambulant de chevaux. C’est donc seulement une quarantaine d’années plus tard que Stojka commence à raconter, d’abord en écrivant, puis en peignant.
Bien que considérée comme illettrée, ses récits sont poétiques et poignants. Autodidacte, sa peinture, dénuée de technique académique, est émouvante. Au premier abord, la peinture de Stojka paraît ingénue. Les yeux de l’enfant qui ont vu, disent simplement ce que l’Homme ne pourrait concevoir, mais rapidement l’œil du spectateur se fait emporter par les lignes de force, transporter dans la toile par le jeu singulier des couleurs qui rythment la composition. Sans fard ni recherche stylistique, la représentation est à la fois honnête et détachée, tel un instantané de souvenirs capté par l’objectif ; elle est aussi une terrible réminiscence, un douloureux surgissement du passé. Subtile « naïveté », un moyen de dire l’horreur.

Ceija Stojka réalise plusieurs centaines d’œuvres. Celles-ci font l’objet d’un classement selon le sujet traité, que le parcours de l’exposition reprend. Beaucoup ne possèdent pas de titre. Des bribes de phrases entendues ou dites, des descriptions qui viennent préciser la transcription picturale ou graphique, ainsi que la date au jour près, sont souvent inscrites sur l’œuvre.
Certaines « images », des scènes de douche ou de charniers, entre autres, reviennent de nombreuses fois dans le travail artistique de Stojka. Sans doute, peut-on y voir un besoin exutoire de transcrire, encore et encore, ces souvenirs. Peut-être, est-ce l’expression de l’impossibilité d’un témoignage fidèle de la réalité vécue, une nécessité incessante de préciser le trait pour affiner un souvenir de plus en plus lointain.
À travers son expérience personnelle, Stojka témoigne du génocide rom et, plus largement, de l’histoire des communautés d’Europe marginalisées et exclues pour leur origine et leur mode de vie réticent à l’identité nationale, faisant ainsi obstacle à l’essor des nationalismes au XIXe et XXe siècles.

La réalisatrice et documentariste Karin Berger consacre deux films à Stojka et l’aide à publier ses ouvrages dans lesquels l’artiste témoigne de son histoire. En 2013 et 2014, le critique d’art Matthias Reichelt et Lith Bahlmann organisent une exposition présentée à trois reprises en Allemagne. La présente manifestation est le fruit d’une collaboration entre la compagnie théâtrale Lanicolacheur et la maison rouge, présentée dans un premier temps à la Friche la Belle de Mai, en 2017.

L’exposition « Ceija Stojka – une artiste rom dans le siècle » rend hommage à l’œuvre méconnu de l’artiste et participe aux prémices du devoir de mémoire des cinq cent mille personnes victimes du génocide rom perpétré par le régime nazi.

 

Visuels : 

Affiche de l’exposition

Ceija Stojka, Sans titre, sans date, acrylique sur carton. Courtesy Hojda et Nuna Stojka © Ceija Stojka, Adagp, 2017

Ceija Stojka, sans titre, 1993, acrylique sur carton. © Ceija Stojka, Adagp, 2017. Courtesy Hojda et Nuna Stojka

 

Infos pratiques

Le Générateur
Musée du Cinquantenaire
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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